Articles Tagués ‘services secrets’

Boris Nemtsov

Le dirigeant tchétchène soupçonne les services secrets d’Occident d’avoir organisé l’assassinat de l’opposant russe Boris Nemtsov pour en accuser le Kremlin et déstabiliser ainsi la société russe.

Le chef de la république russe de Tchétchénie Ramzan Kadyrov s’est déclaré persuadé samedi que l’assassinat de l’opposant russe Boris Nemtsov avait été organisé par des services secrets de l’Occident. »Les organisateurs du meurtre ont sans doute espéré que le monde entier accuserait les dirigeants de la Russie de la mort de Nemtsov, ce qui provoquerait une vague de protestation dans le pays. Nul doute que l’assassinat de Nemtsov a été organisé par les services secrets de l’Occident qui s’appliquent par tous les moyens à provoquer un conflit à l’intérieur de la Russie. Telle est leur pratique. Ils commencent par se rapprocher de la personne, (…) la traitent d’ami de l’Amérique et de l’Europe pour la sacrifier pas la suite et en accuser la direction politique (de son pays d’origine, ndlr) », a écrit M.Kadyrov sur sa page Instagram.

Boris Nemtsov, 55 ans, avait été premier vice-premier ministre du président Boris Eltsine à la fin des années 90 pendant un an et demi. Après l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, il était devenu l’un des principaux opposants au nouveau chef de l’Etat. L’homme politique a été tué par balles dans la nuit de vendredi à samedi en plein centre de Moscou, devant le Kremlin, « un assassinat qui a tout d’une provocation », selon le président russe Vladimir Poutine.
Source : Sputnik France.
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 Mme Hurtado a été reconnue coupable d'«abus d'autorité»... (Photo AFP)

La Cour suprême de Colombie a condamné vendredi l’ancienne patronne des services secrets, Maria Pilar Hurtado, dans le cadre d’une affaire d’écoutes illégales durant la présidence d’Alvaro Uribe entre 2002 et 2010.

Mme Hurtado a été reconnue coupable d’«abus d’autorité» à travers des «actes injustes et arbitraires», ainsi que de «violation illicite des communications», selon le jugement rendu public par la Cour.

Ex-directrice du Département administratif de sécurité (DAS), elle était poursuivie pour avoir participé à l’espionnage de conversations téléphoniques d’opposants politiques, parmi lesquels figurent des personnalités de gauche comme l’actuel maire de Bogota Gustavo Petro et l’ex-sénatrice Piedad Cordoba, mais aussi de journalistes ou encore de magistrats, dont des juges de la Cour suprême.

Réfugiée depuis 2010 au Panama, où elle avait obtenu durant quatre ans l’asile politique, Mme Hurtado s’était livrée le 30 janvier dernier aux autorités colombiennes à la suite d’un avis de recherche international lancé par Interpol. Elle est placée en détention depuis sa reddition.

L’ancien secrétaire privé de M. Uribe, Bernardo Moreno, laissé en liberté provisoire après avoir passé 19 mois en détention durant l’enquête, a aussi été condamné lors de cette audience. La justice lui reprochait d’avoir sollicité des informations obtenues illégalement auprès de fonctionnaires du DAS dépendant de la présidence.

Les peines des deux prévenus, qui s’étaient vu interdire en 2010 l’exercice de toute charge publique pendant 18 ans, devraient être fixées jeudi prochain.

Certaines victimes des écoutes ont publiquement accusé M. Uribe d’être le commanditaire d’enregistrements clandestins, ce que ce dernier a toujours nié.

Défendant la «bonne réputation» de l’ex-chef des services secrets qu’il estime «persécutée», l’ancien président conservateur, qui jouit à titre personnel d’une immunité en raison de son mandat de sénateur, a souligné que les écoutes contestées relevaient d’«opérations de sécurité nationale».

Jusqu’à présent, Mme Hurtado n’a pas témoigné devant la justice. Son éventuelle réaction à sa condamnation alimente les spéculations et notamment le fait de savoir si elle pourrait incriminer l’ancien président en échange d’une réduction de peine.

«Nous espérons que la condamnation d’Hurtado contribue à ce qu’elle dise la vérité. Qui ont été ceux qui l’ont conduite à commettre ces délits», a réagi l’avocat de Mme Cordoba, Luis Guillermo Perez, dans une déclaration à la télévision publique.

«La direction nationale des services secrets et le secrétaire général de la présidence ont transformé la DAS en entreprise criminelle et le président n’était pas au courant ?», a ironisé pour sa part Mme Cordoba.

L’administration de M. Uribe, toujours populaire pour sa fermeté envers la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires (Farc), a été éclaboussée par plusieurs scandales de violations des droits de l’homme. Plusieurs élus proches de l’ancien chef de l’Etat ainsi que des membres du DAS ont déjà été condamnés par la justice.

Après la révélation de ce scandale, le DAS, qui avait été fondé dans les années 50, avait été dissous en 2011 par l’actuel président, Juan Manuel Santos, artisan des négociations de paix avec les Farc.

Source : La Presse (Montréal).

Jürgen Elsässer

Silvia Cattori : Votre enquête sur les agissements des services secrets fait un constat effrayant. C’est ainsi que l’on découvre que depuis les années 80, les États-Unis ont investi des milliards de dollars pour financer des activités criminelles et que par le biais de la CIA, ils sont directement impliqués dans des attentats que l’on attribue à des musulmans. Quel est l’apport de votre livre ?

Jurgen Elsässer : C’est le seul ouvrage qui établit le lien entre les guerres dans les Balkans des années 90 et les attentats du 11 septembre 2001. Tous les grands attentats, à New York, à Londres, à Madrid, n’auraient jamais eu lieu sans le recrutement par les services secrets américains et britanniques de ces djihadistes à qui l’on attribue les attentats. Sur les manipulations des services, j’apporte un nouvel éclairage. D’autres livres que le mien ont fait état de la présence d’Oussama Ben Laden dans les Balkans. Mais leurs auteurs ont présenté ces combattants musulmans présents dans les Balkans, comme des ennemis de l’Occident. Les informations que j’ai collectées à de multiples sources, démontrent que ces djihadistes sont des marionnettes entre les mains de l’Occident et non pas, comme on le prétend, des ennemis.

Silvia Cattori : Dans le cas de la guerre des Balkans, les manipulations d’États sont clairement désignées dans votre livre. Les États-Unis ont soutenu Ben Laden qui avait pour travail de former les Moudjahidines. Nul ne peut donc plus ignorer que ces attentats qui glacent l’opinion n’auraient jamais existé si les « terroristes » n’avaient pas été entraînés et financés par les services secrets occidentaux ?

Jürgen Elsässer : Oui, en effet, c’est le résultat de faits que l’on peut observer. Mais on ne peut pas dire que l’intervention des pays occidentaux en ex-Yougoslavie avait pour objectif de préparer les attentats du 11 septembre. Pour être précis : ces attentats sont une conséquence de la politique occidentale des années 90 car l’OTAN a mis en place ces djihadistes dans les Balkans et a collaboré avec eux. Les militants musulmans qui ont été désignés comme responsables des attentats du 11 septembre ont fait partie de ce réseau.

Silvia Cattori : Selon vous, quel était l’intérêt des États-Unis et de l’Allemagne à dresser les peuples des Balkans les uns contre les autres ?

Jürgen Elsässer : L’Occident avait un intérêt commun à détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais l’Occident voulait imposer le modèle néolibéral à tous les pays.

Silvia Cattori : L’Europe ne s’est-elle pas imprudemment engagée dans une guerre manipulée par les néoconservateurs ?

Jürgen Elsässer : C’est difficile à dire. Je crois que, dans les années 90, la politique des États-Unis, était inspirée par leur victoire contre les Soviétiques en Afghanistan. C’était le modèle qu’ils voulaient appliquer aux Balkans. Si, ces années-là, l’économie des États-Unis n’était pas tombée dans la dépression, peut-être que des politiciens plus réalistes, comme Kissinger, auraient pu garder le contrôle de la politique américaine. Je pense que la coïncidence entre la dépression économique et l’agressivité de l’école néoconservatrice a déterminé ce qui s’est passé.

Silvia Cattori : Pensez-vous qu’un dirigeant comme Blair, par exemple, une fois embarqué dans les projets des néoconservateurs, à un certain point, il en est devenu l’otage ?

Jürgen Elsässer : Je ne connais pas assez bien la position de Blair. C’est plus facile de voir ce qui se passe aux États-Unis. On peut voir que Bush est l’otage de son entourage. Et, comme il n’est pas très intelligent, il n’est pas en mesure de prendre les décisions et doit suivre les idées de son entourage. Il est clair que son père était contre l’attaque contre l’Irak en 2003.

Silvia Cattori : La première guerre du Golfe ne faisait-elle pas partie d’un plan visant à déclencher d’autres guerres par la suite ?

Jürgen Elsässer : Non, il n’y a pas eu de lien avec la guerre en Irak en 1991. Il y a eu deux phases. Jusqu’à la fin de la période Clinton, la politique des États-Unis était impérialiste, mais en même temps pragmatique. Ils ont chassé les Soviétiques hors d’Afghanistan. Ils ont vaincu l’Irak en 1991. Leur guerre s’est arrêtée une fois le Koweït libéré. Ensuite ils ont attaqué la Bosnie et la Yougoslavie ; mais cela s’est produit étape par étape. Tout est allé hors de contrôle après le 11 septembre.

Silvia Cattori : Les néoconservateurs n’y sont pour rien ?

Jürgen Elsässer : Les néoconservateurs, groupés autour de Perle, avaient rédigé un document, un an avant le 11 septembre, selon lequel l’Amérique avait besoin d’un évènement catalyseur comme l’attaque de Pearl Harbour. Le 11 septembre fut cet évènement catalyseur. Je crois que les gens autour de Perle ont souhaité les attentats du 11 septembre.

Silvia Cattori : Quel était l’objectif poursuivi par les États-Unis en attaquant la Serbie ? S’agissait-il simplement, comme l’indique votre livre, de s’installer dans une région stratégique située sur une voie de transit pour le pétrole et le gaz d’Asie centrale ? Ou l’alliance des États-Unis avec les combattants musulmans dirigés par Izetbegovic, avait-elle un second objectif : créer un foyer d’extrémisme musulman aux portes de l’Europe pour s’en servir dans le cadre de manipulations terroristes ? Et, si oui, dans quel but ?

Jürgen Elsässer : Les États-Unis voulaient, comme l’Autriche à la fin du 19ème siècle en Bosnie, créer un Islam « européen » pour affaiblir les états islamiques au Moyen-Orient, c’est-à-dire, à cette époque, l’Empire Ottoman, aujourd’hui l’Iran et les états arabes. Les néoconservateurs avaient encore d’autres plans : construire un réseau clandestin de marionnettes « fondamentalistes » pour faire le sale travail contre la « vieille » Europe.

Silvia Cattori : Résultat, une guerre civile terrible. Comment l’Europe a-t-elle pu participer à la destruction de la Yougoslavie, qui apparaissait comme un exemple de cohabitation parfaitement réussie entre ethnies ? En faisant des Serbes les coupables, l’Europe n’a-t-elle pas fait voler en éclat un pays qui était une des constructions majeures de l’après-guerre. Sur quelle légitimité l’Europe fondait-elle son intervention ?

Jürgen Elsässer : D’abord, au début des années 90, l’Allemagne a mené l’attaque en se basant sur les principes de l’auto-détermination « ethnique » : c’est-à-dire la vieille ruse d’Hitler contre la Tchécoslovaquie et la Pologne en 1938/39. Ensuite, les États-Unis, ont pris le relais et ont fait l’éloge des « droits de l’homme », une escroquerie évidente.

Silvia Cattori : Dans votre enquête, Israël n’est jamais mentionné. N’avez-vous pas minimisé l’importance des néoconservateurs pro-israéliens qui, à l’intérieur du Pentagone, serviraient davantage les intérêts d’Israël que ceux des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Il y a des Israéliens qui ont collaboré avec les néoconservateurs, c’est un fait. Mais je ne suis pas sûr du rôle joué par Israël dans cette affaire. Sharon était contre le soutien des Albanais du Kossovo par l’OTAN. Et, en 1998, il a exprimé sa crainte à l’idée que l’OTAN soutienne la mise en place d’éléments pro-islamiques dans les Balkans. Je crois également qu’il n’était pas favorable à cette guerre l’année suivante.

Silvia Cattori : Vous ne voyez pas non plus de lien entre les services secrets israéliens et les attentats du 11 septembre 2001 ?

Jürgen Elsässer : Il y a des liens, mais je n’ai pas analysé le caractère de ces liens. Par exemple, immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d’agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c’est là une preuve qu’Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu’ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces « terroristes » dans la préparation de ces attentats, mais qu’ils garderaient leur savoir pour s’en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu : « Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias ». Il y a même une troisième possibilité, à savoir que ces espions israéliens voulaient prévenir les attaques mais ont échoué. En ce moment, nous savons seulement que ces types étaient sur place et qu’ils ont été arrêtés. Des investigations supplémentaires sont nécessaires.

Silvia Cattori : Ces liens mettent-ils en évidence que les attentats du 11 septembre 2001 faisaient partie d’un plan conçu de longue date ?

Jürgen Elsässer : Je ne suis pas certain qu’il y avait un plan établi de longue date. Il se peut que des gens comme Richard Perle improvisent beaucoup et se servent d’éléments criminels qu’ils ont mis en place mais qu’ils ne contrôlent pas en permanence. Comme, lors de l’assassinat de Kennedy, il est clair que la CIA était impliquée, mais on ne sait pas si cela avait été planifié au sommet, à Langley [le quartier général de la CIA], ou si ce sont les milieux les plus violents des exilés cubains travaillant pour la CIA qui l’on fait, le quartier général de la CIA se bornant à le tolérer.

Silvia Cattori : Si, demain, ces personnages regroupés autour de Perle étaient mis à l’écart, la stratégie de guerre antimusulmane des États-Unis et les manipulations qui la justifient, s’arrêteraient-elles ?

Jürgen Elsässer : Elle s’arrête quand ils perdent une guerre.

Silvia Cattori : La guerre, ne l’ont-ils pas perdue en Irak ?

Jürgen Elsässer : La guerre ne sera perdue que quand ils quitteront le pays, comme au Vietnam.

Silvia Cattori : Ces musulmans qui, comme Mohammed Atta, étaient des citoyens ordinaires avant d’être enrôlés par la CIA, comment ont-ils pu être conduits à des actions aussi terrifiantes, sans savoir qu’ils étaient manipulés par les agents secrets du camp opposé ?

Jürgen Elsässer : Il y a des jeunes qui peuvent être fanatisés et manipulés très facilement par des services. Les personnages haut placés n’ignorent pas ce qui se passe et savent par qui ils sont engagés.

Silvia Cattori : Ben Laden, par exemple, savait-il qu’il servait les intérêts des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Je n’ai pas étudié son cas. J’ai étudié le cas d’Al Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, qui était le chef des opérations dans les Balkans. Au début des années 90, il a voyagé tout au travers des États-Unis avec un agent de l’US-Special Command pour collecter de l’argent pour le Djihad ; cet homme savait qu’il participait à cette collecte d’argent dans une activité qui était appuyée par les États-Unis.

Silvia Cattori : Tout cela est très inquiétant. Vous apportez la preuve que les attentats qui se sont produits depuis 1996 (les attentats dans le métro de Paris), n’auraient jamais été possibles si la guerre dans les Balkans n’avait pas eu lieu. Et ces attentats qui ont fait des milliers de victimes vous les imputez à des services occidentaux. L’opinion en Occident a donc été trompée par des gouvernements embarqués dans des actions terroristes ?

Jürgen Elsässer : Le réseau terroriste que les services secrets américains et britanniques ont formé durant la guerre civile en Bosnie et plus tard au Kossovo, a fourni un réservoir de militants que l’on a ensuite retrouvés impliqué dans les attentats de New York, Madrid, Londres.

Silvia Cattori : Comment cela s’est-il passé concrètement ?

Jürgen Elsässer : Une fois la guerre en Afghanistan finie, Oussama Ben Laden a recruté ces militants djhadistes. C’était son travail. C’est lui qui les a entraînés, partiellement avec le soutien de la CIA, et qui les a mis en place en Bosnie. Les Américains ont toléré la connexion qu’il y avait entre le Président Izetbegovic et Ben Laden. Deux années plus tard, en 1994, les Américains ont commencé à envoyer des armes, dans une opération clandestine commune avec l’Iran. Après le traité de Dayton, en novembre 1995, la CIA et le Pentagone ont recruté les meilleurs des djihadistes qui avaient combattu en Bosnie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que ces musulmans se soient mis entre les mains de services qui servaient des intérêts idéologiques opposés aux leurs ?

Jürgen Elsässer : J’ai analysé les témoignages donnés par quelques djihadistes interrogés par les juges allemands. Ils ont dit qu’après le traité de Dayton, qui stipulait que tous les ex-combattants étrangers devaient quitter le pays, ils n’avaient plus d’argent et nulle part où aller. Quant à ceux qui pouvaient rester en Bosnie, parce qu’on leur avait fourni des passeports bosniaques, ils étaient eux aussi sans travail et sans argent. Le jour où des recruteurs sont venus sonner à leur porte et leur ont proposé 3000 dollars par mois, pour servir dans l’armée bosniaque, ils ne savaient pas qu’ils étaient recrutés et payés par des émissaires de la CIA pour servir les États-Unis.

Silvia Cattori : Par la suite, quand on les a envoyés préparer des attentats à Londres en juillet 2005, par exemple, ne se sont-ils pas rendus compte qu’ils étaient entre les mains d’agents secrets occidentaux qui les manipulaient ?

Jürgen Elsässer : Il n’est pas clair que ce soient réellement des jeunes musulmans issus de la banlieue de Londres qui aient commis les attentats, comme la police l’a prétendu. Il y a d’autres indices selon lesquels les bombes étaient fixées sous les rames. Il est aussi possible que des bombes aient été fixées sous les rames sans que ces jeunes le sachent. Dans ce cas là, il n’est pas sûr que les jeunes musulmans que l’enquête a incriminés, aient commis ces attentats.

Silvia Cattori : On peine à cerner le but que poursuivent les États occidentaux en engageant leurs services dans des manipulations criminelles ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas facile à dire. Souvenez-vous de l’assassinat de Kennedy. Qui a fait cela ? C’est sûr que ce sont des gens de la CIA qui ont soutenu le deuxième tueur, c’est sûr qu’Oswald a été assassiné par un homme qui avait été mandaté par la CIA. Ce qui n’est pas clair, c’est si ces hommes recrutés par la CIA ont agi sur ordre de Johnson ou de Dulles, ou s’ils étaient liés à des milieux d’exilés cubains extrémistes, c’est-à-dire affiliés à la maffia. Je ne crois pas que Bush ou Blair soient les chefs. Je ne crois pas en la théorie de la grande conspiration. Je crois que les services secrets engagent des hommes à qui l’on ordonne d’exécuter les affaires sales ; ces agents agissent comme ils veulent. Peut-être savez-vous que le 11 septembre 2001, quelqu’un a essayé de tuer Bush. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est difficile à expliquer.

Silvia Cattori : Vous voulez dire que Bush, par exemple, est lui-même otage de gens qui, à l’intérieur du Pentagone, forment un État dans l’État qui échappe également au commandement de l’armée américaine ?

Jürgen Elsässer : Oui. Bush est stupide. Il n’est qu’un instrument entre les mains d’autres personnes.

Silvia Cattori : Vous pensez à des gens qui sont sous l’influence directe de personnages comme Perle, Wolfowitz, Feith ? Vous pensez que ce serait eux qui, après la guerre des Balkans, auraient été les véritables commanditaires de ces attentats et que ces attentats ne sont pas séparés les uns des autres, qu’il y a un lien entre Madrid et Londres ? Cela veut-il dire que les États-uniens sont prêts à s’allier avec le diable pour semer le chaos partout dans le cadre de cette guerre antimusulmane, anti-arabe menées sous prétexte de terrorisme ? Un terrorisme fabriqué ?

Jürgen Elsässer : Oui, il y a un double gouvernement qui échappe au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs, comme Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle, des gens liés au pétrole et aux industries militaires. Le chaos global est dans l’intérêt de l’industrie militaire : quand il y a le chaos dans le monde entier, on peut vendre des armes et le pétrole plus cher.

Silvia Cattori : Youssef Asckar a très bien décrit cet État dans l’État auquel vous donnez crédit. Israël n’est-il pas le premier pays intéressé par cette stratégie du chaos, donc par la manipulation des attentats terroristes ? La propagande du lobby pro-israélien ne tend-t-elle pas à faire croire qu’Israël est menacé par des Arabes fanatisés ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas certain que cette stratégie puisse servir les intérêts d’Israël car, si les choses continuent de la sorte, tout le Proche-Orient sera en flammes, y compris Israël. On s’est servi du même procédé durant la guerre en Bosnie. Pour diaboliser les Serbes, les médias de l’Ouest ont inventé les histoires de camps de concentration et fait des montages photographiques pour comparer les Serbes à des nazis. Cette propagande visait à gagner l’opinion à la guerre contre la Serbie mais, en ce qui concerne les États-Unis, elle n’était pas forcément alimentée par le lobby juif mais par des stratèges chrétiens et athées. Ces stratèges jouent la carte « juive ». C’est ma thèse. On voit cela actuellement avec la propagande contre l’Iran ; les stratèges de la guerre jouent la carte « juive » pour impressionner les gens qui ont plus de morale que d’intelligence.

Silvia Cattori : Les manipulations récentes viennent confirmer, en partie, votre thèse : au même moment où les États-Unis voulaient faire passer au Conseil de Sécurité des sanctions contre l’Iran, un journal canadien a écrit que l’Iran voulait contraindre les juifs iraniens à porter l’équivalent d’une étoile jaune [2]]]. Mais je me référais à ces personnalités ouvertement pro-israéliennes qui, en France par exemple, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion car elles occupent des positions médiatiques stratégiques, et dont le parti pris communautaire les conduits toujours à appuyer la politique d’Israël et des États-Unis, peut importe si elle est criminelle. Souvenez-vous du soutien actif apporté à Izetbegovic en Bosnie par Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Une fois la Serbie à genoux, ils ont tout de suite dirigé leur propagande contre les Arabes et les musulmans ; il s’agissait cette fois de mobiliser l’opinion en faveur de la « guerre des civilisations ». Quand ils ont parlé de « camps de concentration » pour associer les Serbes à Hitler, n’ont-ils pas participé aux manipulations de l’OTAN ?

Jürgen Elsässer : Nous avons assisté au même phénomène en Allemagne. Les journalistes juifs qui soutenaient la guerre contre la Yougoslavie avaient accès aux plateaux télévisés. Mais les journalistes qui étaient contre, qu’ils fussent de confession juive ou pas, ont été écartés du débat. Je pense que les médias et les politiques se servent des voix juives pour des enjeux géostratégiques.

Silvia Cattori : Si, comme vous le dites, ce qui s’est passé dans les Balkans n’était que la répétition de ce qui s’était passé en Afghanistan, ce qui a succédé faisait donc partie du même processus. Pensez-vous que nos autorités connaissent les risques des guerres provoquées par leurs services secrets ?

Jürgen Elsässer : Mon espoir est qu’il y ait une réaction de la part des militaires aux États-Unis. Il y a parmi eux des gens qui savent très bien que toutes ces guerres ne sont pas intelligentes. Ils savent que les États-Unis vont perdre cette guerre. Dans l’armée américaine, ils sont impérialistes mais ils ne sont pas fous, ils ne sont pas d’accord avec ce qui se passe. Mais les néoconservateurs sont fous, ils veulent faire la Troisième Guerre mondiale contre tous les Arabes et tous les musulmans, comme Hitler qui voulait tuer tous les juifs et attaquer tous les autres pays ; les généraux allemands avaient averti Hitler de ce qu’il risquait.

Silvia Cattori : Votre espoir est qu’un changement survienne de manière inattendue ?

Jürgen Elsässer : Pour arrêter cette folie, je ne vois de possibilité de changement que parmi des forces qui sont, elles, restées rationnelles. Le commandement supérieur de l’armée américaine a écrit une lettre à Bush pour dire qu’il ne veut pas participer à une attaque contre l’Iran avec une arme nucléaire. Peut-être que Bush attaquera ; mais les conséquences seraient plus graves que dans le cas d’Irak. Il s’est passé la même chose avec les nazis : ils attaquent, ils attaquent, et un jour il y a Stalingrad et le début de la défaite. Mais cette aventure a coûté la vie de 60 millions d’êtres humains.

Silvia Cattori : Est-ce bien là ce qui a motivé votre effort en écrivant ce livre : alerter les consciences afin d’éviter de nouveaux désastres et de nouvelles souffrances ? D’autant qu’après l’Irak ce serait au tour de l’Iran ?

Jürgen Elsässer : Oui. Mais des personnages comme Bush se fichent de tout cela. Je ne suis pas totalement pessimiste sur l’Iran : on pourrait voir une répétition de l’axe Paris, Berlin, Moscou. Notre chancelière, qui est normalement une marionnette des États-Unis, a offert une coopération stratégique à la Russie, car l’Allemagne dépend entièrement du pétrole et du gaz russe. C’est un argument fort. Les Allemands sont des impérialistes, mais ils ne sont pas fous.

Silvia Cattori : Dans les Balkans n’est-ce pas l’Allemagne qui a ouvert la porte à la guerre ?

Jürgen Elsässer : Oui, c’est vrai. Mais, aujourd’hui, vous voyez que Joschka Fischer et Madeleine Albright ont envoyé une lettre ouverte à Bush pour lui dire de ne pas attaquer l’Iran. Mme Albright a précisé que l’on ne peut pas attaquer tous les gens que l’on n’aime pas. C’est rationnel.

Silvia Cattori : Avez-vous pu recueillir ces éléments qui illustrent les agissements des services secrets parce que, aujourd’hui, inquiets de l’évolution de la politique internationale, des gens commencent à parler ?

Jürgen Elsässer : Oui. Je me suis beaucoup appuyé sur les informations de gens qui travaillent au sein de « la bête ».

Silvia Cattori : Partout dans le monde ?

Jürgen Elsässer : Je peux seulement vous dire que ce sont des gens en Europe de l’Ouest. Ce sont des gens qui n’ont pas cessé d’utiliser leur tête.

Silvia Cattori : Pour avoir la preuve des manipulations qui ont entouré l’« Incident du Golfe du Tonkin », incident qui a permis aux États-Unis de déclencher la guerre contre le peuple vietnamien, il a fallu attendre longtemps. Les choses ont-elles donc changé aujourd’hui ce qui permettrait de riposter à temps ?

Jürgen Elsässer : Il y a une grande différence entre la situation des années 60 et celle d’aujourd’hui. En République fédérale d’Allemagne, par exemple, on était à cette époque en faveur de la guerre contre les communistes au Vietnam. La version officielle qui disait notre république en danger d’être attaquée par les communistes était partagée par une grande partie de l’opinion. Ce qui a changé c’est, qu’aujourd’hui, la majorité de la population est contre la guerre, sans discussion.

Silvia Cattori : Vous soulignez à juste titre le caractère religieux extrémiste de la Bosnie-Herzégovine sous Izetbegovic mais, alors que vous doutez du soutien d’Israël à cette espèce d’ébauche de l’émirat des Taliban, ne surévaluez-vous pas le rôle de l’Iran et de l’Arabie saoudite ? Richard Perle était le principal conseiller politique d’Izetbegovic. Les Iraniens et les Saoudiens n’ont-ils pas fait de la surenchère islamique en espérant prendre le contrôle d’un régime musulman qui ne tenait ses ordres que de Tel-Aviv et Washington. En fait, Izetbegovic n’était-il pas un agent d’Israël ?

Jürgen Elsässer : Le Mossad a aidé les Serbes bosniaques, ils leur ont même fourni des armes. Il n’y a rien qui indique que le gouvernement israélien ait aidé Izetbegovic. Il a été soutenu par les Américains, et Clinton s’appuyait sur le lobby sioniste aux États-Unis, mais ce lobby n’avait pas le soutien du gouvernement israélien pendant la guerre de Bosnie.

Silvia Cattori : En ce qui concerne certaines de vos sources, peut-on accorder crédit aux assertions de Yossef Bodanski, directeur de Groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle près du Sénat américain ?

Jürgen Elsässer : Je ne fais confiance à personne. On prétend que Bodansky a des liens avec des sources du Mossad et cela rend nombre de ses conclusions suspectes. D’un autre côté il porte à notre connaissance beaucoup de faits intéressants qui contredisent la propagande officielle. Dans mon livre, je montre les contradictions au sein des élites dominantes des États-Unis et, à cet égard, Bodansky, est très intéressant.

Silvia Cattori : Il est dit dans votre livre : « Le terrorisme existe au Kossovo et Macédoine, mais dans sa majorité, il n’est pas contrôlé par Ben Laden mais par les services secrets US ». Doutez-vous de l’existence d’Al Qaeda ?

Jürgen Elsässer : Oui, comme je l’ai écrit dans mon livre, c’est de la propagande fabriquée par l’Occident.

Silvia Cattori : On a un peu l’impression que, pour aller au bout de sa logique, votre enquête n’est pas terminée. Certes, la Yougoslavie a été un laboratoire de la fabrication des réseaux islamistes, et votre livre montre bien que ces réseaux servent les intérêts des États-Unis. Pourtant, vous semblez croire en l’existence de réseaux islamistes internationaux qui auraient une base populaire dans le monde musulman, alors qu’en même temps votre recherche démontre que ces réseaux ne sont que des mercenaires des États-Unis et qu’ils n’ont jamais rien fait pour les musulmans ?

Jürgen Elsässer : Regardez l’exemple du Hamas : au début des années 80 il a été fomenté par le Mossad pour contrer l’influence de l’OLP. Mais par la suite, le Hamas a développé sa propre base populaire et, maintenant, il fait partie de la résistance. Mais je parie qu’il y a encore des agents étrangers à l’intérieur du Hamas.

Silvia Cattori : Vous avez mentionné que les inspecteurs des Nations-Unies sont infiltrés d’espions par les États-Unis. Pourrions-nous avoir des précisions ?

Jürgen Elsässer : Certains casques bleus de l’UNPROFOR en Bosnie ont transporté des armes à destinations des Moudjahidines.

Silvia Cattori : Quand Peter Handke affirme que les Serbes ne sont pas les seuls coupables, qu’ils sont les victimes de la guerre des Balkans on le proscrit. Qui a raison dans cette affaire ?

Jürgen Elsässer : De tous les côtés – Serbes, Croates, Musulmans – les gens ordinaires ont tous perdu. Les Musulmans ont gagné la guerre en Bosnie avec l’aide de Ben Laden et de Clinton mais, maintenant, leur pays est occupé par l’OTAN. Ils ont aujourd’hui moins d’indépendance qu’au temps de la Yougoslavie.

Silvia Cattori : Comment votre recherche se situe par rapport à celle d’Andreas Von Bülow et Thierry Meyssan ?

Jurgen Elsässer : Nous partageons la même opinion sur les évènements du 11 septembre 2001 : nous pensons que la version officielle n’est pas vraie. Toutes ces recherches combinées sont très utiles pour pouvoir continuer d’approfondir la réalité des faits. Ma spécialité, est d’avoir fait le lien entre les guerres des Balkans et le 11 septembre, tandis que Thierry Meyssan a analysé l’attaque sur le Pentagone pour démontrer qu’elle était due à un missile et pas à un avion, et que Von Bülow, lui, est arrivé à la conclusion que les avions étaient guidés par une balise.

Silvia Cattori : Pour avoir remis en questions la vérité officielle, Thierry Meyssan a subi le discrédit et le blocage des médias. Allez-vous échapper à cela ?

Jürgen Elsässer : Il y a aussi un blocage contre mon livre. Il n’est pas possible pour un seul auteur de casser ce blocage. Toutefois, cela ne peut empêcher nos thèses de faire leur chemin. Le public n’est pas d’accord avec ce que disent les médias : malgré leur blocage 35 à 40 % des gens ne croient pas ce que les médias leur disent. Il y a l’exemple de l’assassinat de Kennedy : aujourd’hui, 90 % des gens ne croient pas en la version officielle et pensent que l’assassinat de Kennedy était une action de la CIA.

Silvia Cattori : Mettre à jour les manipulations des États, qui se servent de leurs services de sécurité de manière criminelle, ne doit pas être sans danger ?

Jürgen Elsässer : Je crois que le danger vient seulement quand on vend plus de 100 000 livres. En Allemagne, en onze mois, mon livre n’a été vendu qu’à 6 000 exemplaires.

Source : Réseau Voltaire (Genève).
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C’est au bout d’une véritable séance-marathon caliente (chaude) selon le journal Clarin que les députés ont entériné la nouvelle loi sur les services de renseignements. Une loi imposée par la présidente elle-même rappelle le quotidien de Buenos Aires. La présidente argentine a souhaité une réforme profonde de ces services. Selon Cristina Kirchner, ils sont en partie responsables de la mort du procureur Alberto Nisman il y a plus d’un mois.

Le principal service de renseignement sera dissout au profit de la création d’une Agence fédérale du renseignement. Cette initiative est vivement critiquée par l’opposition qui dénonce entre autres une manœuvre de diversion de la part du gouvernement afin de détourner l’attention de l’affaire Nisman. D’autres députés d’opposition accusent la présidente de se tailler un service secret sur mesure, écrit La Nacion.

Source : RFI.

Le président burundais, Pierre Nkuruziza
Le président burundais, Pierre Nkuruziza
La raison de leur révocation n’es pas précisée, mais les trois responsables des services de sécurités ont adressé en février une correspondance au président burundais, Pierre Nkurunziza, lui demandant de renoncer à briguer un troisième mandat.
Le chef de services secrets burundais (SNR), le chef de la division des renseignements intérieurs et le chef de cabinet du patron du SNR ont été limogés mardi sur un décret du président burundais, Pierre Nkurunziza qui ne précise pas la raison.Le général Godefroid Niyombare qui était jusque-là le numéro du SNR avait été nommé à son poste moins de trois mois plutôt.

Le SNR, sorte de police présidentielle, est un pilier du pouvoir Nkurunziza.

Le général Niyombare a été démis avec son chef de cabinet du patron du SNR, le général Léonard Ngandakumana, et le chef de la division des renseignements intérieurs, le général Sylvestre Ndayizeye.

Des cadres du pouvoir au pouvoir, le Cndd-FDD, estiment que les trois hommes sont ainsi punis pour avoir demandé au chef de l’Etat de ne pas se représenter à la présidentielle de juin.

Les trois hommes ont en effet adressée le 16 février une correspondance à Pierre lui demandant de renoncer à briguer un troisième mandat.

Un haut gradé des services secrets cité par l’AFP, a aussi confirmé l’information.

« Ils lui disaient que s’il (se représente), il devra faire face à de nombreuses oppositions, tant dans le pays que dans son parti, et Nkurunziza ne l’a pas supporté, mais cela risque de mettre à mal le parti Cndd-FDD », a insisté cette seconde source.

Il y a deux mois, le Cndd-FDD avait exclu de ses rangs un de ses cadres, l’ex-sénateur Richard Nimbona, qui avait demandé publiquement à Nkurunziza de ne pas se représenter.

Officiellement, le chef de l’Etat n’a pas déclaré ses intentions pour la présidentielle. Mais il est largement soupçonné par l’opposition et la société civile de vouloir rempiler pour un troisième mandat.

Ses opposants estiment qu’une telle démarche serait anticonstitutionnelle. Ses partisans disent le contraire.

Le pouvoir en place au Burundi est accusé de restreindre l’espace politique et de chercher à museler les médias et la société civile à l’approche des élections.

La communauté internationale s’inquiète elle depuis des mois de violences armées et de tensions politiques croissantes à l’approche du scrutin présidentiel, et des élections législatives et communales prévues dès mai.

Source : La Voix de l’Amérique.

media

Il y a quelques jours, le patron des services secrets, le général Godefroid Niyombare, a écrit au président burundais en lui déconseillant de briguer un troisième mandat, au risque de plonger ce pays dans le chaos, selon des sources concordantes. Malgré les dénégations de proches du président Pierre Nkurunziza, celui-ci a démis de ses fonctions, mercredi 18 février, le patron de services secrets. Au cœur de cette nouvelle affaire, la candidature – ou non – pour un troisième mandat de l’actuel président burundais.

Le limogeage du patron des services secrets burundais est « un signal fort lancé à tous les opposants au troisième mandat », explique un proche du général Godefroid Niyombare. Cet homme n’est pas le premier venu. Premier chef d’état-major général de l’armée burundaise d’origine hutu, ce compagnon de lutte du chef de l’Etat était tombé en disgrâce une première fois en 2013.

Nommé ambassadeur à Nairobi par la suite, le général Niyombare était revenu en force fin novembre 2014, lorsqu’il a été nommé à la tête des services secrets, probablement le principal pilier du pouvoir Nkurunziza. Homme de principe, il paierait aujourd’hui, lui et ses deux lieutenants, son opposition affichée à ce que Pierre Nkurunziza brigue un troisième mandat. Selon des sources concordantes, ce serait surtout un avertissement lancé à tous ceux qui tenteraient de se mettre sur son chemin à l’intérieur du parti Cndd-FDD. En effet, des voix discordantes se font de plus en plus entendre au sein du parti du président.

C’est aussi aux hauts gradés de l’armée et de la police issus de l’ancienne rébellion et qui tirent les ficelles du pouvoir dans l’ombre, à qui Nkurunziza a lancé une mise en garde. Le président burundais devra donc batailler ferme s’il veut se présenter pour un troisième mandat face à une opposition interne qui s’organise, une opposition politique, une société civile totalement hostile ainsi qu’une communauté internationale de plus en plus inquiète.

Source : RFI.

 François Hollande et le roi du Maroc, Mohammed VI en avril 2013. ©Niviere/Sipa

À la suite des trois réunions entre la ministre de la justice française, Christiane Taubira, et son homologue marocain, Mustapha Ramid, le magistrat de liaison a repris son poste à l’ambassade du Maroc à Paris la semaine dernière. Et les services de renseignement ont enfin commencé à rétablir leur collaboration en matière de lutte contre le terrorisme.

À Paris, comme à Rabat, on a compté les jours. Il s’en est écoulé 354 depuis que sept policiers français ont fait irruption, le 20 février 2014, à la résidence de l’ambassadeur du Maroc, à Neuilly, pour y remettre une convocation du patron de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), Abdellatif Hammouchi, visé par une plainte pour complicité de torture. Ce jour-là, le patron des services marocains n’était pas présent. Après s’être entretenu avec ses homologues français, il était déjà en route pour Rabat.

« La coopération sécuritaire étant le noyau dur de notre relation, on ne peut pas accuser le chef des services de renseignement de torture et s’attendre à ce qu’il continue à vous livrer des informations », souligne un haut responsable marocain. Rabat a privilégié le partage de renseignements avec les Américains et les Espagnols. Privant ainsi le partenaire français des informations traitées sur leurs ressortissants installés ou de passage au Maroc, sur les près de 1,3 million de Marocains vivant en France.

« Nous avons des réseaux étendus en Irak et en Syrie ainsi qu’au Sahel et en Afrique de l’Ouest, et ces renseignements sont particulièrement utiles aux Français », souligne un proche des services marocains. Le transfert de prisonniers s’est aussi arrêté. « La coopération sécuritaire a souffert de manière anormale », déplore-t-on avec le recul des deux côtés.

Défiance entre services, d’Alger à Ouagadougou, en passant par Bamako

Une guerre des services a éclaté durant cette « brouille », lorsque, subitement, le nom de la « deuxième secrétaire à l’ambassade de France et chef d’antenne de la DGSE au Maroc » est révélé publiquement, en mai, sur le site d’information 360.ma, réputé très proche du secrétaire particulier du roi, Mounir Majidi. Celle que ses collègues surnommaient « la lionne » pour son ardeur à la tâche, est démasquée et quitte aussitôt le territoire marocain. Pour la seconde fois, après un fonctionnaire français sous couverture à Tanger quelques années plus tôt, un agent français est « détronché » par les Marocains. « C’est un fait rare et grave, ni plus ni moins qu’un acte de guerre », souligne un diplomate français. À l’ambassade de France à Rabat, les officiels français sont sous pression et font profil bas. D’autant que l’ambassade de Rabat est l’un des points stratégiques de la région en matière de renseignement et d’action tourné vers l’Afrique.

Cette hostilité des services marocains à l’égard de leurs anciens alliés, sur fond de tensions diplomatiques entre Paris et Rabat va se déplacer un peu plus au sud. À commencer par le nord du Mali où Paris va soutenir la médiation algérienne entre le gouvernement malien et les groupes armés, un processus dont Rabat est exclu. Les Marocains y voient là un traitement de faveur de Paris à l’égard de leur historique adversaire algérien. D’autant que les services marocains multiplient les notes sur les accointances présumées des socialistes français au pouvoir avec Alger. Un sentiment de trahison saisit Rabat, qui avait facilité dés janvier le survol de son territoire aux premiers Rafale français en route vers le Mali. Et des éléments des forces spéciales marocaines déployés sur place avaient aussi transmis des renseignements aux Français.

Le dialogue intermalien se poursuit à Alger jusqu’à ce jour, sans néanmoins parvenir à un accord. « Ces négociations ne parviendront à rien. Certains groupes touaregs sont en partie sous notre contrôle, et nous suivons tout ce qui se déroule à Alger », claironne un fonctionnaire marocain qui ne cache pas la volonté de faire achopper cette médiation. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ne participe pas à ces négociations. L’un de ses chefs, Bilal Ag Cherif, est d’ailleurs très proche de Rabat. Autour de la crise du nord du Mali, les vieux « frères ennemis » que sont l’Algérie et le Maroc ont trouvé un autre terrain de rivalités et un nouveau levier vis-à-vis de Paris. Une triangulaire paralysante Alger-Paris-Rabat émerge autour du conflit malien.

« Un geste en faveur de la France »

Si le Mali les a divisés, le Burkina-Faso semble avoir rapproché les services de renseignements marocains et français. Tous deux entretiennent des liens étroits avec le président burkinabé Blaise Compaoré. Lorsque le 31 octobre, les Français exfiltrent, en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré, chassé du pouvoir après deux jours de manifestation, les Marocains ne sont pas loin et observent cette révolution qu’ils pensent « accélérée par un soutien de Paris ».

Après Yamoussoukro, c’est à Rabat que Compaoré débarque, à l’improviste, à bord d’un jet de la République ivoirienne le 20 novembre. Il sera conduit à l’hôtel Hyatt. À la demande de la France, Rabat limite les visites au président déchu pour ne pas alimenter des soupçons d’un plan de retour au pouvoir. « Nous avons levé le pied sur un ami du Maroc depuis Hassan II. C’était un geste en faveur de la France », indique un proche des services marocains. La profondeur stratégique de cette brouille entre les services s’est étendue à leurs zones d’influence sur le continent.

À travers l’Espagne, Marocains et Français ont peu à peu repris un échange très limité de renseignements, comme l’a révélé El Pais en janvier. En coulisses, les services marocains ont préparé cette reprise de la coopération sécuritaire avec leurs homologues français, symbolisée par cette visite du roi à l’Elysée. Mohammed VI et François Hollande ont souligné leur détermination à « lutter ensemble contre le terrorisme et à coopérer pleinement dans le domaine de la sécurité ».

    Malijet.

Les récentes révélations publiées par le New York Times et portant sur la création par un fonctionnaire américain du Pentagone d’un réseau de renseignements privé pour faire la chasse aux islamistes en Afghanistan « soulignent les problèmes qui existent entre le renseignement et les militaires », estime le chroniqueur David Ignatius dans le Washington Post. « Pour comprendre cette affaire, il faut revenir au point de départ, c’est-à-dire la permanente insatisfaction de l’état-major américain concernant la qualité du travail de la CIA en Afghanistan. En janvier, un haut gradé stationné à Kaboul avait déjà fait part de cette frustration, en publiant un rapport selon lequel ‘la guerre en Afghanistan [avait] débuté il y a huit ans, mais la communauté du renseignement américain [n’était] que très partiellement pertinente dans la conduite de la stratégie générale' », explique le journaliste.

Source : Courrier international.com, 17 mars 2010.

Michael Furlong

Détournant des fonds publics, un fonctionnaire américain a mis sur pied un réseau de renseignements privé pour faire la chasse aux islamistes sur les territoires afghan et pakistanais. Un scoop du New York Times qui embarrasse Washington.

Sous couvert d’un banal programme officiel de collecte de renseignements sur la so­ciété afghane, un fonctionnaire du ministère de la Défense a monté en Afghanistan et au Pakistan un réseau de sous-traitants du privé pour participer à l’élimination d’extrémistes présumés. Michael D. Furlong a ainsi engagé comme prestataires des entreprises de sécurité employant d’anciens agents de la CIA et des forces spéciales, les fameux bérets verts. L’emploi par l’armée de sous-traitants comme espions est généralement jugé illégal. De plus, au Pakistan, le recours clandestin à des prestataires privés risque d’être interprété comme un moyen de contourner les autorités d’Islamabad, qui ont interdit la présence de personnel militaire américain dans le pays. Selon des sources officielles, les activités lancées par Michael Furlong auraient été suspendues et l’homme serait l’objet d’une enquête ouverte par le ministère de la Défense pour diverses infractions présumées, notamment pour contrat frauduleux. Ces accusations sont portées alors que la CIA est déjà mise en cause dans d’autres affaires de ce genre en Irak.

On ignore si l’armée avait donné son accord

“Bien que cela n’ait pas porté préjudice aux opérations de renseignements légales, laisser des mercenaires jouer à James Bond dans une zone de guerre est généralement une mauvaise idée”, reconnaît un fonctionnaire américain. On ignore encore si Michael Furlong a reçu l’approbation d’officiers supérieurs ou s’il a monté l’opération en solitaire. L’individu, lui-même ancien officier de l’armée de l’air, est aujourd’hui employé à plein-temps par le ministère de la Défense sur la base aérienne de Lackland, à San Antonio (Texas). Il possède une longue expérience des “opérations psychologiques”, terme par lequel l’armée désigne l’exploitation de l’information en temps de guerre. On ignore la date exacte du lancement de ces opérations, mais, selon certains fonctionnaires, elles se seraient accélérées à l’été 2009. Michael Furlong aurait détourné des fonds d’un programme conçu pour améliorer les connaissances de l’état-major américain sur les structures sociales et tribales de l’Afghanistan.

Selon Robert Pelton, spécialiste des zones de guerre, recruté par Washington pour collecter des informations sur la société afghane, des millions de dollars censés être affectés au site Internet dont il était chargé ont été redistribués par Furlong pour collecter des renseignements. Ainsi, Robert Pelton raconte avoir appris de collègues afghans que des vidéos qu’il avait mises en ligne sur le site avaient été utilisées pour préparer une frappe américaine au Sud-Waziristan, au Pakistan. Michael Furlong aurait entre autres fait appel à International Media Ventures, une entreprise de “communication en stratégie” dirigée par d’anciens agents des forces spéciales, mais aussi à American International Security Corporation, une société de Boston dirigée par Mike Taylor, un ex-béret vert lui aussi. Contacté par téléphone, ce dernier déclare avoir un temps employé Duane Clarridge, surnommé Dewey, un ancien membre éminent de la CIA impliqué dans de nombreuses affaires de l’Agence, dont le fameux scandale de l’Irangate [ventes secrètes d’armes américaines à l’Iran entre 1985 et 1987]. Interrogé à son tour, Duane Clarridge nie cependant avoir jamais travaillé avec Michael Furlong.

A la mi-2008, l’armée a confié à Michael Furlong la responsabilité d’un programme de collecte d’informations sur la culture politique et tribale afghane. Une partie des fonds publics alloués à ce programme, 22 millions de dollars au total [16 millions d’euros], va dans les caisses d’International Media Ventures. Son site montre par ailleurs que plusieurs de ses cadres dirigeants sont d’anciens membres des forces spéciales, notamment des commandos de la Delta Force, qui ont été très actifs dans la traque de terroristes présumés depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Dans un entretien, le contre-amiral Gregory Smith, porte-parole des forces de l’OTAN en Afghanistan (ISAF), a déclaré que l’armée américaine employait actuellement neuf civils membres du personnel d’International Media Ventures, dans le cadre de missions ordinaires de surveillance, de collecte et d’analyse d’informations. Quant aux autres employés d’International Media présents en Afghanistan, les responsables de l’armée américaine n’auraient aucune connaissance de leurs activités. A l’été 2009, Michael Furlong a déclaré à des collègues qu’il travaillait en collaboration avec Clarridge à la libération du soldat Bowe Bergdahl, kidnappé en Afghanistan [le 30 juin 2009] et qui serait actuellement détenu au Pakistan. Entre décembre 2008 et mi-juin 2009, Taylor et Duane Clarridge ont été chargés d’œuvrer à la libération de David Rohde, journaliste du New York Times enlevé en Afghanistan et retenu prisonnier pendant sept mois dans les Zones tribales, au Pakistan. Le journaliste a finalement réussi à s’enfuir sans leur aide. C’est en 2008 que l’idée de créer un programme d’information gouvernemental est née dans l’esprit d’Eason Jordan, directeur de l’information de CNN, et de son partenaire Robert Pelton. Ils ont alors pris contact avec le général David McKiernan, qui allait bientôt devenir commandant des forces américaines en Afghanistan [il l’a été du 6 octobre 2008 au 15 juin 2009]. Leur projet consistait à mettre en place un système de collecte d’informations en Afghanistan et au Pakistan à destination de l’armée américaine et de clients privés ayant besoin de clés pour mieux comprendre cette région complexe, devenue cruciale pour la préservation des intérêts occidentaux.

Des fonds qui disparaissent mystérieusement

Le site a été baptisé Afpax. D’après Eason Jordan, Michael Furlong était présent aux côtés du général McKiernan lorsqu’il lui a présenté le projet. Le général a donné son accord et Michael Furlong a assuré qu’il trouverait les financements nécessaires. Pourtant, chaque fois qu’Eason Jordan lui a demandé des fonds, Michael Furlong lui a répondu que l’argent était destiné à d’autres opérations et que son projet suscitait de moins en moins d’intérêt.

Le contre-amiral Smith déclare s’être opposé au financement d’Afpax dès son arrivée à Kaboul, en juin 2009. Il explique qu’il n’en avait nul besoin et qu’il craignait que ses activités ne flirtent de trop près avec celles du renseignement, ce qui pouvait se traduire par le ciblage de certains individus. Il précise que la CIA s’était opposée au projet pour les mêmes raisons, mais que Michael Furlong a insisté. “J’ai finalement dû mettre les points sur les ‘i’ et lui dire que nous n’étions pas intéressés”, poursuit-il. La suite des événements est assez confuse. Après le rejet du projet Afpax, Michael Furlong aurait cher­ché à utiliser l’argent restant pour d’autres activités. Il aurait ainsi accepté de proposer les services de certains employés d’International Media Ventures au bureau de communication stratégique du contre-amiral Smith. Reste que 15 millions de dollars [11 millions d’euros] se sont évaporés dans la nature. “Je ne sais absolument pas où est passé cet argent”, affirme le contre-amiral Smith.

Source : Dexter Filkins, Mark Mazzetti, The New York Times, 15 mars 2010.

Si Louis Riel avait été pendu en 1885 après avoir été dénoncé par l’un de ses compatriotes métis, le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) pourrait encore aujourd’hui refuser de divulguer le nom du délateur qui aurait mené le chef rebelle à la potence, pour des motifs de sécurité nationale.

C’est la réponse qu’a donnée Nicole Jalbert, coordonnatrice de l’accès à l’information au SCRS, lorsque confrontée à pareille hypothèse, la semaine dernière.

Ce scénario fictif a été soulevé lors d’un procès intenté par un journaliste de La Presse Canadienne afin d’obliger le gouvernement fédéral à dévoiler la totalité des renseignements recueillis il y a des décennies sur l’icône socialiste Tommy Douglas.

Comme l’information sur le légendaire ministre du culte des Prairies a été amassée il y a plusieurs années, Paul Champ, l’avocat du reporter, a demandé à la dame si le gouvernement accepterait de donner, par exemple, un document laissant entendre que Louis Riel avait été trahi il y a 125 ans par son comparse Gabriel Dumont. Devant ce scénario hypothétique, Mme Jalbert a offert une réponse équivoque, illustrant jusqu’où pouvait aller le SCRS pour protéger ses activités secrètes.

Cette bataille juridique a commencé en novembre 2005 lorsque le journaliste de La Presse Canadienne, Jim Bronskill, a présenté une demande d’accès à l’information pour le dossier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur Tommy Douglas, largement reconnu comme étant le père de l’assurance-maladie.

Mais sur la recommandation du SCRS, Bibliothèque et Archives Canada a refusé de rendre publics plusieurs documents liés à l’ancien premier ministre de la Saskatchewan, évoquant la sécurité nationale.

Cette décision ayant été maintenue par le Commissariat à l’information du Canada, M. Bronskill a amené Patrimoine Canada, qui supervise les archives, devant les tribunaux afin d’obtenir la divulgation du dossier complet.

Dans sa déclaration sous serment, Nicole Jalbert a soutenu que rendre accessibles tous les renseignements sur Tommy Douglas pourrait mettre en danger les informateurs et compromettre la capacité du SCRS à mener des missions secrètes.

Source : La Presse Canadienne, 11 mars 2010.