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Le patron de la CIA, John Brennan, lors d'un discours, le 11 décembre 2014 en Virginie.
Le patron de la CIA, John Brennan, lors d’un discours, le 11 décembre 2014 en Virginie.

Le directeur de la CIA John Brennan a annoncé vendredi une ré-organisation en profondeur de l’agence du renseignement américaine, destinée à la décloisonner et renforcer son utilisation des cyber-technologies.

Parmi les mesures annoncées vendredi au personnel de la CIA, et distillées dans la presse américaine, figure la création de grands centres de mission sur le modèle du centre anti-terrorisme qui existe déjà dans l’agence depuis plusieurs années.

Ces centres rassembleront des analystes et les personnels chargés d’opérations clandestines, grignotant un peu plus une division restée très stricte pendant longtemps entre les deux principales directions historiques de l’agence, la direction du renseignement et la direction des opérations.

Les centres de mission, dirigés par un sous-directeur, pourraient correspondre à une zone géographique (Moyen-Orient, Afrique…), ou à des thématiques comme la lutte contre la dissémination d’armements. Leur nombre et rôle exact n’ont pas été rendu publics.

M. Brennan conserve toutefois les directions historiques du renseignement et des opérations, à laquelle il en ajoute une autre, la direction de l’innovation numérique, chargée « d’accélérer l’intégration de nos capacités numériques ».
La CIA doit faire face à deux « changements fondamentaux » dans son environnement, a indiqué M. Brennan dans le message au personnel rendu public.

« Le premier est l’augmentation de la portée, de la complexité, de la diversité, et de l’immédiateté des problèmes » auxquels est confronté le pouvoir politique. Et le second est « le rythme et l’impact sans précédents du changement technologique », a-t-il dit.

M. Brennan avait déjà dit être frappé par la manière dont les avancées technologiques permettaient à l’agence d’extraire et d’analyser des données « quasiment en temps réel ».

Directeur de la CIA depuis mars 2013 et ancien de la maison lui-même, M. Brennan a manifesté plusieurs fois une certaine frustration sur les lourdeurs du pilotage de l’agence. La presse a évoqué par exemple les difficultés de la CIA à renforcer le renseignement en Syrie, où des avions américains bombardent les jihadistes, eux-mêmes en guerre contre le régime de Bachar al-Assad.

La CIA a été également critiquée par des élus lui reprochant d’avoir sous-évalué l’importance des soulèvements au Moyen-Orient dits du « Printemps arabe », ou de n’avoir pas anticipé l’offensive l’été dernier des jihadistes du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Source : AFP.

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Julius Malema, l’ancien leader de la jeunesse du parti au pouvoir l’ANC, est dans de beaux draps. Une enquête a été ouverte à son encontre ce jeudi selon le ministre de la Sécurité intérieure. Il est accusé d’être un agent de la CIA, l’agence de renseignement américaine.

Le leader du parti radical les combattants pour la liberté économique sud-africain, Julius Malema est en proie avec la justice. En effet, le gouvernement a annoncé ce jeudi avoir ouvert une enquête sur quatre personnes accusés d’être des agents de la CIA, selon RFI. Parmi les accusés, figure le leader de l’opposition Julius Malema. L’opposition sud-africaine crie à la manipulation politique des services de renseignement.

Manipulation politique

Tout a débuté sur les réseaux sociaux, lorsque quatre acteurs de la vie politique sud-africaine ont épinglé Julius Malema comme étant des agents de la CIA. En réponse à ces accusations, l’opposition juge les enquêtes ouvertes du gouvernement « grotesques et politiquement motivées ». Selon elle, il s’agit purement d’une manipulation politique. Pour elle, les services de renseignements sont utilisés à des fins purement politiques afin de faire oublier ses dysfonctionnements.

Les services de renseignements sont par ailleurs dans la tourmente ces derniers jours avec l’affaire du Spycables. Le gouvernement sud-africain se trouve en mauvaise posture le 23 févier dernier avec la révélation par la chaîne qatarienne Al-Jazeera des Spycables. Ces documents provenant ou adressés aux services de renseignements sud-africains, contiennent les échanges entre Pretoria et plusieurs agences de renseignements depuis 2006. Désormais rendus publics, ces documents, selon le ministre chargé des Renseignements, « portent atteinte à la sûreté de l’État et à ses relations diplomatiques. »

Source : Afrik.com.

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David Petraeus, en juin 2011 à Washington.

L’ancien patron de la CIA David Petraeus va plaider coupable de « négligence » dans la fuite de documents confidentiels transmis à sa biographe et maîtresse, Paula Broadwell, a annoncé mardi 3 mars le ministère de la justice américain.

D’après les documents judiciaires enregistrés devant une juridiction fédérale de Charlotte, en Caroline du Nord, David Petraeus a accepté de plaider coupable d’un seul chef d’accusation : « retrait et recel de documents classés ». Les parties sont tombées d’accord pour recommander une peine de deux ans de prison avec sursis et de 40 000 dollars d’amende, selon l’accord de plaider-coupable. En concluant cet accord avec les procureurs, l’ex-chef de la CIA s’épargne aussi un procès embarrassant où les détails de sa liaison auraient été rendus publics.

Initialement, et s’il n’avait pas plaidé coupable, le général Petraeus aurait risqué six ans de prison, dont cinq avec sursis pour le chef d’accusation principal, avec la possibilité, selon les critères de recommandation du gouvernement, d’être condamné à deux années supplémentaires pour obstruction à la justice et abus de responsabilité. Il ne connaîtra pas sa peine avant une semaine ou plus.

Le FBI avait recommandé d’engager des poursuites contre l’ancien directeur de la CIA après que des documents classifiés eurent été retrouvés sur l’ordinateur de la biographe du général quatre étoiles à la retraite. Ce dernier avait démissionné de la CIA en novembre 2012 après avoir reconnu entretenir une relation extra-conjugale depuis 2011 avec Mme Broadwell. Il avait d’abord assuré que les documents découverts sur l’ordinateur de Paula Broadwell ne mettaient pas en danger la sécurité nationale.

Mais en plaidant coupable, ce qu’il fera formellement ultérieurement devant le tribunal de Caroline du Nord, le général Petraeus reconnaît l’intégralité du compte-rendu des faits. Il admet notamment avoir « apporté » huit recueils de documents « hautement classifiés » dans une maison de Washington où il a passé un long week-end le 28 août 2011 avec sa biographe. Il avait ensuite laissé ces huit recueils, regroupés sous le nom de « black books » (livres noirs) dans cette maison « pour [en] permettre l’accès » à Mme Broadwell, qui préparait alors sa biographie, publiée en 2012. Le général avait ensuite récupéré ces documents confidentiels le 1er septembre 2011 et les avait ramenés à son domicile en Virginie, selon ce compte-rendu des faits.

 Source : Le Monde.

Jürgen Elsässer

Silvia Cattori : Votre enquête sur les agissements des services secrets fait un constat effrayant. C’est ainsi que l’on découvre que depuis les années 80, les États-Unis ont investi des milliards de dollars pour financer des activités criminelles et que par le biais de la CIA, ils sont directement impliqués dans des attentats que l’on attribue à des musulmans. Quel est l’apport de votre livre ?

Jurgen Elsässer : C’est le seul ouvrage qui établit le lien entre les guerres dans les Balkans des années 90 et les attentats du 11 septembre 2001. Tous les grands attentats, à New York, à Londres, à Madrid, n’auraient jamais eu lieu sans le recrutement par les services secrets américains et britanniques de ces djihadistes à qui l’on attribue les attentats. Sur les manipulations des services, j’apporte un nouvel éclairage. D’autres livres que le mien ont fait état de la présence d’Oussama Ben Laden dans les Balkans. Mais leurs auteurs ont présenté ces combattants musulmans présents dans les Balkans, comme des ennemis de l’Occident. Les informations que j’ai collectées à de multiples sources, démontrent que ces djihadistes sont des marionnettes entre les mains de l’Occident et non pas, comme on le prétend, des ennemis.

Silvia Cattori : Dans le cas de la guerre des Balkans, les manipulations d’États sont clairement désignées dans votre livre. Les États-Unis ont soutenu Ben Laden qui avait pour travail de former les Moudjahidines. Nul ne peut donc plus ignorer que ces attentats qui glacent l’opinion n’auraient jamais existé si les « terroristes » n’avaient pas été entraînés et financés par les services secrets occidentaux ?

Jürgen Elsässer : Oui, en effet, c’est le résultat de faits que l’on peut observer. Mais on ne peut pas dire que l’intervention des pays occidentaux en ex-Yougoslavie avait pour objectif de préparer les attentats du 11 septembre. Pour être précis : ces attentats sont une conséquence de la politique occidentale des années 90 car l’OTAN a mis en place ces djihadistes dans les Balkans et a collaboré avec eux. Les militants musulmans qui ont été désignés comme responsables des attentats du 11 septembre ont fait partie de ce réseau.

Silvia Cattori : Selon vous, quel était l’intérêt des États-Unis et de l’Allemagne à dresser les peuples des Balkans les uns contre les autres ?

Jürgen Elsässer : L’Occident avait un intérêt commun à détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais l’Occident voulait imposer le modèle néolibéral à tous les pays.

Silvia Cattori : L’Europe ne s’est-elle pas imprudemment engagée dans une guerre manipulée par les néoconservateurs ?

Jürgen Elsässer : C’est difficile à dire. Je crois que, dans les années 90, la politique des États-Unis, était inspirée par leur victoire contre les Soviétiques en Afghanistan. C’était le modèle qu’ils voulaient appliquer aux Balkans. Si, ces années-là, l’économie des États-Unis n’était pas tombée dans la dépression, peut-être que des politiciens plus réalistes, comme Kissinger, auraient pu garder le contrôle de la politique américaine. Je pense que la coïncidence entre la dépression économique et l’agressivité de l’école néoconservatrice a déterminé ce qui s’est passé.

Silvia Cattori : Pensez-vous qu’un dirigeant comme Blair, par exemple, une fois embarqué dans les projets des néoconservateurs, à un certain point, il en est devenu l’otage ?

Jürgen Elsässer : Je ne connais pas assez bien la position de Blair. C’est plus facile de voir ce qui se passe aux États-Unis. On peut voir que Bush est l’otage de son entourage. Et, comme il n’est pas très intelligent, il n’est pas en mesure de prendre les décisions et doit suivre les idées de son entourage. Il est clair que son père était contre l’attaque contre l’Irak en 2003.

Silvia Cattori : La première guerre du Golfe ne faisait-elle pas partie d’un plan visant à déclencher d’autres guerres par la suite ?

Jürgen Elsässer : Non, il n’y a pas eu de lien avec la guerre en Irak en 1991. Il y a eu deux phases. Jusqu’à la fin de la période Clinton, la politique des États-Unis était impérialiste, mais en même temps pragmatique. Ils ont chassé les Soviétiques hors d’Afghanistan. Ils ont vaincu l’Irak en 1991. Leur guerre s’est arrêtée une fois le Koweït libéré. Ensuite ils ont attaqué la Bosnie et la Yougoslavie ; mais cela s’est produit étape par étape. Tout est allé hors de contrôle après le 11 septembre.

Silvia Cattori : Les néoconservateurs n’y sont pour rien ?

Jürgen Elsässer : Les néoconservateurs, groupés autour de Perle, avaient rédigé un document, un an avant le 11 septembre, selon lequel l’Amérique avait besoin d’un évènement catalyseur comme l’attaque de Pearl Harbour. Le 11 septembre fut cet évènement catalyseur. Je crois que les gens autour de Perle ont souhaité les attentats du 11 septembre.

Silvia Cattori : Quel était l’objectif poursuivi par les États-Unis en attaquant la Serbie ? S’agissait-il simplement, comme l’indique votre livre, de s’installer dans une région stratégique située sur une voie de transit pour le pétrole et le gaz d’Asie centrale ? Ou l’alliance des États-Unis avec les combattants musulmans dirigés par Izetbegovic, avait-elle un second objectif : créer un foyer d’extrémisme musulman aux portes de l’Europe pour s’en servir dans le cadre de manipulations terroristes ? Et, si oui, dans quel but ?

Jürgen Elsässer : Les États-Unis voulaient, comme l’Autriche à la fin du 19ème siècle en Bosnie, créer un Islam « européen » pour affaiblir les états islamiques au Moyen-Orient, c’est-à-dire, à cette époque, l’Empire Ottoman, aujourd’hui l’Iran et les états arabes. Les néoconservateurs avaient encore d’autres plans : construire un réseau clandestin de marionnettes « fondamentalistes » pour faire le sale travail contre la « vieille » Europe.

Silvia Cattori : Résultat, une guerre civile terrible. Comment l’Europe a-t-elle pu participer à la destruction de la Yougoslavie, qui apparaissait comme un exemple de cohabitation parfaitement réussie entre ethnies ? En faisant des Serbes les coupables, l’Europe n’a-t-elle pas fait voler en éclat un pays qui était une des constructions majeures de l’après-guerre. Sur quelle légitimité l’Europe fondait-elle son intervention ?

Jürgen Elsässer : D’abord, au début des années 90, l’Allemagne a mené l’attaque en se basant sur les principes de l’auto-détermination « ethnique » : c’est-à-dire la vieille ruse d’Hitler contre la Tchécoslovaquie et la Pologne en 1938/39. Ensuite, les États-Unis, ont pris le relais et ont fait l’éloge des « droits de l’homme », une escroquerie évidente.

Silvia Cattori : Dans votre enquête, Israël n’est jamais mentionné. N’avez-vous pas minimisé l’importance des néoconservateurs pro-israéliens qui, à l’intérieur du Pentagone, serviraient davantage les intérêts d’Israël que ceux des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Il y a des Israéliens qui ont collaboré avec les néoconservateurs, c’est un fait. Mais je ne suis pas sûr du rôle joué par Israël dans cette affaire. Sharon était contre le soutien des Albanais du Kossovo par l’OTAN. Et, en 1998, il a exprimé sa crainte à l’idée que l’OTAN soutienne la mise en place d’éléments pro-islamiques dans les Balkans. Je crois également qu’il n’était pas favorable à cette guerre l’année suivante.

Silvia Cattori : Vous ne voyez pas non plus de lien entre les services secrets israéliens et les attentats du 11 septembre 2001 ?

Jürgen Elsässer : Il y a des liens, mais je n’ai pas analysé le caractère de ces liens. Par exemple, immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d’agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c’est là une preuve qu’Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu’ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces « terroristes » dans la préparation de ces attentats, mais qu’ils garderaient leur savoir pour s’en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu : « Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias ». Il y a même une troisième possibilité, à savoir que ces espions israéliens voulaient prévenir les attaques mais ont échoué. En ce moment, nous savons seulement que ces types étaient sur place et qu’ils ont été arrêtés. Des investigations supplémentaires sont nécessaires.

Silvia Cattori : Ces liens mettent-ils en évidence que les attentats du 11 septembre 2001 faisaient partie d’un plan conçu de longue date ?

Jürgen Elsässer : Je ne suis pas certain qu’il y avait un plan établi de longue date. Il se peut que des gens comme Richard Perle improvisent beaucoup et se servent d’éléments criminels qu’ils ont mis en place mais qu’ils ne contrôlent pas en permanence. Comme, lors de l’assassinat de Kennedy, il est clair que la CIA était impliquée, mais on ne sait pas si cela avait été planifié au sommet, à Langley [le quartier général de la CIA], ou si ce sont les milieux les plus violents des exilés cubains travaillant pour la CIA qui l’on fait, le quartier général de la CIA se bornant à le tolérer.

Silvia Cattori : Si, demain, ces personnages regroupés autour de Perle étaient mis à l’écart, la stratégie de guerre antimusulmane des États-Unis et les manipulations qui la justifient, s’arrêteraient-elles ?

Jürgen Elsässer : Elle s’arrête quand ils perdent une guerre.

Silvia Cattori : La guerre, ne l’ont-ils pas perdue en Irak ?

Jürgen Elsässer : La guerre ne sera perdue que quand ils quitteront le pays, comme au Vietnam.

Silvia Cattori : Ces musulmans qui, comme Mohammed Atta, étaient des citoyens ordinaires avant d’être enrôlés par la CIA, comment ont-ils pu être conduits à des actions aussi terrifiantes, sans savoir qu’ils étaient manipulés par les agents secrets du camp opposé ?

Jürgen Elsässer : Il y a des jeunes qui peuvent être fanatisés et manipulés très facilement par des services. Les personnages haut placés n’ignorent pas ce qui se passe et savent par qui ils sont engagés.

Silvia Cattori : Ben Laden, par exemple, savait-il qu’il servait les intérêts des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Je n’ai pas étudié son cas. J’ai étudié le cas d’Al Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, qui était le chef des opérations dans les Balkans. Au début des années 90, il a voyagé tout au travers des États-Unis avec un agent de l’US-Special Command pour collecter de l’argent pour le Djihad ; cet homme savait qu’il participait à cette collecte d’argent dans une activité qui était appuyée par les États-Unis.

Silvia Cattori : Tout cela est très inquiétant. Vous apportez la preuve que les attentats qui se sont produits depuis 1996 (les attentats dans le métro de Paris), n’auraient jamais été possibles si la guerre dans les Balkans n’avait pas eu lieu. Et ces attentats qui ont fait des milliers de victimes vous les imputez à des services occidentaux. L’opinion en Occident a donc été trompée par des gouvernements embarqués dans des actions terroristes ?

Jürgen Elsässer : Le réseau terroriste que les services secrets américains et britanniques ont formé durant la guerre civile en Bosnie et plus tard au Kossovo, a fourni un réservoir de militants que l’on a ensuite retrouvés impliqué dans les attentats de New York, Madrid, Londres.

Silvia Cattori : Comment cela s’est-il passé concrètement ?

Jürgen Elsässer : Une fois la guerre en Afghanistan finie, Oussama Ben Laden a recruté ces militants djhadistes. C’était son travail. C’est lui qui les a entraînés, partiellement avec le soutien de la CIA, et qui les a mis en place en Bosnie. Les Américains ont toléré la connexion qu’il y avait entre le Président Izetbegovic et Ben Laden. Deux années plus tard, en 1994, les Américains ont commencé à envoyer des armes, dans une opération clandestine commune avec l’Iran. Après le traité de Dayton, en novembre 1995, la CIA et le Pentagone ont recruté les meilleurs des djihadistes qui avaient combattu en Bosnie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que ces musulmans se soient mis entre les mains de services qui servaient des intérêts idéologiques opposés aux leurs ?

Jürgen Elsässer : J’ai analysé les témoignages donnés par quelques djihadistes interrogés par les juges allemands. Ils ont dit qu’après le traité de Dayton, qui stipulait que tous les ex-combattants étrangers devaient quitter le pays, ils n’avaient plus d’argent et nulle part où aller. Quant à ceux qui pouvaient rester en Bosnie, parce qu’on leur avait fourni des passeports bosniaques, ils étaient eux aussi sans travail et sans argent. Le jour où des recruteurs sont venus sonner à leur porte et leur ont proposé 3000 dollars par mois, pour servir dans l’armée bosniaque, ils ne savaient pas qu’ils étaient recrutés et payés par des émissaires de la CIA pour servir les États-Unis.

Silvia Cattori : Par la suite, quand on les a envoyés préparer des attentats à Londres en juillet 2005, par exemple, ne se sont-ils pas rendus compte qu’ils étaient entre les mains d’agents secrets occidentaux qui les manipulaient ?

Jürgen Elsässer : Il n’est pas clair que ce soient réellement des jeunes musulmans issus de la banlieue de Londres qui aient commis les attentats, comme la police l’a prétendu. Il y a d’autres indices selon lesquels les bombes étaient fixées sous les rames. Il est aussi possible que des bombes aient été fixées sous les rames sans que ces jeunes le sachent. Dans ce cas là, il n’est pas sûr que les jeunes musulmans que l’enquête a incriminés, aient commis ces attentats.

Silvia Cattori : On peine à cerner le but que poursuivent les États occidentaux en engageant leurs services dans des manipulations criminelles ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas facile à dire. Souvenez-vous de l’assassinat de Kennedy. Qui a fait cela ? C’est sûr que ce sont des gens de la CIA qui ont soutenu le deuxième tueur, c’est sûr qu’Oswald a été assassiné par un homme qui avait été mandaté par la CIA. Ce qui n’est pas clair, c’est si ces hommes recrutés par la CIA ont agi sur ordre de Johnson ou de Dulles, ou s’ils étaient liés à des milieux d’exilés cubains extrémistes, c’est-à-dire affiliés à la maffia. Je ne crois pas que Bush ou Blair soient les chefs. Je ne crois pas en la théorie de la grande conspiration. Je crois que les services secrets engagent des hommes à qui l’on ordonne d’exécuter les affaires sales ; ces agents agissent comme ils veulent. Peut-être savez-vous que le 11 septembre 2001, quelqu’un a essayé de tuer Bush. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est difficile à expliquer.

Silvia Cattori : Vous voulez dire que Bush, par exemple, est lui-même otage de gens qui, à l’intérieur du Pentagone, forment un État dans l’État qui échappe également au commandement de l’armée américaine ?

Jürgen Elsässer : Oui. Bush est stupide. Il n’est qu’un instrument entre les mains d’autres personnes.

Silvia Cattori : Vous pensez à des gens qui sont sous l’influence directe de personnages comme Perle, Wolfowitz, Feith ? Vous pensez que ce serait eux qui, après la guerre des Balkans, auraient été les véritables commanditaires de ces attentats et que ces attentats ne sont pas séparés les uns des autres, qu’il y a un lien entre Madrid et Londres ? Cela veut-il dire que les États-uniens sont prêts à s’allier avec le diable pour semer le chaos partout dans le cadre de cette guerre antimusulmane, anti-arabe menées sous prétexte de terrorisme ? Un terrorisme fabriqué ?

Jürgen Elsässer : Oui, il y a un double gouvernement qui échappe au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs, comme Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle, des gens liés au pétrole et aux industries militaires. Le chaos global est dans l’intérêt de l’industrie militaire : quand il y a le chaos dans le monde entier, on peut vendre des armes et le pétrole plus cher.

Silvia Cattori : Youssef Asckar a très bien décrit cet État dans l’État auquel vous donnez crédit. Israël n’est-il pas le premier pays intéressé par cette stratégie du chaos, donc par la manipulation des attentats terroristes ? La propagande du lobby pro-israélien ne tend-t-elle pas à faire croire qu’Israël est menacé par des Arabes fanatisés ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas certain que cette stratégie puisse servir les intérêts d’Israël car, si les choses continuent de la sorte, tout le Proche-Orient sera en flammes, y compris Israël. On s’est servi du même procédé durant la guerre en Bosnie. Pour diaboliser les Serbes, les médias de l’Ouest ont inventé les histoires de camps de concentration et fait des montages photographiques pour comparer les Serbes à des nazis. Cette propagande visait à gagner l’opinion à la guerre contre la Serbie mais, en ce qui concerne les États-Unis, elle n’était pas forcément alimentée par le lobby juif mais par des stratèges chrétiens et athées. Ces stratèges jouent la carte « juive ». C’est ma thèse. On voit cela actuellement avec la propagande contre l’Iran ; les stratèges de la guerre jouent la carte « juive » pour impressionner les gens qui ont plus de morale que d’intelligence.

Silvia Cattori : Les manipulations récentes viennent confirmer, en partie, votre thèse : au même moment où les États-Unis voulaient faire passer au Conseil de Sécurité des sanctions contre l’Iran, un journal canadien a écrit que l’Iran voulait contraindre les juifs iraniens à porter l’équivalent d’une étoile jaune [2]]]. Mais je me référais à ces personnalités ouvertement pro-israéliennes qui, en France par exemple, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion car elles occupent des positions médiatiques stratégiques, et dont le parti pris communautaire les conduits toujours à appuyer la politique d’Israël et des États-Unis, peut importe si elle est criminelle. Souvenez-vous du soutien actif apporté à Izetbegovic en Bosnie par Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Une fois la Serbie à genoux, ils ont tout de suite dirigé leur propagande contre les Arabes et les musulmans ; il s’agissait cette fois de mobiliser l’opinion en faveur de la « guerre des civilisations ». Quand ils ont parlé de « camps de concentration » pour associer les Serbes à Hitler, n’ont-ils pas participé aux manipulations de l’OTAN ?

Jürgen Elsässer : Nous avons assisté au même phénomène en Allemagne. Les journalistes juifs qui soutenaient la guerre contre la Yougoslavie avaient accès aux plateaux télévisés. Mais les journalistes qui étaient contre, qu’ils fussent de confession juive ou pas, ont été écartés du débat. Je pense que les médias et les politiques se servent des voix juives pour des enjeux géostratégiques.

Silvia Cattori : Si, comme vous le dites, ce qui s’est passé dans les Balkans n’était que la répétition de ce qui s’était passé en Afghanistan, ce qui a succédé faisait donc partie du même processus. Pensez-vous que nos autorités connaissent les risques des guerres provoquées par leurs services secrets ?

Jürgen Elsässer : Mon espoir est qu’il y ait une réaction de la part des militaires aux États-Unis. Il y a parmi eux des gens qui savent très bien que toutes ces guerres ne sont pas intelligentes. Ils savent que les États-Unis vont perdre cette guerre. Dans l’armée américaine, ils sont impérialistes mais ils ne sont pas fous, ils ne sont pas d’accord avec ce qui se passe. Mais les néoconservateurs sont fous, ils veulent faire la Troisième Guerre mondiale contre tous les Arabes et tous les musulmans, comme Hitler qui voulait tuer tous les juifs et attaquer tous les autres pays ; les généraux allemands avaient averti Hitler de ce qu’il risquait.

Silvia Cattori : Votre espoir est qu’un changement survienne de manière inattendue ?

Jürgen Elsässer : Pour arrêter cette folie, je ne vois de possibilité de changement que parmi des forces qui sont, elles, restées rationnelles. Le commandement supérieur de l’armée américaine a écrit une lettre à Bush pour dire qu’il ne veut pas participer à une attaque contre l’Iran avec une arme nucléaire. Peut-être que Bush attaquera ; mais les conséquences seraient plus graves que dans le cas d’Irak. Il s’est passé la même chose avec les nazis : ils attaquent, ils attaquent, et un jour il y a Stalingrad et le début de la défaite. Mais cette aventure a coûté la vie de 60 millions d’êtres humains.

Silvia Cattori : Est-ce bien là ce qui a motivé votre effort en écrivant ce livre : alerter les consciences afin d’éviter de nouveaux désastres et de nouvelles souffrances ? D’autant qu’après l’Irak ce serait au tour de l’Iran ?

Jürgen Elsässer : Oui. Mais des personnages comme Bush se fichent de tout cela. Je ne suis pas totalement pessimiste sur l’Iran : on pourrait voir une répétition de l’axe Paris, Berlin, Moscou. Notre chancelière, qui est normalement une marionnette des États-Unis, a offert une coopération stratégique à la Russie, car l’Allemagne dépend entièrement du pétrole et du gaz russe. C’est un argument fort. Les Allemands sont des impérialistes, mais ils ne sont pas fous.

Silvia Cattori : Dans les Balkans n’est-ce pas l’Allemagne qui a ouvert la porte à la guerre ?

Jürgen Elsässer : Oui, c’est vrai. Mais, aujourd’hui, vous voyez que Joschka Fischer et Madeleine Albright ont envoyé une lettre ouverte à Bush pour lui dire de ne pas attaquer l’Iran. Mme Albright a précisé que l’on ne peut pas attaquer tous les gens que l’on n’aime pas. C’est rationnel.

Silvia Cattori : Avez-vous pu recueillir ces éléments qui illustrent les agissements des services secrets parce que, aujourd’hui, inquiets de l’évolution de la politique internationale, des gens commencent à parler ?

Jürgen Elsässer : Oui. Je me suis beaucoup appuyé sur les informations de gens qui travaillent au sein de « la bête ».

Silvia Cattori : Partout dans le monde ?

Jürgen Elsässer : Je peux seulement vous dire que ce sont des gens en Europe de l’Ouest. Ce sont des gens qui n’ont pas cessé d’utiliser leur tête.

Silvia Cattori : Pour avoir la preuve des manipulations qui ont entouré l’« Incident du Golfe du Tonkin », incident qui a permis aux États-Unis de déclencher la guerre contre le peuple vietnamien, il a fallu attendre longtemps. Les choses ont-elles donc changé aujourd’hui ce qui permettrait de riposter à temps ?

Jürgen Elsässer : Il y a une grande différence entre la situation des années 60 et celle d’aujourd’hui. En République fédérale d’Allemagne, par exemple, on était à cette époque en faveur de la guerre contre les communistes au Vietnam. La version officielle qui disait notre république en danger d’être attaquée par les communistes était partagée par une grande partie de l’opinion. Ce qui a changé c’est, qu’aujourd’hui, la majorité de la population est contre la guerre, sans discussion.

Silvia Cattori : Vous soulignez à juste titre le caractère religieux extrémiste de la Bosnie-Herzégovine sous Izetbegovic mais, alors que vous doutez du soutien d’Israël à cette espèce d’ébauche de l’émirat des Taliban, ne surévaluez-vous pas le rôle de l’Iran et de l’Arabie saoudite ? Richard Perle était le principal conseiller politique d’Izetbegovic. Les Iraniens et les Saoudiens n’ont-ils pas fait de la surenchère islamique en espérant prendre le contrôle d’un régime musulman qui ne tenait ses ordres que de Tel-Aviv et Washington. En fait, Izetbegovic n’était-il pas un agent d’Israël ?

Jürgen Elsässer : Le Mossad a aidé les Serbes bosniaques, ils leur ont même fourni des armes. Il n’y a rien qui indique que le gouvernement israélien ait aidé Izetbegovic. Il a été soutenu par les Américains, et Clinton s’appuyait sur le lobby sioniste aux États-Unis, mais ce lobby n’avait pas le soutien du gouvernement israélien pendant la guerre de Bosnie.

Silvia Cattori : En ce qui concerne certaines de vos sources, peut-on accorder crédit aux assertions de Yossef Bodanski, directeur de Groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle près du Sénat américain ?

Jürgen Elsässer : Je ne fais confiance à personne. On prétend que Bodansky a des liens avec des sources du Mossad et cela rend nombre de ses conclusions suspectes. D’un autre côté il porte à notre connaissance beaucoup de faits intéressants qui contredisent la propagande officielle. Dans mon livre, je montre les contradictions au sein des élites dominantes des États-Unis et, à cet égard, Bodansky, est très intéressant.

Silvia Cattori : Il est dit dans votre livre : « Le terrorisme existe au Kossovo et Macédoine, mais dans sa majorité, il n’est pas contrôlé par Ben Laden mais par les services secrets US ». Doutez-vous de l’existence d’Al Qaeda ?

Jürgen Elsässer : Oui, comme je l’ai écrit dans mon livre, c’est de la propagande fabriquée par l’Occident.

Silvia Cattori : On a un peu l’impression que, pour aller au bout de sa logique, votre enquête n’est pas terminée. Certes, la Yougoslavie a été un laboratoire de la fabrication des réseaux islamistes, et votre livre montre bien que ces réseaux servent les intérêts des États-Unis. Pourtant, vous semblez croire en l’existence de réseaux islamistes internationaux qui auraient une base populaire dans le monde musulman, alors qu’en même temps votre recherche démontre que ces réseaux ne sont que des mercenaires des États-Unis et qu’ils n’ont jamais rien fait pour les musulmans ?

Jürgen Elsässer : Regardez l’exemple du Hamas : au début des années 80 il a été fomenté par le Mossad pour contrer l’influence de l’OLP. Mais par la suite, le Hamas a développé sa propre base populaire et, maintenant, il fait partie de la résistance. Mais je parie qu’il y a encore des agents étrangers à l’intérieur du Hamas.

Silvia Cattori : Vous avez mentionné que les inspecteurs des Nations-Unies sont infiltrés d’espions par les États-Unis. Pourrions-nous avoir des précisions ?

Jürgen Elsässer : Certains casques bleus de l’UNPROFOR en Bosnie ont transporté des armes à destinations des Moudjahidines.

Silvia Cattori : Quand Peter Handke affirme que les Serbes ne sont pas les seuls coupables, qu’ils sont les victimes de la guerre des Balkans on le proscrit. Qui a raison dans cette affaire ?

Jürgen Elsässer : De tous les côtés – Serbes, Croates, Musulmans – les gens ordinaires ont tous perdu. Les Musulmans ont gagné la guerre en Bosnie avec l’aide de Ben Laden et de Clinton mais, maintenant, leur pays est occupé par l’OTAN. Ils ont aujourd’hui moins d’indépendance qu’au temps de la Yougoslavie.

Silvia Cattori : Comment votre recherche se situe par rapport à celle d’Andreas Von Bülow et Thierry Meyssan ?

Jurgen Elsässer : Nous partageons la même opinion sur les évènements du 11 septembre 2001 : nous pensons que la version officielle n’est pas vraie. Toutes ces recherches combinées sont très utiles pour pouvoir continuer d’approfondir la réalité des faits. Ma spécialité, est d’avoir fait le lien entre les guerres des Balkans et le 11 septembre, tandis que Thierry Meyssan a analysé l’attaque sur le Pentagone pour démontrer qu’elle était due à un missile et pas à un avion, et que Von Bülow, lui, est arrivé à la conclusion que les avions étaient guidés par une balise.

Silvia Cattori : Pour avoir remis en questions la vérité officielle, Thierry Meyssan a subi le discrédit et le blocage des médias. Allez-vous échapper à cela ?

Jürgen Elsässer : Il y a aussi un blocage contre mon livre. Il n’est pas possible pour un seul auteur de casser ce blocage. Toutefois, cela ne peut empêcher nos thèses de faire leur chemin. Le public n’est pas d’accord avec ce que disent les médias : malgré leur blocage 35 à 40 % des gens ne croient pas ce que les médias leur disent. Il y a l’exemple de l’assassinat de Kennedy : aujourd’hui, 90 % des gens ne croient pas en la version officielle et pensent que l’assassinat de Kennedy était une action de la CIA.

Silvia Cattori : Mettre à jour les manipulations des États, qui se servent de leurs services de sécurité de manière criminelle, ne doit pas être sans danger ?

Jürgen Elsässer : Je crois que le danger vient seulement quand on vend plus de 100 000 livres. En Allemagne, en onze mois, mon livre n’a été vendu qu’à 6 000 exemplaires.

Source : Réseau Voltaire (Genève).
Sur une route de montagne, au Yémen, Morten Storm effectue une livraison pour le compte d'Anwar al-Awlaki, l'idéologue d'Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa), en octobre 2008.

Sur une route de montagne, au Yémen, Morten Storm effectue une livraison pour le compte d’Anwar al-Awlaki, l’idéologue d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa), en octobre 2008. © Collection personnelle

À l’heure où le Danemark est à son tour confronté au terrorisme islamiste, Le Vif/L’Express publie en avant-première des extraits d’un livre étonnant.

Un jeune Danois converti à l’islam y raconte son parcours au sein des réseaux radicaux. Après avoir gagné la confiance des leaders d’Al-Qaïda, il est devenu un « infiltré » oeuvrant pour les services occidentaux. Son histoire conduit jusqu’au Yémen, auprès du groupe qui a revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo.

En matière d’espionnage, la réalité dépasse souvent la fiction. C’est encore plus vrai avec l’incroyable histoire de Morten Storm au sein d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa). Rien ne prédestinait ce jeune Danois au casier judiciaire de délinquant à devenir djihadiste au Yémen à la fin des années 1990, puis à basculer chez l’adversaire et devenir un « infiltré » pour divers services de renseignement occidentaux.

Ce destin, retracé dans Agent au coeur d’Al-Qaïda, un livre à paraître le 26 février, dont Le Vif/L’Express publie en exclusivité des extraits, nous éclaire, de l’intérieur, sur le groupe terroriste qui a revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier.

En 2006, Sanaa, la capitale yéménite, attire nombre d’Occidentaux convertis à l’islam. Storm, lui-même engagé sur la voie du djihad, devient alors l’ami d’Anwar al-Awlaki, l’idéologue d’Aqpa. Mais, peu après leur rencontre, le Danois perd la foi salafiste. À aucun moment l’imam ne se doute que l’ancien extrémiste aux cheveux roux est recruté par les services de renseignement de son pays. En collaboration avec le M I5 britannique et la CIA américaine, Storm est chargé d’approcher Awlaki, devenu la bête noire des États-Unis pour son rôle dans plusieurs attentats. Finalement, l’imam sera tué par un drone américain.

Tandis qu’Aqpa demeure la branche la plus active de la nébuleuse Al-Qaïda, Morten Storm vit désormais dans le secret. Les extraits reproduits ici donnent la mesure des liens de confiance qu’il avait établis avec quelques-uns des leaders terroristes les plus redoutés de la planète.

[EXTRAITS] Programme « Mujahideen Secrets 2.0 »

(En septembre 2009, Storm, devenu un agent, retourne au Yémen. Il approche l’idéologue d’Aqpa, Anwar al-Awlaki, qu’il connaît déjà. Ce dernier, qui ignore tout du changement de camp de son ami, lui demande de trouver des recrues prêtes à commettre des attentats en Europe.)

Mon entrevue avec Awlaki en cette nuit de septembre me permit de jauger son évolution de penseur à décideur, mais également de glaner une preuve de cette évolution. « J’ai quelque chose à te montrer, me dit-il après le dîner, en désignant son ordinateur portable et une clé USB. Voilà comment nous devrons communiquer à l’avenir. »

La clé USB contenait un programme de codage judicieusement appelé « Mujahideen Secrets 2.0 » (« Secrets de moudjahidin 2.0 »), qui reposait sur un algorithme standard de chiffrement avancé avec une clé de 256 bits. Awlaki avait déjà commencé à s’en servir dans ses échanges avec ses sympathisants occidentaux. Il estimait que notre méthode de boîte e-mail partagée n’était plus sûre. […]

« Pour communiquer avec moi, tu devras créer une clé privée », me dit-il en me montrant comment la mettre au point. La clé privée était, en gros, un code secret numérique unique que l’on pouvait utiliser pour coder et décoder des messages reçus, protégés par un mot de passe personnel et enregistrés dans le programme que contenait la clé USB. Apparemment, ce n’était pas la première fois qu’Awlaki enseignait à quelqu’un comment utiliser ce programme.

« Ensuite, il te faut créer une clé publique, poursuivit-il en me montrant comment faire. Nous pourrons nous échanger nos clés publiques par e-mail, après quoi nous n’aurons plus qu’à nous envoyer des messages cryptés. […] »

La transformation en tout juste quinze secondes d’une suite apparemment arbitraire de lettres, chiffres et symboles en une prose intelligible me subjugua. Pour crypter des messages, je n’avais qu’à suivre les mêmes étapes en sens inverse. Il était possible de crypter à peu près n’importe quel type de fichier avec ce programme, y compris des images et des vidéos.

Une troisième épouse, croate, pour Awlaki

(Awlaki demande à Storm de lui trouver une épouse en Occident. Irena, une Croate originaire de Bjelovar, près de Zagreb, se présente. Elevée dans la tradition catholique, elle s’est convertie à l’islam par amour pour un musulman, puis s’est radicalisée en fréquentant la mosquée, où elle a pris le prénom d’Aminah.)

Le 9 mars 2010, devant la gare routière internationale sur Erdbergstraße, à Vienne, j’attendais l’autocar de 11 heures en provenance de Zagreb. […] Elle avait une longue jupe noire, comme je m’y étais attendu, mais au lieu d’être totalement voilée, elle ne portait qu’un simple foulard sur la tête. Quelques mèches blondes et rebelles flottaient au vent. « As salaam alaikoum. Je suis Aminah », dit-elle dans un anglais teinté d’un léger accent, en me fixant de ses yeux bleu-vert. […]

J’étais tombé sur elle sur une page Facebook de fans d’Awlaki, en novembre 2009, deux mois après qu’il m’eut à nouveau demandé de lui trouver une épouse occidentale. J’avais laissé un message requérant de l’aide, et Aminah m’avait répondu. […] « J’essaie de trouver un moyen de sortir de ce pays, et je cherche un mari qui pourra m’apprendre des choses et que je pourrai aider. J’ai un profond respect pour lui et pour toutes les choses qu’il a faites pour cette oummah (communauté des croyants) et je voudrais l’aider autant que je peux. » […]

Je compris très vite que cette jeune femme un peu perdue, et très impressionnable, était une chance à saisir. « Aminah peut nous amener jusqu’à Awlaki », dis-je à mes agents de liaison du M I5, Sunshine, Andy et Kevin, peu après le début de nos échanges sur Facebook. « Nous comprenons bien votre point de vue, mais nous allons devoir d’abord en référer à notre hiérarchie », répondit Andy. Les Britanniques, tout comme moi, s’inquiétaient d’envoyer Aminah dans la zone la plus dangereuse d’un pays particulièrement instable. Les Américains, soutenus par les Danois, étaient bien plus enthousiastes. […]

Aminah (qui ignorait qu’elle était utilisée) représentait le meilleur moyen d’atteindre l’imam terroriste. La CIA entra officiellement sur le marché des rencontres en ligne.

À leur demande, j’informai Awlaki que je lui avais trouvé une potentielle épouse, et, le 11 décembre 2009, il entra en contact avec elle, lui demandant de lui soumettre une brève description d’elle-même.

Elle me transmit cette réponse afin que je la communique à l’imam : « J’ai 32 ans, je ne me suis jamais mariée, je n’ai pas d’enfant. Je suis grande (1,73 m), mince et athlétique, je ne suis pas sûre qu’il me soit permis de décrire mes cheveux. On dit que je suis jolie, attirante, je fais plus jeune que mon âge, on me donne généralement entre 23 et 25 ans. »

Le 15 décembre, Awlaki m’envoya un autre message à lui communiquer : « Je tiens à souligner deux choses. La première est que je n’ai pas de domicile fixe. Mes conditions de vie varient donc énormément. Il m’arrive même parfois de vivre sous une tente. La seconde est que, pour ma sécurité, je dois parfois m’isoler, ce qui signifie que ma famille et moi nous trouvons parfois coupés du monde pendant des périodes plus ou moins longues. Si vous êtes capable d’endurer de telles conditions, si vous êtes capable de vivre dans la solitude, avec une communication restreinte avec les autres, alors alhamdulillah, c’est parfait. Je n’ai aucun problème avec mes deux épouses, nous nous entendons bien. Cependant, elles ont toutes deux choisi de vivre en ville parce qu’elles sont incapables de vivre dans un village isolé avec moi. Je ne souhaite pas que cela arrive avec une troisième épouse. Ce dont j’ai besoin, c’est une femme qui puisse endurer avec moi les épreuves de la voie qui est la mienne. Une dernière chose. Pourriez-vous s’il vous plaît m’envoyer une photo de vous ? Merci de la transmettre en pièce jointe. » […]

Conformément aux instructions de mes agents de liaison de la CIA, Aminah ne devait pas prendre un vol direct pour le Yémen. Je me rendis avec elle au siège de Turkish Airlines à Vienne. Je lui donnai en outre une nouvelle paire de sandales tout-terrain pour Awlaki et un dictionnaire électronique arabe de poche fourni par la CIA, bien évidemment équipé d’un mouchard. […]

Au terme d’une attente qui me parut interminable, fin juin, je reçus des messages cryptés d’Awlaki et Aminah. Elle avait réussi à le rejoindre dans les zones tribales.

« Alhamdulillah, je suis saine et sauve, écrivit-elle. Tout s’est passé au mieux, conformément au plan. » Et là, le coup de massue. « J’ai dû laisser ma valise, il me manque donc la plupart de mes affaires. » Je fixai l’écran, comme si ce simple regard aurait pu changer ces mots. Elle avait rejoint les zones tribales sans le moindre mouchard. Al-Qaïda lui avait dit de mettre tous ses effets personnels dans un sac plastique et de laisser derrière elle tout objet électronique. Les Américains vérifièrent cette information en envoyant un informateur sur son lieu de résidence à Sanaa. Le fait que leur piège ait été déjoué par un agent consciencieux d’Al-Qaïda les rendit fous furieux.

Agent au coeur d’Al-Qaïda, par Morten Storm, avec Paul Cruiskshank et Tim Lister. Le Cherche Midi, 504 p. Parution le 26 février.

Source : Le Vif.

 

Dans un article retentissant du 19 septembre 2000, le journaliste du très sérieux quotidien britannique Daily Telegraph, Ambrose Evans-Pritchard, a montré que les autorités américaines ont soutenu le processus dit de  » construction européenne « , ainsi que la mise en place, dès les années 1960, d’une union monétaire.

Au sein de la presse française, quelques très rares articles ont apporté au public des explications fouillées et sérieuses à ce sujet, essentiellement dans un numéro d’Historia de 2003, intitulé  » La CIA finance la construction européenne « .

Reposant sur l’analyse d’archives du Département d’État des années 1950 et 1960, rendues publiques («  declassified « ) à l’été 2000, cet article, bien que sensationnel, a été totalement passé sous silence par les médias et les partis politiques français.

En voici la traduction française :

Des fédéralistes européens financés par des chefs de l’espionnage américain

Ambrose Evans-Pritchard – Bruxelles
Daily Telegraph, le 19 septembre 2000

Des documents déclassifiés du gouvernement américain montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années 1950 et 1960 pour favoriser l’unification de l’Europe. Celle-ci finança et dirigea le Mouvement fédéraliste européen.

Les documents confirment des soupçons émis à l’époque : en coulisse, l’Amérique travaillait avec acharnement à pousser la Grande-Bretagne à s’intégrer à un État européen. Un memorandum, daté du 26 juillet 1950, donne des instructions pour une campagne visant à promouvoir un véritable parlement européen. Il est signé par le Général William J. Donovan, chef du Bureau américain des services stratégiques en temps de guerre (OSS), l’ancêtre de la CIA.

Certains de ces documents, découverts par Joshua Paul, chercheur à l’Université de Georgetown à Washington, avaient été mis à disposition par les Archives nationales américaines. Le principal levier de Washington sur l’ordre du jour européen était le Comité Américain pour une Europe Unie (ACUE : American Committee on United Europe), créé en 1948. Donovan, qui se présentait alors comme un avocat en droit privé, en était le président.

Le vice-président, Allen Dulles, était le directeur de la CIA pendant les années 1950. Le comité comptait parmi ses membres Walter Bedell Smith, le premier directeur de la CIA, ainsi que d’anciennes personnalités et des responsables de l’OSS qui travaillaient par intermittence pour la CIA. Les documents montrent que l’ACUE a financé le Mouvement européen, l’organisation fédéraliste la plus importante d’après-guerre. En 1958, par exemple, l’ACUE a assuré 53,5 % du financement du mouvement.

L’European Youth Campaign, une branche du Mouvement européen, était entièrement financée et contrôlée par Washington. Son directeur belge, le Baron Boel, recevait des versements mensuels sur un compte spécial. Lorsqu’il était à la tête du Mouvement européen, Joseph Retinger, d’origine polonaise, avait essayé de mettre un frein à une telle mainmise et de lever des fonds en Europe ; il fut rapidement réprimandé.

Les dirigeants du Mouvement européen – Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l’ancien premier ministre belge, Paul-Henri Spaak – étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut tenu secret. L’argent de l’ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que de milieux d’affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain.

Paul Hoffman, directeur de la Fondation Ford et ex-officier de l’OSS, fut également à la tête de l’ACUE à la fin des années 1950. Le Département d’État y jouait aussi un rôle. Une note émanant de la Direction Europe, datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice l’objectif d’une union monétaire.

Elle recommande d’empêcher tout débat jusqu’au moment où « l’adoption de telles propositions serait devenue pratiquement inévitable ». « 

Source : Agoravox.

Treasury Undersecretary for Terrorism and Financial Intelligence David Cohen testifies in the Dirksen Senate Office Building on Capitol Hill July 29, 2014 in Washington, DC ( Chip Somodevilla (Getty/AFP/File) )

La nomination de David Cohen à la seconde place de l’agence laisse entrevoir moins de discriminations futures

Si pendant longtemps les Juifs américains ont présumé que leur carrière au sein de la CIA était obstruée par des questions d' »habilitation sécuritaire », la nomination de David Cohen à la seconde place des services de sécurité américains semble porter un coup à cette entrave de longue haleine.

« David apporte une richesse d’expérience sur de nombreuses questions sur lesquelles nous nous concentrons je suis pressé d’entendre ses idées, son expertise et son énergie afin que nous abordions un nombre croissant et divers de défis de sécurité nationale qui se posent face à l’Amérique d’aujourd’hui, » a déclaré à son sujet John Brennan, directeur actuel de la CIA.

Cohen, avocat expérimenté diplômé d’une école de la Ivy League à Boston a débuté sa carrière dans la défense d’un droit particulier au nom des religieux: celui de pouvoir disposer des Menorahs (chandeliers juifs) dans des propriétés du gouvernement, raconte mercredi l’Agence télégraphique juive (JTA).

Quelques années plus tard, Cohen devient sous-secrétaire du Département des finances en matière de terrorisme et des renseignements. A ce titre, il a été à l’origine de nombreuses pressions financières sur l’Iran et son programme nucléaire.

Ce mois-ci, à 51 ans, ce Juif américain a accédé au poste de directeur adjoint de l’agence de sécurité américaine dont la réputation n’est plus à faire, ce qui le propulse à la seconde place de la CIA.

Or de nombreux prétendants juifs à l’agence ont à maintes reprises dénoncé les obstacles à leur accession à un poste dans les renseignements en raison de contraintes sécuritaires suspectées, mais également sur des allégations d’espionnage présumé pour le compte d’Israël, ce qui leur a parfois valu des licenciements injustifiés.

JTA rappelle sur ce point deux exemples; celui d’un avocat de la CIA Adam Ciralsky, mis en examen en 1999 et David Tenenbaum, ingénieur de l’armée civile, dont la demeure a été perquisitionnée en 1997 par le FBI.

Ciralsky était proche du président israélien Chaim Weizmann, tandis que Tenenbaum parlait seulement l’hébreu – deux critères qui auraient été retenus contre eux.

Dans les deux cas, aucune preuve n’a été rassemblée contre eux qui prouverait un contre-espionnage, seule leur confession juive et des soupçons infondés ont été à l’origine de ces méfiances. Des plaintes ont suivi de la part des deux hommes « victimes de discrimination religieuse » décrit JTA.

Le cas le plus grave est celui de Jonathan Pollard, analyste des renseignements maritimes, condamné à perpétuité en 1987 pour avoir transmis des informations secrètes à Israël. L’affaire Pollard a soulevé à long terme des suspicions de double loyauté des Juifs américains.

Mais la nomination de Cohen à un poste si élevé tend à prouver que les directions de l’agence ont changé, et que les opportunités des Juifs américains dans le système sécuritaire tendent à s’ouvrir. Pourtant, Cohen est très proche de l’avocat israélien Alan Dershowitz, ayant étudié avec son fils.

Selon JTA, Abraham Foxman, le directeur de la ligue anti-diffamation, a déclaré que cette année pratiquement aucune plainte pour « partialité contre les Juifs au sein du gouvernement » n’a été déposée auprès de son organisation.

Source : i24news.

Pourquoi la CIA s'intéresse-t-elle tant à la météo ?

Lors de la conférence annuelle de la American Association for the Advancement of Science (AAAS), un climatologue américain, Alan Robock, a fait part de ses craintes concernant le financement des différentes études sur climat par les services de renseignement. Il y a peu, un important rapport climatique a été sponsorisé par la NASA, le ministère de l’énergie américain et la National Oceanic and Atmospheric Administration et … la CIA et d’autres services de renseignements américains. Selon Robock, ces services de renseignement ne jouent pas franc-jeu et taisent les véritables raisons qui se cachent derrière leur intérêt pour ces travaux. Selon lui, un tel soutien financier ne viserait en réalité qu’à découvrir en primeur les nouvelles technologies climatiques capables d’influencer la météo. Alan Robock craint que les services de renseignement n’envisagent d’utiliser le climat comme une arme envers les nations ennemies.

L’expert, qui a réalisé entre autres des rapports pour les Panel Intergouvernementaux autour des Changements Climatiques (IPCC), demande donc aux autorités compétentes d’établir la clarté quant à leurs intentions réelles autour de ces recherches climatiques et leur impact sur le monde. Il se pose également la question de savoir qui devrait gérer ces technologies capables de changer le climat.

L’utilisation de la météo comme arme de guerre est interdit depuis 1978 et la signature de la Modification Convention (Enmod).

Source : Le Vif.

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Mockingbird, c’est l’oiseau moqueur qui trompe les autres oiseaux en imitant leur chant. L’Opération « Mockingbird » désigne aujourd’hui une campagne menée par les services secrets américains entre 1948 et 1976 pour influencer l’opinion publique des Etats-Unis d’Amérique et de son « arrière-cour ». Le travail était coordonné et financé par l’Office of Policy Coordination (OPC) dirigé par Frank G. Wisner, devenu plus tard le « Département de la planification ». Les médias étaient infiltrés par la CIA pour contribuer à la diffusion de propagande par la désinformation.

L’opération fut percée à jour en 1975 par la « Commission Church », à l’occasion de l’affaire du Watergate, notamment grâce au témoignage d’E. Howard Hunt, cité lui-même comme l’un des « plombiers ». Mais il n’est pas facile en réalité de distinguer l’existence spécifique d’une « Opération Mockingbird » au sein des activités de l’OPC. L’opération Mockingbird fut dirigée de 1948 à 1952 par Cord Meyer et Allen W. Dulles, puis par Frank Wisner. Tous membres importants de l’Etat-major de l’OSS puis de la CIA. Cord Meyer s’était déjà occupé de la surveillance des mouvements internationalistes.

Des journalistes américains très connus ont ainsi été recrutés pour présenter les points de vue avancés par la CIA. L’OPC créa des organisations culturelles, étudiantes (dont la National Student Association), des magazines. Il chercha à peser sur les campagnes électorales à l’étranger, appuyé par d’autres unités de la CIA. Le programme ainsi que certaines activités de la National Student Association furent téléguidés par la CIA jusqu’en 1967. La NSA participa également à ce programme.

L’un des premiers journalistes recrutés fut Philip Graham, du Washington Post puis, au fil des ans, des plumes notoires du New York Times, de Newsweek et de CBS. Au milieu des années Cinquante, le réseau contrôlait l’information de 25 journaux et agences de presse des Etats-Unis. Dans son article « CIA and The media » paru en octobre 1977 dans le magazine Rolling Stone, Carl Bernstein cite les « têtes de ponts » de ce réseau. Il s’agissait souvent de libéraux (gauche américaine) américanistes : William S. Paley (CBS), Henry Luce (Time and Life Magazine), Arthur Hays Sulzberger (New York Times), Alfred Friendly (managing editor, The Washington Post), Jerry O’Leary (Washington Star), Hal Hendrix (Miami News), Barry Bingham, Sr. (Louisville Courier-Journal), James Copley (Copley News Services), Joseph Harrison (Christian Science Monitor). Le réseau, salariés compris, est estimé à 3000 personnes par Alex Constantine.

La méthodologie propagandiste était fondée sur la « mise en abyme » de la désinformation par plusieurs journalistes, dont certains faisant partie du réseau. Les autres journalistes étaient manipulés à leur insu, notamment par l’intermédiaire des agences de presse.

L’OPC, véritable « arme de guerre psychologique », fut d’abord financé par le Plan Marshall. Selon la « Commission Church », l’OPC avait été créé pour peser sur les élections de 1948 en Europe – financement de partis et de la presse. 1948 est l’année des élections générales de la jeune République italienne, qui furent déterminantes puisqu’au sortir de la Guerre avait émergé un puissant Parti communiste. L’enjeu était de battre la coalition formée par le PCI, le « Front démocratique et populaire ». La Démocratie chrétienne, puissamment soutenue par le président américain Harry Truman, remporta largement ces élections.

En France, comme le montre Frédéric Charpier dans « La CIA en France » (2007), Léon Blum obtint de l’OPC en 1948 de quoi sauver le journal socialiste « Le Populaire ». Le financement régulier du syndicat Force ouvrière par le syndicat américain AFL provenait d’abord des fonds prélevés sur le Plan Marshall via l’OPC, puis furent directement alloués par la CIA.

Il est difficile de mesurer l’impact de l’opération Mockingbird en France, dans une  période où les moyens et la vitesse de propagation de l’information étaient réduits. Mais dans ces années où l’Amérique s’inquiète d’une dérive à gauche de la France, il est clair que la CIA finançait régulièrement les courants anticommunistes non-gaullistes, proches de la SFIO, ainsi que les mouvements pro-européens qui commençaient à s’organiser autour de l’idée d’« Etats-Unis socialistes d’Europe ». C’est ainsi qu’on retrouve Allen W. Dulles, directeur de l’opération Mockingbird, au sein de l’équipe dirigeante du « Comité américain pour l’Europe unie » (CAEU) chargé de piloter le « Mouvement européen » dans lequel on trouvait, lors d’un congrès réuni à La Haye en mai 1948, sous les auspices de Winston Churchill, ancien Premier ministre britannique, Jean Monnet, Konrad Adenauer, Léon Blum et François Mitterrand.

En 1954, l’OPC finança le film d‘animation britannique basé sur le roman de George Orwell « La ferme des animaux », présentant un portrait allégorique du communisme.

Mais en général, les fonds étaient plutôt alloués à la corruption de journalistes ou de rédactions de presse dans des affaires directement reliées aux intérêts américains. Par exemple, pour soutenir les coups d’états en Iran (opération Ajax) et au Guatemala (opération PB Success). Selon l’agent Thomas Braden, les opérations étaient financées à fonds perdus, la corruption se comptait souvent en dizaines de milliers de dollars.

En dépit de l’efficacité du réseau, le sénateur Mc Carthy accusa l’OPC d’être un « nid de communistes », du fait de l’implication passée de certains agents dans les cercles libéraux. Il profita de la rivalité entre le FBI et la CIA pour lancer des enquêtes internes. Puis Eisenhower s’est plaint de la mauvaise coordination entre la CIA et la politique étrangère américaine. En 1956, nommé à sa demande pour rédiger un rapport sur la CIA, David K.-E. Bruce, diplomate, ancien ambassadeur en France puis en Allemagne de l’Ouest, contesta la légitimité de Mockingbird. Il déclara également que les actions de la CIA étaient susceptibles d’attiser les tensions avec les pays alliés. C’est ce même Bruce qui avait mis au point avec René Pleven (président du Conseil) une opération de déstabilisation du PCF, le « plan Cloven », en 1952.

En 1962, l’opération Mockingbird fut reprise par Charles Tracy Barnes, l’un des auteurs du coup d’Etat au Guatemala et de l’opération de la Baie des Cochons. C’est le magazine Ramparts, périodique « catholique d’extrême gauche », mais faux-nez de la CIA, qui dévoila le premier l’existence de Mockingbird en 1966. Une opération fut alors montée pour discréditer le magazine qui avait « échappé » à l’orbite de la CIA. Il devint par la suite un fer de lance de la mobilisation contre la guerre du Vietnam. En 1963, le service avait tenté de s’opposer à la publication d’un autre ouvrage, celui de David Wyse et Thomas Ross, « The Invisible Government ». En vain, il aurait tenté d’acheter l’ensemble des exemplaires imprimés.

La nature exacte de la mission Mockingbird fut dévoilée lors de l’enquête sénatoriale conduite par Franck Church en 1975 suite à l’affaire du Watergate :

« La CIA dirige actuellement un réseau de plusieurs centaines d’individus étrangers à travers le monde qui fournissent des renseignements à la CIA et parfois tentent d’influencer l’opinion grâce à l’utilisation de la propagande secrète. Ces personnes fournissent à la CIA un accès direct à un grand nombre de journaux et de périodiques, des dizaines de services de presse et agences de presse, des stations de radio et de télévision, éditeurs de livres commerciaux et d’autres médias étrangers. »

L’opération de désinformation représentait alors un coût annuel de 265 millions de dollars (l’équivalent de 1,2 Md$ actuels).

L’enquête sénatoriale a établi qu’au Chili la CIA avait financé les partis politiques hostiles à Salvador Allende ainsi que les médias. Par exemple, le journal El Mercurio reçut 1,5M$.

G.-W. Bush, directeur de la CIA pendant la période de la Détente, mit fin officiellement à l’opération Mockingbird en mai 1976, déclarant que les Etats-Unis ne financeraient plus de médias nationaux ni étrangers, mais que la CIA accepterait avec plaisir la coopération de « journalistes bénévoles ».

Bibliographie

Final Report of the Select Committee to Study Government Operations With Respect to Intelligence Activities. April 1976. Lien vers les documents du “Church Committee”.

Deborah Davis, Katharine the Great: Katharine Graham and her Washington Post Empire, 1979.

Alex Constantine, Mockingbird: The Subversion of the Free Press by the CIA (2000).

E. Howard Hunt, American Spy: My Secret History in the CIA, Watergate and Beyond, 2007.

Frédéric Charpier, « La CIA en France » (2007).

Operation Mockingbird

Operación Sinsonte

Vidéo  : Operation Mockingbird, CIA Media Control Program

 Source : Mediapart.

Les récentes révélations publiées par le New York Times et portant sur la création par un fonctionnaire américain du Pentagone d’un réseau de renseignements privé pour faire la chasse aux islamistes en Afghanistan « soulignent les problèmes qui existent entre le renseignement et les militaires », estime le chroniqueur David Ignatius dans le Washington Post. « Pour comprendre cette affaire, il faut revenir au point de départ, c’est-à-dire la permanente insatisfaction de l’état-major américain concernant la qualité du travail de la CIA en Afghanistan. En janvier, un haut gradé stationné à Kaboul avait déjà fait part de cette frustration, en publiant un rapport selon lequel ‘la guerre en Afghanistan [avait] débuté il y a huit ans, mais la communauté du renseignement américain [n’était] que très partiellement pertinente dans la conduite de la stratégie générale' », explique le journaliste.

Source : Courrier international.com, 17 mars 2010.