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Le renseignement emploie actuellement 6000 agents en France.  Photo DR

La menace terroriste rend d’autant plus cruciale la mission des services secrets dont le profil de ses collaborateurs a beaucoup évolué. Notamment à la DGSE où les offres de service connaissent un pic au lendemain des attentats.

L’émotion, comme guide. À chaque événement tragique, c’est ainsi : le nombre de candidatures spontanées afflue subitement à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Il y a par exemple ce cadre bancaire qui met en avant ses connaissances en matière de réseaux monétaires. Mais aussi les belliqueux mués par un esprit de vengeance. « Ici, on ne veut pas de gens qui veulent entrer en guerre », coupe un cadre de la centrale. « Plutôt des personnes qui cherchent à comprendre ce qui se passe dans le monde ».

Des gadgets, mais pas seulement

Au sein du principal service de renseignement français, un nid composé de plus de six mille espions, on se bat toujours contre le mythe James Bond qui, toutefois, rejoint encore la réalité. Notamment au travers des deux couturières chargées d’insérer accessoires et autres gadgets dans les vêtements des agents en partance sur le terrain. La partie émergée d’un iceberg dont la composition des métiers a fortement évolué au cours de ces dernières années. De même que son image.

« À partir des années 2000, les affaires de prises d’otages ont tout changé, notre rôle a été mis en lumière, l’opinion publique nous a découvert une utilité sociale de façon à légitimer notre action ». La partie émergée de l’iceberg, encore une fois. Il n’empêche, il devenait, dès lors, avec ce changement de paradigmes et face à la montée de la menace terroriste, plus aisé d’attirer de nouveaux profils. D’autant que depuis le Livre blanc de 2008, « l’État définit mieux ce qu’il veut ». Le renseignement, en France, a désormais pris une tout autre dimension.

On cherche des geeks

Et cela se mesure à ce chiffre : une hausse de plus de 20 % des effectifs de la DGSE en l’espace d’une décennie. Avec 434 emplois supplémentaires prévus par la loi de programmation militaire 2014-2019. Auxquels il convient désormais d’ajouter les 185 annoncés par le Premier ministre consécutivement aux attentats de Paris. Cœur de cible : analystes en contre-terrorisme et ingénieurs. Dans ce dernier secteur, ils sont un millier environ au sein de la DGSE, spécialistes en sécurité informatique, des télécoms, mathématiciens rompus à la cryptologie ou férus de recherche fondamentale et pour l’essentiel contractuels. « Beaucoup sont attirés par la technologie de la DGSE », confie un cadre de la centrale. De fait, poursuit-il au regard de la révolution technologique en cours, « nous avons de moins en moins d’exécutants et toujours plus de concepteurs ». Ainsi attribuerait-on à la DGSE la création du logiciel d’espionnage Babar, un programme destiné à scruter les messageries instantanées.

Un autre logiciel espion aurait été attribué à la DGSE. Il s’appelle Casper et aurait été découvert sur le serveur du ministère de la Justice syrienne. Il serait capable de s’auto-détruire en cas de détection.

Professionalisation accrue

« Ici », insiste cependant un agent des services, « on ne cherche pas des hackers mais des geeks ». Mais aussi des linguistes, dont la palette s’est considérablement élargie au cours de ces dernières années, compliquant le recrutement car leurs origines sont autant de pistes qu’il convient d’explorer afin d’exclure toute forme de fuite ou de manipulation. Une professionnalisation toujours plus accrue à l’image des officiers traitants qui, avec les analystes, forment « l’épine dorsale » de la DGSE pour reprendre l’image usitée par l’un de ses principaux responsables. Lequel insiste sur ce qu’il nomme « la capacité à s’exporter à l’étranger ». « Auparavant, cela touchait essentiellement à la recherche humaine, désormais cela s’applique à la recherche technique ». Et voilà qui peut s’avérer un écueil au recrutement, d’autant que « notre carte géographique, ce sont les zones qui impliquent une certaine rusticité ». Mais les choses changent, incontestablement. À tel point qu’un haut cadre de la DGSE l’affirme, « la clandestinité pure est amenée à disparaître ». Surtout pas le secret cependant. Même si le voile se lève sur une quête de compétences toujours plus pointues en lien avec un monde en pleine ébullition.

Source : Le Dauphiné Libéré.

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 Depuis bientôt deux ans, l’actualité sur la sécurité est en partie monopolisée par les révélations successives contenues dans les documents dérobés par Edward Snowden à la NSA. Bien que les États-Unis soient en première position dans le renseignement et les armes informatiques, plusieurs signes pointent sur une France qui n’a rien à envier à l’Oncle Sam, sauf peut-être ses moyens colossaux.
Casper, ce charmant petit fantômeEn janvier, le renseignement canadien avait indiqué avoir trouvé un malware, nommé « Babar », particulièrement avancé et lié a priori soit à un groupe de pirates ayant des liens avec le gouvernement français, soit au gouvernement lui-même. L’information n’était pas étonnante, les cas de Stuxnet et Flame ayant montré que le soutien par les gouvernements était réel et permettait de déclencher des attaques précises et efficaces, notamment contre le programme nucléaire iranien. Edward Snowden avait par ailleurs abordé plusieurs fois le thème du renseignement et de l’espionnage, indiquant que les États-Unis étaient bien loin d’être les seuls à s’adonner à ces activités.

Selon un article de Motherboard concentrant plusieurs témoignages d’experts en sécurité, notamment de chez Kaspersky et ESET, un autre programme malveillant pourrait bien faire partie du cyber-arsenal de l’Hexagone. Nommé Casper, il agit comme un « premier implant que vous envoyez chez les victimes pour savoir qui elles sont » explique Costin Raiu, directeur de recherche chez Kaspersky. Selon les informations réunies par l’éditeur, Casper a notamment été trouvé sur le site officiel du ministère syrien de la Justice en avril 2014.

Deux failles 0-day du lecteur Flash exploitées sur un site officiel syrien

Ce constat a été fait par d’autres experts, notamment Joan Calvet de chez ESET. Il explique ainsi que Casper a été retrouvé caché dans un dossier, attendant qu’un utilisateur quelconque soit infecté, à travers par exemple un lien sur une page web. L’efficacité de Casper tient notamment à l’utilisation de deux failles de type 0-day dans le lecteur Flash d’Adobe. Or, ces failles sont rares selon les experts, et en exploiter deux simultanément laisse penser que le groupe à l’origine du malware dispose de moyens conséquents.

Quant à l’intérêt de Casper, il est assez simple : établir un profil aussi complet que possible de la victime. Le malware est capable de fournir de nombreuses informations techniques, et Calvet estime que les auteurs sont à même de savoir si le bilan de ces données permet de désigner une cible intéressante. Ajoutons que Casper était plus précisément sur le site qui permettait aux internautes syriens d’écrire des doléances au sujet du régime de Bachar el-Assad. Pour les experts, l’intérêt aurait donc été de réunir des informations sur tous ceux qui venaient rédiger des plaintes.

De l’implication de la France

Pour Costin Raiu, la situation est très claire : « Quand vous avez une opération d’une si grande ampleur, fonctionnant depuis des années et utilisant de multiples failles 0-day, sans pour autant qu’il y ait le moindre retour financier à la clé, il est évident qu’elle est soutenue par un État, elle l’est forcément ». Quant à lier l’opération, et donc Casper, à la France, il n’y a pas de certitude, seulement un faisceau de similitudes qui rapprochent le malware de Babar.

Casper et Babar, tous deux des références à des programmes pour enfants, seraient tous deux issus du même groupe de pirates, nommé « Animal Farm ». Selon ESET, Kaspersky et d’autres, le groupe est soit français, soit issu d’un pays francophone, à cause de certaines références trouvés dans le code. En outre, certains pans de code de Casper sont identiques à ceux retrouvés dans NBOT et Bunny, d’autres malwares qui seraient issus du groupe Animal Farm, de même que certains éléments de l’infrastructure de contrôle.

Nous avons contacté la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) afin de savoir si elle souhaitait réagir. Nicolas Wuest-Famôse, chargé de communication, nous a répondu : « Je comprends parfaitement votre demande, malheureusement, la DGSE, service de renseignement extérieur, ne peut s’exprimer sur ses activités, qu’elles soient réelles ou supposées ». Une réponse prévisible et similaire à celles de la NSA et du GCHQ anglais après des demandes identiques.

Source : Next INpact.

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) n'a "rien à voir" avec le meurtre de deux opposants congolais fin 2000 en France assure mercredi 25 février un ancien haut responsable du service de renseignement français
 (c) Afp

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) n’a « rien à voir » avec le meurtre de deux opposants congolais fin 2000 en France, a assuré mercredi un ancien haut responsable du service de renseignement français au procès des commanditaires présumés.

« La DGSE n’a rien à voir ni de près ni de loin avec l’incident intervenu à Chasse-sur-Rhône », dans l’est de la France, a déclaré à la barre le général Gérard Martinez, ancien directeur adjoint du renseignement à la DGSE, devant la cour d’assises de Grenoble (est).

Deux hommes, jugés depuis lundi, sont accusés d’avoir fomenté l’assassinat de Philémon Naluhwindja, chef Maï Maï d’une tribu de la région du Kivu en République démocratique du Congo (RDC), et d’Aimé-Noël Atembina, conseiller militaire du gouvernement congolais à l’époque de Mobutu Sese Seko (au pouvoir de 1965 à 1997).

Selon l’instruction, les deux Congolais étaient en France pour chercher des financements afin de monter un coup d’Etat contre Laurent-Désiré Kabila, le président de la RDC à l’époque, assassiné 18 jours après eux.

L’un des deux accusés, Benoît Chatel, homme d’affaires belge aujourd’hui disparu, avait au cours de l’enquête révélé ses liens avec la DGSE et affirmé que les victimes étaient suivies et écoutées par le service français.

« Il a gonflé la relation (avec la DGSE), soit pour se faire mousser, soit pour faire un écran de fumée sur d’autres activités », a affirmé le général Martinez.

Selon lui, M. Chatel n’était pas une « source rémunérée » mais un simple « contact » qui fournissait des « informations à caractère politique » sur la RDC.

La DGSE cherchait alors des renseignements sur l’impact du pillage des ressources de la RDC sur la poursuite des combats dans le pays. C’est dans ce cadre qu’elle a travaillé avec M. Chatel, qui disposait d’un carnet d’adresses « intéressant » sur place, selon M. Martinez.

« Il n’a pas apporté d’information ou de renseignement critique » et « le contact n’a duré qu’un an », prenant fin une fois connue l’implication de M. Chatel dans les meurtres de Chasse-sur-Rhône, a-t-il indiqué.

Les deux victimes n’étaient pas suivies, a aussi précisé M. Martinez, même si l’une d’entre elles était connue de la DGSE pour son implication dans un trafic d’uranium.

Enfin, il a affirmé que la DGSE n’était pas informée d’une collaboration de M. Chatel avec les services de renseignement congolais. Mais « tout le monde ici peut s’en douter après coup (…) A l’évolution de la situation, on peut faire des supputations », a-t-il ajouté.

Jugé par défaut, M. Chatel serait mort, selon ses avocats. La dernière trace de lui est une photo d’avril 2012 qui le montre en RDC aux côtés d’hommes d’affaires et d’un ancien ministre.

Source : AFP.

Vous croyiez que seuls la NSA, le FBI, le Mossad ou le MI-6 ont des logiciels espions ? Vous vous trompiez. La France aussi aurait le sien selon plusieurs chercheurs en sécurité informatique. Il s’appelle « Babar », comme l’éléphant de votre enfance. Et il aurait servi à espionner des messageries instantanées. Mais pas d’inquiétudes, c’était de l’espionnage ciblé, pas à grande échelle.

En même temps il semblerait que « Babar » était loin d’avoir le niveau de ses cousins anglophones…

Babar… un simple keylogger

Babar a été découvert en 2009 par les services secrets canadiens et est aujourd’hui reconnu comme virus. Dévoilé au grand jour en 2014 par Le Monde et Edward Snowden, c’est la première fois que des chercheurs en sécurité informatique ont eu accès au code de ce virus. Le résultat est plutôt décevant.

Le but de Babar était simplement l’espionnage des ordinateurs et notamment de ce qui était tapé sur le clavier. Un fonctionnement qui rappelle sans problème les « keylogger », logiciels espions ayant ce but et dont on peut trouver des versions gratuites sur Internet (attention : l’installer à l’insu de l’utilisateur d’un ordinateur, même à la maison, est passible de prison).

Petit plus de Babar : il peut activer la webcam et le microphone. Mais pour Paul Rascagnères, auteur du rapport, interrogé par Le Figaro, le niveau de ce logiciel espion n’était pas bien haut. Le code source serait même copié d’un autre logiciel espion plus vieux, EvilBunny.

La France, commanditaire de Babar ?

Si on n’est pas sûrs que la France soit derrière « Babar » les services secrets canadiens mettent en avant, pour leur thèse, le nom du logiciel : Babar est un personnage de la culture française et on voit mal un autre pays du monde donner à son logiciel espion ce nom (qui n’est d’ailleurs pas très vendeur).

De plus le code présenterait de nombreuses fautes d’anglais ce qui exclurait a priori un pays anglophone comme commanditaire… et quand on connaît le niveau des Français en anglais, on peut avoir des doutes.

Vous voulez d’autres indices ? L’auteur du logiciel est surnommé « Titi » ce qui, pour les services secrets canadiens est un diminutif de « Thierry ». Et le code mentionne des « octets » au lieu des « bytes », l’unité de mesure de mémoire en informatique. Seule la France dans le monde utilise les « octets ».

Bon, il reste possible que ces indices aient été dispatchés là pour brouiller les pistes…

Au final Babar est un logiciel espion avec « peu de moyens »

Paul Rascagnères est sans appel : ce logiciel espion est loin d’être du niveau des logiciels américains comme Fanny, récemment dévoilé par Kaspersky Lab et qui était installé dans les disques durs par la NSA à l’insu des fabricants.

Babar est plutôt un logiciel développé par « une équipe avec peu de moyens » a déclaré le chercheur au Figaro. Et il était même aussi discret qu’un éléphant (d’où son nom, peut-être ?) puisqu’il « ne se cache pas outre mesure ».

Bref… la France a encore des efforts à faire niveau espionnage…

Source : Economie Matin.

Le journaliste Vincent Nouzille publie Les tueurs de la République. Il raconte les opérations spéciales réalisées par les services français pour éliminer des personnes jugées dangereuses pour la sécurité nationale ou conduire des guerres secrètes contre des ennemis présumés. Des opérations qui se sont multipliées sous la présidence de François Hollande.

Vous dites que François Hollande assume le plus les opérations secrètes. Quels types d’opérations a-t-il ordonné?
De manière quasi-systématique, François Hollande a ordonné des représailles et des ripostes suite à des attentats ou à des prises d’otage. Premier exemple : l’embuscade d’Uzbin, à l’été 2008, qui a tué neuf soldats français en Afghanistan. A l’époque déjà, l’état-major de Nicolas Sarkozy avait voulu trouver les responsables et les punir. Mais cela n’avait pas été possible. Finalement les services secrets français et les forces militaires en Afghanistan ont localisé quelques années plus tard le responsable, le mollah Hazrate. Une frappe française l’a tué en septembre 2012.

Peut-on donner des chiffres sur ces opérations spéciales?
Il y en a eu une dizaine depuis 2012. Des opérations visant à cibler des gens qui avaient frappé des intérêts français ou des Français. Par exemple, Denis Allex, agent de la DGSE, avait été retenu en otage pendant trois ans et demi en Somalie. Sur ordre de François Hollande, il y a eu un raid de la DGSE pour tenter de le libérer en Somalie en janvier 2013 mais il a mal tourné. L’otage et deux membres du Service action de la DGSE sont décédés. François Hollande a alors donné l’ordre d’exécuter le responsable de cette prise d’otages, Godane, chef des shebabs. Cette exécution a finalement été menée par les Américains. Cela montre l’implication et la coopération des deux pays. Quand on n’a pas les outils pour frapper, on demande à nos amis d’outre-Atlantique d’utiliser leurs drones armés.

Vous dites que François Hollande a toujours sur lui une liste de terroristes? Que contient-elle?
C’est une liste qui est le fruit du travail de la DGSE et du renseignement militaire, qui travaillent de concert et qui établissent des listes de chefs terroristes à « décapiter ». Elle a été utilisée en particulier durant l’opération Serval au Mali. Il ne s’agissait pas de capturer les terroristes, de les blesser, d’en faire des prisonniers ou de les traduire en justice, il fallait les éliminer. On sait qu’il y a eu une quinzaine de HVT (« High value target », cible de haute valeur) qui ont ainsi été tuées par les Français au Sahel depuis le déclenchement de l’opération Serval. Sur cette liste, on doit certainement pouvoir ajouter les cibles en Afghanistan, en Somalie et Al Qaida pour la Péninsule Arabique (AQPA). Un des chefs d’AQPA, qui a revendiqué l’attaque de Charlie Hebdo. a par exemple été frappé par un drone américain après l’attentat du 7 janvier. Il s’agit bien d’une guerre dans la guerre. Une guerre parfois faite en coopération avec les Américains.

La France opère de manière secrète alors que d’autres services n’hésitent pas à les assumer. Pourquoi la France ne les revendique pas publiquement?
Historiquement, la France n’a jamais revendiqué ce type d’opérations contrairement à certains services comme le Mossad israélien qui sont réputés pour se venger de manière systématique. Mais en réalité, la loi du Talion est une règle quasi-intangible des services secrets. Les Français qui étaient très réticents à ce type d’opérations ou ne le faisaient pas savoir, s’y sont davantage mis. Sous François Hollande, c’est devenu un principe : on pourchasse, on traque et on neutralise. Une partie de ces actions se font de manière plus discrète, plus clandestine parce qu’elles se déroulent sur des théâtres d’opération où la France n’est pas officiellement engagée (dans le sud de la Libye, par exemple).

Y-a-t-il des dommages collatéraux lors de ce genre d’opérations?
Les officiels français que j’ai pu interroger affirment qu’il n’y en a pas. Selon eux, contrairement aux Américains, on évite les dommages collatéraux, notamment parce qu’on intervient de visu, avec des avions de chasse ou des commandos à terre. Dans la réalité, c’est plus compliqué que ça. Durant le raid en Somalie pour libérer l’agent de la DGSE, Denis Allex, il y a eu des dommages collatéraux importants. Les consignes étaient d’éliminer tous les gens sur le chemin du commando pour des questions de sécurité. Il y a eu des civils qui ont été tués.

Quels sont les autres Présidents qui ont utilisé ces méthodes?
Selon les tempéraments des Présidents, c’était plus ou moins assumé. Sous le général De Gaulle, c’était la guerre d’Algérie, les opérations Homo (pour « homicide ») étaient décidées en plus haut lieu. Giscard avait une mentalité de tueur au sang-froid. Il avait donc décidé un certain nombre d’opérations de ce type. Sous François Mitterrand, soi-disant, elles étaient proscrites. En réalité, elles étaient tolérées et l’ancien Président laissait faire. D’anciens responsables des services secrets racontent que François Mitterrand ne répondait pas clairement et n’assumait pas explicitement ce type d’opérations. Il disait par exemple « Si vous le jugez utile ». C’était une manière de se défausser. Sous Jacques Chirac, cela a été la période la plus calme. Le président était extrêmement réticent. Il craignait toujours l’échec, le boomerang politique. Il n’avait pas une grande confiance dans l’efficacité des services secrets. Même après les attentats du 11 septembre 2001, Jacques Chirac a refusé de s’engager sur ce terrain là.

Et sous Nicolas Sarkozy?
Il y a eu deux temps. Dans la première période, il méconnaissait un peu ces outils et ces méthodes et il était plutôt partisan d’une négociation notamment pour les prises d’otage. Finalement, à partir de 2010, il s’est progressivement transformé en chef de guerre. Il avait visiblement davantage confiance dans les forces spéciales, qui dépendent plus de l’armée, que de la DGSE. En 2010, il a été secondé à l’Elysée par un « faucon », le général Puga, qui était son chef d’Etat-major particulier, et partisan de la manière forte. Il a « converti » Nicolas Sarkozy à cette méthode. L’exemple le plus frappant est celui du raid des forces spéciales suite à la prise d’otages de deux jeunes Français au Niger en 2011. Le raid a échoué, les deux otages ont été tués. Mais cela a convaincu Nicolas Sarkozy que la manière forte est la bonne et qu’il fallait envoyer des messages aux ennemis de la France. François Hollande a durci encore plus cette politique. Le chef d’Etat major particulier de Nicolas Sarkozy est d’ailleurs resté en place sous la présidence de François Hollande. Il doit prendre sa retraite en 2015.

Source : leJDD.fr.

 

 

Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec son homologue britannique Michael Fallon. Au programme des discussions : les accords de paix en Ukraine, le renforcement du partenariat franco-britannique en matière de défense et la lutte contre le terrorisme. Interrogé par France 2 Londres sur la stratégie à adopter contre Daech, le ministre a réaffirmé le refus de la France de reprendre le dialogue avec le président syrien Bachar Al-Assad. Depuis le début de la révolution en mars 2011, les services secrets français ont arrêté toute coopération avec les renseignements syriens.

Jusqu’en mars 2012, les services secrets s’appuyaient sur les renseignements fournis par la Syrie pour combattre les djihadistes français revenant sur le territoire. L’arrêt des relations diplomatiques entre la France et le régime de Bachar Al-Assad rend aujourd’hui impossible le recueil d’informations sur le parcours des djihadistes français sur le territoire syrien. Une situation moralement compréhensible mais qui agacerait la DGSE, selon un article de nos confrères de Marianne. Plusieurs experts de la lutte anti-terrorisme estimaient que l’apport des renseignements venus des services de Bachar Al Assad était indispensable pour pister et surveiller les djihadistes et donc, à terme, de protéger la France.

Aujourd’hui le ministre de la défense, autorité de tutelle des services secrets français de la DGSE, a été très clair sur ce choix cornélien : « Bachar Al-Assad massacre son peuple depuis plusieurs années, il ne fait pas partie de la solution pour la Syrie.  Nous n’avons pas à choisir entre un dictateur sanguinaire et une armée terroriste impitoyable. Les deux sont à combattre ».

Source : Francetv info.

Les Mémoires posthumes de Roger Auque: d'autres vies sous la mienne
Journaliste, ambassadeur et espion… Avant de mourir d’un cancer à 58 ans, l’ex-otage au Liban s’est confié dans ses Mémoires posthumes.
[EXTRAITS]

Je n’avais pas, je n’ai jamais eu un train de vie compatible avec des revenus de journaliste, fût-il parisien. C’est pourquoi j’ai choisi une deuxième vie, celle de « mercenaire » pour les services secrets. Les correspondants de guerre, les envoyés spéciaux ont toujours été une cible de choix pour les services. Mon initiation a débuté au cours de l’été 1989, à bord d’un superbe yacht rempli de très jolies filles, au large de Saint-Tropez. Les yachts, c’est toujours plein de jolies filles. J’étais invité à bord par un riche homme d’affaires français.

Un type assez sympa s’approche. Il est cordial, mais va droit au but : « Je m’appelle Amos, je suis israélien. Nous avons un pilote, Ron Arad, détenu depuis 1986. Nous pensons que vos libérateurs du Liban peuvent nous aider. » Se produit alors une sorte de négociation, le contact avec Safa [NDLR : son libérateur du Liban] en échange d’une interview du cheikh Obeid, l’un des responsables du Hezbollah au Sud-Liban, récemment capturé par Tsahal. […]

Dès cette époque, j’ai noué des rapports très étroits avec Israël. Je m’y rends très souvent, car j’y ai un double intérêt. Israël possède des services secrets très efficaces. C’est en outre un appui important dans mon métier. Je l’avoue aujourd’hui, ce n’était pas la seule raison. J’entretiens alors des contacts étroits avec le Mossad, qui a vite compris l’intérêt que pouvait présenter un journaliste français connaissant le Moyen-Orient sur le bout des doigts. Je vous dévoile aujourd’hui ce qui constitue ma part d’ombre.

Je n’ai pas été qu’un journaliste, j’ai été rémunéré par les services secrets israéliens pour effectuer certaines missions, par exemple des opérations secrètes en Syrie, sous couvert de reportage. […] J’ai également travaillé pour les Français. De la même manière, j’ai exigé d’être rémunéré, car je ne voulais pas être considéré comme un agent secret. Les Français payaient moins bien que les Israéliens.

Guerre secrète.

Alain-Juillet-Haut-Responsable-Intelligence-Economique

 Ex-patron de l’intelligence économique (IE) et ancien directeur de le DGSE, ALAIN JUILLET, s’est confié en exclusivité à lpld.fr. Ce spécialiste du renseignement, expert dans la gestion de crise impliquant les entreprises, notamment dans les secteurs sensibles de notre économie, nous livre ici son analyse dans le contexte des attentats qui ont frappé notre pays, il y a déjà un mois. Qu’elles sont les priorités à définir pour notre pays, que doit on changer dans notre façon d’appréhender le terrorisme, qu’elle politique adopter….(???) Autant de question auxquelles, cet homme discret et donc rare dans les médias, à accepter de répondre, sans langue de bois.

Propos recueillis par Cédrik Viala

LPLD.fr – Penser-vous qu’il y a eu, suite aux attentats il y a un mois, dysfonctionnement de la part des services de renseignement français ?

Alain Juillet : Il n’y a pas eu dysfonctionnement des services opérationnels, mais une faille dans l’organisation qui remonte à la fusion d’une partie des RG avec la DST dans la DCRI. A l’évidence on a perdu à ce moment là une partie de nos capacités d’information et d’analyse dans le domaine de l’antiterrorisme et sans doute également dans d’autres domaines.
LPLD.fr – La disparition en 2008 des Renseignements Généraux (RG) englobés par la DCRI, est donc l’une des failles de notre système de renseignement aujourd’hui ?

A.J : Comme je viens de vous le dire c’est une évidence. A l’époque le politique ne voyait les RG que comme une police politique en occultant le travail qu’elle réalisait sur les minorités et les communautarismes. On a trop souvent parlé des inspecteurs scrutant et écoutant les meetings politiques et pas assez des inspecteurs qui filaient les gens de l’ETA. Aujourd’hui il va falloir reconstruire un système qui couvre efficacement l’ensemble des menaces intérieures.

« Aujourd’hui, il va falloir reconstruire un système qui couvre efficacement l’ensemble des menaces intérieures »

LPLD.fr : S’il y a manquement de la part des autorités dans la gestion de la sécurité intérieure quel est-il précisément ?

A.J : On ne peut tout ramener à un problème d’écoutes, de justice ou de nombre de gens sur le terrain. Le problème est d’optimiser les moyens dont nous disposons, puis de voir s’ils suffisent pour ramener le risque à un niveau acceptable. Ensuite c’est au politique de faire des choix en augmentant les moyens techniques ou humains ou en prenant des risques calculés.
LPLD.fr : Sommes-nous aujourd’hui en guerre, comme le pensent 53% des français d’après un sondage IPSOS récent pour le quotidien du Monde, et dont 84 % affirment que cette guerre ouverte est principalement dirigée contre le terrorisme djihadiste ?

A.J : Oui, nous sommes en guerre contre des gens qui veulent imposer un extrémisme religieux qui est à l’opposé de ce que notre pays peut accepter dans le cadre de la laïcité et de nos valeurs républicaines. Qu’ils veuillent l’imposer dans une autre région du monde est déjà un problème pour tous, mais qu’ils se servent de nos libertés pour nous prendre en otage est insupportable. C’est pourquoi il faut se battre contre le terrorisme djihadiste bien sûr, mais ce n’est pas le seul problème auquel nous sommes confrontés. Tout mettre sur la lutte antiterroriste serait une erreur majeure..
LPLD.fr : Les terroristes s’en sont pris à des français d’origines juives (Hyper Casher), les tensions communautaires dues au conflit israélo-palestinien sont de plus en plus perceptibles dans notre pays, notamment depuis l’été dernier à la suite du conflit israélo-palestinien à Gaza. Pourquoi, de tous les pays d’Europe, ce conflit s’exporte-t-il principalement en France, le devoir de mémoire, l’éducation, l’intégration…, ghettoïsation,… notre modèle social est-il à bout de souffle, selon vous ?

A.J : Le conflit s’exporte partout en Europe à des degrés divers mais la France a le privilège d’être le pays européen où il y a le plus de musulmans et nous avons une tradition de relations étroites avec le Maghreb et le proche orient. Nous sommes aussi un pays où la population juive est très importante depuis des siècles et trop souvent assimilée ces derniers temps aux israéliens par les pro-palestiniens. Le problème de la démocratie à la Française c’est qu’elle admet de moins en moins les contraintes depuis 1968. Comme il est interdit d’interdire, nos ennemis savent profiter de ces failles crées sans en avoir conscience par nos concitoyens pour tenter d’imposer par la force leur vision. La montée du communautarisme qui est à l’opposé des valeurs de la république est révélatrice de la situation que nous avons laissée se dégrader par notre refus d’affronter le problème.
LPLD.fr  :  Quelles sont les mesures urgentes que doit prendre le gouvernement à la mesure de ces évènements ?

A.J : Les annonces du premier ministre et du Ministre de l’Intérieur vont dans le bon sens. Mais, au delà des augmentations de moyens divers, le succès repose sur deux points : un état d’esprit qui cesse de trouver à l’autre des excuses que l’on ne s’accorde pas à soi même, une mobilisation coordonnée de l’ensemble des administrations car la sécurité intérieure est un combat dans lequel tout le monde est concerné.
LPLD.fr : La réforme de la justice du gouvernement va-t-elle dans le bon sens dans le contexte actuel ?

A.J :Bien entendu. Il n’est pas acceptable que de jeunes délinquants puissent de transformer en apprentis terroristes en prison. Il faut que la justice et nos autorités admettent que la lutte contre le terrorisme n’est pas une affaire de bisounours. Face à des gens qui sont prêts à tuer en sachant que la loi française les protègent il faut que nos lois se durcissent face à ce type de problème et son environnement sans tomber pour autant dans les dérives américaines.

« Le système carcéral français est inadapté face au prosélytisme religieux en prison »

LPLD.fr : La gestion de nos prisons par l’administration pénitentiaire depuis des décennies, n’a-t-elle pas aussi en quelque sorte, favorisé la préparation de ces attentats sur notre sol ? (Récupération et radicalisation de jeunes détenus en ruptures par des pseudo imams…non suivis à leur sortie des éléments à risques potentiels…).

A.J : Le système carcéral français est inadapté face au prosélytisme religieux en prison. Il faut donc séparer les fanatiques irrécupérables des autres qui sont fragiles et se laissent facilement embarquer dans une aventure folle mais qui leur donne l’impression d’exister. Néanmoins on ne peut pas gagner en ne faisant que de la répression. Il faut casser les communautarismes et pour cela s’occuper sérieusement des banlieues des grandes villes, de leurs conditions de vie et d’emploi.
LPLD.fr : Cela faisait 20 ans (attentat Saint Michel en 1995) que notre pays n’avait pas subit d’attentats, selon vous pourquoi la France est-elle prise pour cible en 2015 ?

A.J : Parce que nous avons été en pointe en Libye, au Mali et maintenant en Syrie. Après avoir refusé de participer à la Guerre d’Irak en étant salué pour cela par l’ensemble du monde arabe nous avons, depuis quelque temps, pris des positions très guerrières qui ne sont pas du goût de tous dans ce monde complexe que sont le proche et moyen orient. Il n’est donc pas étonnant que certains veulent nous le faire payer à leur manière.
LPLD.fr : Qu’est-ce qui a profondément changé dans la diplomatie française, depuis le discours de Dominique de Villepin aux Nations Unies en février 2003 ?

A.J : Je crois que c’est la dernière fois où notre pays ne s’est pas aligné sur la majorité en la précédant ou en la suivant. A part peut être dans l’intervention au Mali où nous avons respecté nos accords de défense. La France a toujours eu des diplomates de grande qualité spécialistes de chacune des régions du monde. Certaines réactions récentes montrent que cette expertise est en train de disparaitre dans des zones traditionnellement pro-françaises au désespoir de leurs habitants qui continuent à nous apprécier, sans nous comprendre.
LPLD.fr : Cela fait plus deux ans, (davantage avec l’affaire Mérah) que le gouvernement est confronté au problème des français radicalisés qui quittent la France pour s’engager dans le conflit syrien, et rejoignent des mouvements djihadistes. Ils seraient entre mille et deux milles, dont plusieurs centaines auraient rejoint le groupe islamique Daesh. Pourquoi le Gouvernement Hollande n’arrive-t-il pas à endiguer ce qui est aujourd’hui un problème majeur pour la sécurité intérieure de notre pays ?

A.J : Dans un pays libre vous ne pouvez empêcher les gens de bouger sans attenter aux libertés fondamentales. Le départ des jeunes vers Daesh s’explique par l’espérance d’autre chose. Quand vous êtes moins que rien dans une cité pourrie, sans emploi et sans avenir vous ne rêvez plus et vivotez en faisant toutes sortes de trafic. On vous propose de vivre la grande aventure qui donnera un sens à votre vie, qui va vous donner une existence et dans laquelle la mort vous sublime aux yeux des autres. Dans la majorité des cas c’est tentant pour quelqu’un qui n’a pas reçu de formation sérieuse à l’école et dont la famille a abdiqué sa responsabilité. Vous savez la seule différence avec les jeunes qui allaient se battre en Espagne dans les brigades internationales, c’était une idéologie qui n’était pas religieuse mais politique. La plupart venaient de familles communistes, comme aujourd’hui ils viennent de familles musulmanes.

« …Aucun pays occidental n’a envie de mener le combat terrestre contre Daesh. Pour ma part je ne vois que les iraniens pour pouvoir le faire avec des chances de succès… »

LPLD.fr : Comment stopper net ce fléau, est empêcher le retour en France des plus radicaux, y-a-t-il des solutions d’urgence a mettre en place, lesquelles ?

A.J : Une fois l’aventure vécue un certain nombre comprennent que ce n’est pas le paradis espéré. D’autres reviennent avec l’envie de régler les comptes. C’est le travail de la police mais aussi des sociologues de les ramener à la raison et de leur faire retrouver le bon sens et les valeurs de la république. Les Belges ont de l’avance sur nous car je ne suis pas sûr que la seule solution soit dans l’incarcération.
LPLD.fr : Faut-il amplifier l’engagement militaire de la France à l’étranger (Irak, Mali…) et que la France intervienne dans le cadre d’une coalition en Syrie? Des guerres préventives sont-elles souhaitables avec tous les risques que cela comporte ?

A.J :La capacité d’engagement militaire suppose des moyens suffisants. Visiblement nous sommes en limite de notre potentiel. De toutes manières aucun pays occidental n’a envie de mener le combat terrestre contre Daesh. Pour ma part je ne vois que les iraniens pour pouvoir le faire avec des chances de succès car ils auront une motivation et des convictions, mais il faudra leur donner des contreparties car ce sera très dur à tous points de vue.
LPLD.fr : L’intelligence économique dont vous avez été le Haut Responsable en France de 2003 à 2009, a-t-elle un rôle à jouer, notamment dans une stratégie à mener au coeur de la cyber criminalité à travers les entreprises leader du secteur (Google, Facebook Tweeter…) ?

A.J : Nous sommes ici dans une guerre idéologique et religieuse. L’économique n’est qu’un petit aspect du problème bien que Daesh soit devenu très riche grâce au pétrole. Par contre dans le domaine cyber, il est évident qu’il faut lutter avec les moyens de nos services et des grandes entreprises concernées contre les attaques menées par des hackers et des techniciens au service du Djihadisme et de l’islamisme radical.
LPLD.fr : La lutte contre le terrorisme 2.0 du XXI siècle ne passe-t-elle pas, en priorité, par l’engagement planétaire d’une « Cyber guerre » contre les Web-djihadistes sur les réseaux sociaux qui embrigadent notre jeunesse? Les hébergeurs, opérateurs internet,..ne doivent-ils pas faire partie intégrante, du dispositif de lutte anti terroriste sur le Web ?

A.J : Je ne crois pas à la volonté et à la capacité d’un engagement planétaire. Chacun a des intérêts divergents et qui s’érodent dans la durée. Par ailleurs la coordination globale est impossible.Il faut faire confiance aux services de renseignements des Etats pour mener une lutte méthodique et efficace.
LPLD.fr : Quelles conséquences selon vous sur les 25.000 Cyber attaques Djihadistes qui ont ont lieu dans la foulée des attentats contre diverses entreprises et institutions françaises ?

A.J : Tous les jours des concurrents, des organisations criminelles et des services de renseignement, comme l’a montré Snowden, attaquent les sites et les réseaux des entreprises avec des techniques et des moyens nettement plus performants que ceux des djihadistes. Il faut faire le nécessaire, les arrêter mais ne pas les transformer en plus fort qu’ils ne le sont réellement.

« Une démocratie n’existe que par l’affirmation de ses valeurs dans leur pluralité…N’oublions surtout pas que la liberté des uns s’arrêtent là où commence celle des autres… »

LPLD.fr : Parlons de cette fameuse liberté d’expression symbolisée à travers le slogan « Je suis Charlie », le terrorisme n’a-t-il pas finalement remporté une première victoire, car pour lutter contre l’extrémisme religieux : la sécurité accrue va reléguer au second plan nos libertés individuelles, et remettre en cause la sacro-sainte liberté d’expression non ?

A.J : Une démocratie n’existe que par l’affirmation de ses valeurs dans leur pluralité. Il est certain que la puissance de la pensée unique avait peu à peu transformé notre démocratie en lui faisant perdre son esprit d’ouverture tous azimuts. Il y avait des choses que l’on pouvait dire et d’autres non. La majorité silencieuse a défilé pour défendre la liberté de penser le 11 janvier dernier. Mais ne nous méprenons pas, la liberté à un prix et elle doit être pratiquée par tout le monde. N’oublions surtout pas que la liberté des uns s’arrêtent là où commence celle des autres, ce qui pose le problème du niveau de sécurité et de la responsabilité de celui qui l’exige ou le refuse.
LPLD.fr :Le projet de loi Macron actuellement discuté à l’Assemblée nationale contient justement un amendement, glissé en catimini dans le texte, qui menace d’entraver le travail d’enquête des journalistes et, par conséquent, l’information éclairée du citoyen. Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur instaure comme nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme un « secret des affaires » dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en France. Alors y a-t-il un loup dans la loi Macron selon vous ?

A.J : Je considère que la réaction des journalistes est choquante ou pour le moins inconsciente. D’une part la loi est rédigée de telle manière que les journalistes et les lanceurs d’alerte n’auront aucun problème et d’autre part vous sacrifiez l’intérêt général à votre intérêt particulier. Tout le monde sait que les services étrangers et les concurrents pillent les sociétés françaises car il n’existe dans notre pays aucune loi protégeant les entreprises contre les prédateurs. C’est la grande différence avec les Etats Unis, l’Angleterre , la Russie ou la Chine dans lesquels les sociétés sont ultra protégées. En bloquant la loi, vous permettez, vous les journalistes, de continuer le pillage, ce qui affaiblit les entreprises et les amènera à terme, à des réductions d’emploi, quand les concurrents mettront sur le marché des produits et des techniques volées chez eux. Dans cette affaire il est intéressant de voir qui sont les journaux d’opinions qui se sont fait les alliés objectifs des intérêts américains et des lobbies comme Transparency international.
LPLD.fr : Pour finir, y-a-t-il désormais pour le monde libre un avant et un après 7 janvier 2015 ?

A.J : Bien sûr que non! Le monde n’a pas plus changé après le 11 septembre 2001 qu’après le 7 janvier 2015, sauf pour ceux qui en ont été les victimes. Ces horribles attentats ont ouvert les yeux de beaucoup de nos concitoyens qui ont compris que nous n’étions pas dans une bulle, mais bien dans un monde qui ne se fait aucun cadeaux, et dans lequel nous avons des relations, mais pas d’amis. Nous sommes une nation forte qui surmonte les difficultés à partir du moment où elle les identifient et les nomment. Nous vivions dans une sorte de déni de la réalité objective qu’il va falloir changer. C’est en cela que réside le véritable enjeu de ce qui se passe dans notre société aujourd’hui.

LPLD.fr.

Cinq mois après le décès de Roger Auque, emporté par une tumeur au cerveau, Fayard a publié, mercredi, un ouvrage écrit peu avant sa mort par le journaliste et diplomate, dans lequel il revient sur les secrets politiques et diplomatiques qui ont marqué sa vie quelque peu tumultueuse, rapporte le Figaro.Dans Au service secret de la République, Roger Auque revient notamment sur la période de sa vie pendant laquelle il était otage au Liban.Enlevé à Beyrouth le 13 janvier 1987, le journaliste restera otage pendant onze mois. Dans son « livre testament », il revient notamment sur les conditions de sa libération, indique le quotidien français. « Je le confirme, de l’argent, beaucoup d’argent a été remis en échange de notre libération », écrit Roger Auque, qui précise que ce n’est pas Paris qui a payé, mais Mouammar Khaddafi. Selon le journaliste, cet argent aurait permis le remboursement d’une dette à l’Iran par le biais d’une commission.

Roger Auque évoque aussi le volet psychologique de ces mois de captivité et se demande s’il est réellement sorti un jour de sa détention libanaise. « Ma prison est devenue intérieure », écrit-il, tout en reconnaissant ayant manqué de prudence avant son enlèvement.

Mario Maréchal-Le Pen

Dans son livre, Roger Auque aborde aussi sa relation avec Marion Maréchal-Le Pen, petite fille de Jean-Marie Le Pen. En 2013, L’Express avait révélé que Roger Auque était le père biologique de Marion Maréchal-Le Pen. « Je suis bien le père biologique de Marion Maréchal-Le Pen », écrit-il dans Au service secret de la République. Il relate une « histoire d’amour » avec Yann Le Pen, fille du fondateur du Front national et soeur de Marine Le Pen, l’actuelle présidente du parti d’extrême droite. Ce n’est que dix mois après de la fin de cette histoire, que le journaliste apprend l’existence de sa fille. Pendant de longues années, il sera tenu à l’écart de Marion par le clan Le Pen. Il reprendra néanmoins contact en 2012, durant l’entre-deux tours de la présidentielle historique pour le FN.

Roger Auque raconte également comment avec l’aide de Nicolas Sarkozy, alors président, il sera nommé ambassadeur en Érythrée.

Roger Auque reconnaît aussi avoir été « mercenaire des services secrets » (DGSE française, CIA), principalement pour des raisons financières et indique avoir notamment collaboré avec le Mossad : « J’ai été rémunéré par les services secrets israéliens pour effectuer certaines missions, par exemple des opérations secrètes en Syrie, sous couvert de reportage », assure-t-il.

L’Orient-Le Jour.

Le siège de la DGSE, boulevard Mortier à Paris.
Le siège de la DGSE, boulevard Mortier à Paris. © DGSE

 

Ce n’est pas dans la Revue défense nationale (RDN), vénérable institution ouvrant pourtant largement ses colonnes depuis des décennies aux questions militaires et stratégiques, que l’on chercherait spontanément un article écrit par une personne du sérail sur le débat qui agite vivement le service Action de la DGSE et le Commandement des opérations spéciales (COS). Et pourtant, c’est bien elle qui revient sur la question, dans son numéro de janvier. Avertis de cette affaire dès le mois de juin dernier, nos lecteurs savent que des voix se font entendre au COS – qui opère en uniforme en engageant la France – pour récupérer des effectifs en absorbant une grosse partie du service Action de la DGSE. Lequel agit dans la clandestinité, en civil, mais parfois avec des moyens et des méthodes similaires à ceux des forces spéciales.

Point de vue de la DGSE

La DGSE a systématiquement refusé de s’exprimer sur ce débat pourtant vif, et a donc choisi une voie détournée pour s’engager dans la polémique. Dans un article du numéro 776 de la RDN surtitré « Contrepoint » et titré « Forces spéciales, forces clandestines : dissemblances, synergies, interopérabilité », un certain Jean-Luc, identité fleurant bon le pseudonyme, donne, sans l’écrire explicitement, le point de vue de la DGSE. L’auteur est présenté comme étant actuellement stagiaire à l’École de guerre et connaissant bien « les forces clandestines pour y avoir exercé des responsabilités de commandement sur le terrain et de conception, et de conduite des opérations ». Il s’agit, on l’aura compris, d’un jeune cadre d’avenir du service Action, qui poursuivra sa carrière à la DGSE et a écrit ce texte avec l’aval de la direction du service.

SA = bombe atomique

Notre Jean-Luc s’exprime donc nettement. Il rappelle la doctrine : quand « la conjoncture politique n’autorise aucune action militaire, la raison d’État légitime l’emploi des forces clandestines. » Deuxième rappel : « Ces forces agissent dans l’intervalle de notre stratégie de défense et de sécurité nationale non couvert par les forces armées et de sécurité. » Elles ne servent que sur ordre du président de la République en constituant « une capacité d’action coercitive, fondamentalement régalienne, qui sert le coeur des intérêts les plus élevés de la nation ». Entre elles et la bombe atomique, il n’y a guère de différence dès lors que, « à l’instar de la dissuasion nucléaire, elles concourent à l’indépendance et à la souveraineté nationales ». L’argument paraîtra un peu excessif, dès lors que dans les faits l’arme nucléaire est destinée par essence à signer l’engagement français… D’ailleurs, « le succès d’une opération clandestine repose sur des capacités spécifiques qui permettent à l’État commanditaire de nier son implication ».

Interstices périphériques

L’auteur réfute tout projet de mutualisation de capacités entre le COS et le SA, « qui ne manquerait pas d’affecter l’efficacité de ces deux entités ». Il accuse aussi à demi-mot le COS de donner trop de publicité à ses actions, alors que « la clandestinité suppose la préservation du secret opérationnel. Ce dernier dépend d’un cloisonnement rigoureux qui ne souffre aucune mixité ». Jean-Luc considère néanmoins les deux forces comme complémentaires, tout en cantonnant cette coopération à des « interstices périphériques », comme le soutien du COS à des opérations du SA (comme cela s’est passé en 2013 pour la libération ratée de Denis Allex en Somalie), ou inversement. En 2001, rappelle-t-il, c’est le SA qui a accueilli le COS en Afghanistan, non sans avoir procédé plus récemment à « l’ouverture de portes au profit des forces spéciales ». L’auteur estime enfin qu' »aujourd’hui la majorité des opérations que conduit le COS en région sahélo-sahélienne repose essentiellement sur des renseignements de la DGSE ». Donc, on l’a compris, on ne change rien !

Le Point.