Articles Tagués ‘Benjamin Netanyahu’

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été contredit par ses propres services secrets en 2012 lorsqu’il a déclaré que l’Iran était à environ un an de se doter de l’arme atomique, selon des documents secrets publiés lundi par le Guardian et Al-Jazeera.

Ces câbles révélés par le quotidien britannique et la chaîne qatarie proviennent d’échanges entre les services secrets sud-africains et leurs homologues étrangers comme le Mossad israélien, la CIA américaine ou le MI6 britannique. Ils couvrent une période s’étalant sur presque dix ans, entre 2006 et décembre 2014.

Un de ces échanges remet en cause l’intervention de M. Netanyahu à la tribune des Nations Unies en 2012. Le Premier ministre israélien y avait brandi un carton en papier illustré d’une bombe sur le point de détonner pour s’alarmer de l’état d’avancement du programme nucléaire iranien.

Disant se baser sur les informations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), M. Netanyahu avait assuré qu’à partir de l’été 2013 « au plus tard », l’Iran n’aurait plus besoin que « de quelques mois voire de quelques semaines pour obtenir suffisamment d’uranium enrichi en vue de sa première bombe ».

Quelques semaines plus tard, le Mossad a conclu dans un rapport reçu par les services sud-africains le 22 octobre 2012 que l’Iran n’avait « pas l’activité nécessaire » pour la produire.
L’Iran « ne semble pas être prêt pour enrichir l’uranium à un niveau suffisant pour produire des bombes nucléaires », a insisté le rapport.
Selon le Guardian, cet épisode illustre un « fossé » entre la rhétorique des hommes politiques israéliens et l’analyse des services de renseignements de ce pays.

Un haut responsable israélien, interrogé par le Guardian, a estimé, lui, qu’il n’y avait aucune contradiction entre les deux positions. Le Premier ministre et le Mossad « ont tous les deux dit que l’Iran enrichissait de l’uranium dans le but de produire la bombe », a-t-il souligné.

La publication de ces câbles secrets intervient alors que M. Netanyahu doit tenir un discours, essentiellement consacré à l’Iran, le 3 mars au Congrès américain, une intervention qui fait des vagues tant aux Etats-Unis qu’en Israël.
Le Premier ministre, en campagne pour les législatives du 17 mars, craint que les Etats-Unis et leurs partenaires du P5+1 ne signent un accord trop favorable à l’Iran.
Dimanche, il a encore déploré le fait que le « terrorisme meurtrier » de Téhéran n’ait « pas empêché la communauté internationale de continuer à négocier un accord nucléaire avec l’Iran qui va lui permettre de construire la capacité industrielle pour développer des armes nucléaires ».

Le Guardian révèle également que le MI6 britannique, et d’autres « services alliés », ont fait pression pour bloquer la vente d’équipement, entre fin 2007 et début 2009, d’une entreprise sud-africaine à une compagnie iranienne suspectée d’être impliqué dans le programme de missiles balistiques iranien.
L’entreprise sud-africaine, Electric Resistance Furnaces (ERFCO), a fermé ses portes depuis que le contrat estimé entre 500 000 et 1 million de dollars a capoté.
Selon les services britanniques, la vente aurait permis d’augmenter de manière significative la capacité de l’Iran à produire des missiles balistiques, « dont certains pouvant porter des têtes nucléaires ».

Source : L’Orient-Le Jour.

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Après l’asssassinat d’un cadre du Hamas à Dubaï, les médias critiquent la centrale d’espionnage, véritable « armée privée », qui ne rend de comptes qu’au premier ministre.

Le Mossad : une « armée privée » au service de Benyamin Nétanyahou. Un commentateur a dressé ce constat pour le moins abrupt à l’occasion de la tempête médiatique déclenchée par l’assassinat, le mois dernier, d’un responsable islamiste palestinien du Hamas à Dubaï. Cette opération n’a pas été revendiquée par les services secrets israéliens, ce qui n’empêche pas des médias de s’interroger sur l’absence de contrôle sur le Mossad.

Ce service est en effet le seul à dépendre exclusivement du chef du gouvernement. Le chef du Mossad n’a ne de compte à rendre qu’au premier ministre. Ni le Parlement, ni les autres ministres, ni le Conseil de sécurité nationale n’ont leur mot à dire. Le chef du gouvernement n’est pas obligé de rendre compte à son cabinet ou à la Knesset lorsqu’il donne son feu vert à une opération, notamment pour les « traitements négatifs », terme en usage pour les éliminations. « Le premier ministre peut, mais ce n’est pas une obligation, informer le ministre de la Défense », confirme Binyamin Ben Eliezer, lui-même ancien ministre de la Défense.

L’exemple du Shin Beth

Le premier ministre choisit également le chef du Mossad et peut éventuellement prolonger son mandat, comme cela a été le cas à deux reprises pour Meïr Dagan. Le danger, c’est, qu’en cas de « problèmes », les dégâts sont loin d’être limités au Mossad. Lorsque des agents israéliens se sont fait arrêter en Jordanie en 1996, après avoir tenté d’empoisonner en pleine rue Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas, c’est tout l’accord de paix signé deux ans plus tôt entre Israël et le royaume hachémite qui a failli être remis en cause. Bref, le pays paie les conséquences des actes d’un organisme qui agit sans avoir à rendre des comptes.

Pour remédier à cette situation, des commentateurs estiment que les règlements qui régissent le Shin Beth, le service de sécurité intérieure, devaient être appliqués au Mossad. La nomination et l’éventuel limogeage du chef du Shin Beth sont soumis au cabinet sur recommandation du premier ministre. Le chef de ce service, chargé de la lutte antiterroriste en Israël et dans les territoires palestiniens ainsi que du contre-espionnage, doit aussi présenter son bilan périodiquement à une sous-commission spéciale du Parlement, dont les délibérations sont secrètes. Pour le moment, le Mossad s’est refusé à se soumettre à un tel traitement en invoquant des risques de « fuites » pour ses agents et ses taupes. Jusqu’ici, cet argument l’a emporté.

Source : Marc Henry, Le Figaro, 2 mars 2010.

Le chef de la police de Dubaï a exhorté le patron du Mossad israélien, Méir Dagan, à reconnaître la responsabilité de son service dans le meurtre en janvier à Dubaï d’un cadre du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, dans des déclarations publiées aujourd’hui par la presse.

« Méir Dagan, le chef (du Mossad), se doit d’admettre son crime (…) ou d’apporter un démenti catégorique à l’implication de son service. Mais son attitude actuelle témoigne de sa peur. Qu’il s’assume, en homme », a déclaré le général Dhahi Khalfan dans le quotidien Emarat Al-Youm, organe du gouvernement local de Dubaï.

M. Khalfan —dont la police a mis en cause le Mossad pour le meurtre de Mahmoud Al-Mabhouh, retrouvé mort le 20 janvier dans un hôtel de l’émirat— a annoncé vendredi posséder « une preuve irréfutable de l’ADN d’un des assassins », outre les « empreintes digitales » de plusieurs autres suspects.

La police de Dubaï a publié une liste de 26 suspects porteurs selon elle de vrais-faux passeports (12 britanniques, six irlandais, quatre français, trois australiens et un allemand), avec leurs photographies, indiquant que les passeports sont authentiques et les suspects en ont fait une utilisation frauduleuse par usurpation d’identité.

« Ce qui est sûr jusqu’à présent, c’est que la plupart des meurtriers dont les noms ont été annoncés (…) se trouvent en Israël », a souligné le général Khalfan dans Al-Khaleej, un autre quotidien des Emirats.

« Dagan et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu seront tous les deux en tête des personnes recherchées (par mandat) international dès lors qu’il sera prouvé que le Mossad est l’auteur du meurtre et que Dagan (…) admettra franchement être responsable de la planification et de l’exécution du crime », ajoute-t-il.

Les responsables israéliens affirment que rien ne prouve l’implication de leur service secret dans l’assassinat de Mabhouh même si les médias de l’Etat hébreu laissent clairement entendre qu’il est bien responsable de ce crime.

Le chef de la police de Dubaï s’est félicité de « la bonne coopération » entre ses services et les cinq pays occidentaux dont les passeports ont été utilisés par le commando, au lendemain de son annonce d’un projet de création d’une unité internationale pour la traque des 26 suspects.

« Il importe de former cette unité d’action pour que les meurtriers et ceux qui se tiennent derrière eux rendent compte » de leur action, a-t-il répété dans Al-Khaleej, soulignant sa détermination à « traquer les assassins où ils se trouvent partout dans le monde ».

Il a en outre estimé que la police de Dubaï devrait se doter désormais d’ »une section spécialisée dans la lutte contre le Mossad ».

Source : AFP, 27 février 2010.

L’opération d’élimination a d’abord été présentée comme une nouvelle réussite du Mossad : ses agents sont entrés secrètement dans un pays arabe pour y liquider un terroriste notoire et en repartir tranquillement. Mais c’est alors que la police de Dubaï a produit le thriller le plus couru du moment : un long-métrage assorti d’un véritable dossier de presse comportant les photos de ses acteurs prétendument anonymes. Il est alors apparu que le Mossad est aujourd’hui devenu une organisation dépassée et d’un amateurisme effrayant.

Les planificateurs de l’opération n’ont pas tenu compte du fait que les technologies ont évolué. Jadis, il suffisait de falsifier un passeport, de se coller une fausse barbe et de se déguiser en joueur de tennis avec une casquette de baseball. C’est ce qu’on lisait dans les romans d’espionnage. Mais le monde d’aujourd’hui est un monde informatisé, numérisé, connecté et filmé en continu. Franchement, la police de Dubaï pouvait-elle échouer dans son enquête ? L’équipe de tueurs a laissé tant d’indices que même un aveugle les aurait retrouvés. Exemple : les membres de l’équipe d’agresseurs n’ont cessé de communiquer entre eux avec des téléphones cellulaires pendant l’opération. Or tout le monde sait que ces appareils sont également de redoutables instruments de détection, qui permettent de localiser à la seconde près leurs utilisateurs et d’en enregistrer les conversations.

Comble du comble, les tueurs ont tous quitté l’hôtel au même moment, immédiatement après l’assassinat qu’ils venaient de commettre, au risque de se faire repérer et arrêter à l’aéroport. Enfin, si jamais quelqu’un aurait encore pu croire que l’opération avait été menée par un autre service d’espionnage que le Mossad, les membres du commando ont pris soin d’usurper l’identité de sept Israéliens encore en vie – qui n’en sont toujours pas revenus. La police de Dubaï n’a vraiment aucun mérite : elle s’est vu livrer sur un plateau la clé du mystère par une organisation d’amateurs.

Paul Keeley vit à Nahsholim depuis maintenant quinze ans, mais dispose toujours d’un passeport britannique tout en étant citoyen israélien. “Depuis que j’ai découvert qu’on a utilisé mon identité, je suis comme un zombie. Je vis un véritable cauchemar et j’ai peur pour ma vie.” Un sentiment partagé par les six autres infortunés dont l’identité a également été volée.

Nous venons d’assister à une gigantesque fraude, à une violation de la vie privée et à une sérieuse entorse au droit de tout citoyen à la sécurité et à la liberté de mouvement. Ces sept Israéliens pourront-ils à l’avenir voyager sans risques à l’étranger ? La violation de leur vie privée n’est-elle pas un prix trop lourd à payer ? Il ne nous reste plus qu’à espérer que le Mossad ne considère pas que tous les citoyens de ce pays se sont enrôlés dans ses rangs. En effet, tout cela rappelle la prophétie apocalyptique de feu Yeshayahou Leibowitz, qui prédisait que la perpétuation de l’occupation et de la guerre finirait par transformer tous les Israéliens en membres du Shabak. Aujourd’hui, nous sommes en tout cas devenus des membres du Mossad.

La plus grave question est de savoir si le Premier ministre israélien, qui est politiquement responsable du Mossad, a soupesé les profits et les pertes d’une opération à laquelle il a donné son accord. Pour l’instant, les pertes sont énormes. Mahmoud Al-Mabhouh sera vite remplacé par un autre dirigeant du Hamas, peut-être plus cruel. Ce sont au moins onze agents du Mossad qui ne peuvent plus opérer à l’étranger. Les méthodes du Mossad sont désormais connues. Dubaï, un Etat arabe modéré, reconsidérera sans doute l’opportunité de continuer à entretenir des relations avec Israël. Enfin, le statut d’Israël auprès des chancelleries et de l’opinion européenne est encore plus démonétisé. La fiction d’une réussite s’est transformée, dans la réalité, en échec retentissant. Et le Mossad est devenu une organisation d’amateurs vivant dans un passé révolu.

Source : Nehemia Strassler, Ha’Aretz (Tel-Aviv), 23 février 2010.

Avidgor Liberman, ministre des Affaires étrangères israléien, lors d’une viste au Conseil de l’Union européenne

La tension diplomatique monte autour de l’assassinat d’un cadre du Hamas à Dubaï, qui aurait été commandité par le Mossad. En visite à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères de l’Etat hébreu a nié en bloc toute implication d’Israël.

Pas vu, pas pris. C’est en substance le message qu’Avidgor Lieberman a tenté de faire passer lundi après-midi, à Bruxelles. Le ministre des Affaires étrangères israélien, qui rencontrait ses homologues européens, devait s’expliquer sur le rôle du Mossad, le service de renseignement de l’Etat hébreu, dans l’assassinat, le mois dernier, de Mahmoud al-Mabhouh, l’un des fondateurs de la branche armée du Hamas. Sa réponse a été claire : « Rien ne prouve qu’Israël est impliqué dans cette affaire », a réaffirmé le chef de la diplomatie israélienne dans un communiqué. « Si quelqu’un avait présenté de telles informations en dehors des articles de presse, nous aurions réagi, mais comme il n’y a pas de faits concrets, il n’y a aucun besoin de réagir ».

Ce rendez-vous bruxellois était particulièrement attendu au lendemain de nouvelles révélations. Dimanche, la police de Dubaï a indiqué que les passeports européens utilisés par le commando responsable de l’assassinat étaient des documents diplomatiques. La Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Allemagne sont concernées. Le ministère émirati des Affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs des pays de l’UE pour leur signifier sa « profonde inquiétude concernant le mauvais usage des privilèges » accordés à « certains pays amis », dont les ressortissants n’ont pas besoin de visa pour entrer aux Emirats. De leurs côtés Londres, Dublin, Paris et Berlin ont demandé des explications aux ambassadeurs d’Israël dans ces capitales.

Netanyahou pourrait être impliqué

Lundi, à Bruxelles, à quelques heures de la rencontre avec Avidgor Lieberman, les diplomates européens avaient fait part de leur profonde inquiétude. « Nous sommes extrêmement préoccupés que des passeports européens, qui sont des documents légaux rigoureux, aient pu être utilisés à des fins différentes de leur usage » normal, a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE. Carl Bildt, chef de la diplomatie suédoise, a déclaré que « le détournement de passeports européens ne peut être toléré ». Quant au secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, il a jugé « inadmissible et pas très amical » l’utilisation de passeports européens pour couvrir un tel assassinat.

De son côté, Israël ne lâche rien sur cette affaire. Si la presse israélienne a laissé entendre que le Mossad était bien responsable de l’élimination de Mabhouh, le gouvernement se borne à expliquer qu’aucune preuve irréfutable n’a été pour le moment présentée. Samedi, le vice-ministre israélien des Affaires étrangères Dany Ayalon a affirmé qu’« Israël ne s’attend pas à une crise avec les pays européens car Israël n’a aucun lien avec ce qui s’est passé ». Si l’Etat hébreu tente ce qui ressemble à un véritable coup de bluff, c’est que le premier ministre lui-même pourrait être impliqué dans l’affaire. Selon l’hebdomadaire The Sunday Times, qui reprend des sources internes au Mossad, Benjamin Netanyahou a rencontré les membres d’un commando au quartier-général du Mossad à Tel Aviv, avant qu’ils ne se rendent à Dubaï. « Le peuple d’Israël compte sur vous », aurait même déclaré le chef du gouvernement.

Pendant que le gouvernement israélien fait le dos rond, les membres présumés du commando, eux, semblent déjà prendre leurs dispositions. Lundi le quotidien israélien Yediot Aharonot rapporte qu’un homme soupçonné d’avoir participé à l’assassinat sous l’identité de Michael Bedenheimer a mystérieusement disparu en Israël. Son nom, qui figurait encore la semaine dernière sur la plaque d’entrée d’un immeuble de bureaux à Tel-Aviv, n’apparaissait plus dimanche et il s’avère que la société qui avait loué le bureau dans cet immeuble discret est fictive.

Source, Jim Jarrassé, Le Figaro, 22 février 2010.

L’assassinat à Dubaï d’un chef militaire du Hamas s’inscrit dans une longue liste d’éliminations d’adversaires d’Israël.Les agents secrets du Mossad ne revendiquent jamais leurs opérations, mais l’État hébreu se tient en alerte par crainte de représailles.

La guerre de l’ombre a ses règles. Des bombes explosent, des bateaux coulent et des hommes meurent de façon mystérieuse. Mais les coups portés dans la lutte secrète que se livrent Israël, l’Iran et les organisations clandestines du Hamas et du Hezbollah ne sont jamais revendiqués. Comme dans les meilleurs romans de John Le Carré, seule une poignée de joueurs enregistre les succès et les échecs, et prépare les ripostes. Les observateurs sont laissés à leurs spéculations. La mort de Mahmoud al-Mabhouh, cadre du Hamas retrouvé mort vendredi dernier dans une chambre d’hôtel de Dubaï, est celle de l’un de ces joueurs. Elle aurait pu rester ignorée si le Hamas n’avait publiquement accusé Israël de l’avoir liquidé.

Le Mossad n’a, bien sûr, ni revendiqué ni démenti cette action. Tout comme personne n’avait non plus revendiqué l’assassinat du général syrien Mohammed Suleiman. Ce proche collaborateur de Bachar el-Assad avait été tué en août dernier de plusieurs balles dans sa villa de Rimal al-Zahabiyeh, une luxueuse station balnéaire située au nord de Tartous. Cet alaouite, membre de la même minorité religieuse que la famille Assad, avait été chargé de plusieurs dossiers sensibles, dont celui des programmes secrets de recherche en armement du régime syrien. Il aurait aussi été le responsable de l’approvisionnement en armes du Hezbollah libanais. Pas plus que n’avait été revendiqué l’assassinat d’Imad Moughniyeh, chef de la branche armée du même Hezbollah et maître de l’attentat à la voiture piégée et de la prise d’otages, tué dans la mystérieuse explosion d’un véhicule au centre de Damas en février 2008. Ni celui de deux membres du Hamas, morts dans l’explosion d’une voiture piégée devant le bureau du représentant de l’organisation Oussama Hamdane le 27 décembre 2009 dans la banlieue sud de Beyrouth. Ni celle de l’expert nucléaire iranien Massoud Ali Mohammed, tué dans l’explosion d’une moto à Téhéran le mois dernier.

Reste que ces éléments épars et sans liens apparents entre eux dessinent un tableau plein de zones d’ombre mais où apparaît en clair-obscur un combat clandestin et sans merci. Chaque épisode, aussi incomplet et incohérent soit-il, est un élément de la nouvelle guerre froide qui se déroule au Moyen-Orient.

Organisation militaire redoutable

L’existence de Mahmoud al-Mabhouh, ou du moins ce que l’on en connaissait, ressemble à celle de dizaines de militants du Hamas. Assassins et terroristes pour les Israéliens, résistants et héros pour les Palestiniens, leur vie est celle d’hommes traqués, n’ayant rien à perdre. Morts en sursis, dévoués comme les anciens bolcheviques au triomphe de leur cause, ils sont peu soucieux des règles de la morale ordinaire. Mabhouh était né en 1960 dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza. Ces camps, habités par les descendants des Palestiniens chassés de leurs villages à la création d’Israël, sont le lieu où se recrutent les activistes palestiniens les plus déterminés. Mabhouh était l’un d’entre eux. Pendant la première intifada, il est l’un des créateurs de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, qui dotent la branche palestinienne des Frères musulmans d’une organisation militaire redoutable, secrète et cloisonnée. Aussi connu sous son nom de guerre, Abou Abdullah, il organise l’enlèvement de deux soldats israéliens et participe à la préparation de plusieurs attentats. Emprisonné, sa maison rasée en représailles par Israël, il parvient à fuir Gaza vers l’Égypte, puis la Syrie. Exilé, ce combattant devient un logisticien, chargé d’organiser les réseaux complexes qui, depuis l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, puis via la mer Rouge, le Soudan et l’Égypte, fournissent ses armes au Hamas.

C’est une activité dangereuse. Israël considère le Hamas à Gaza comme un valet de l’Iran, chargé de maintenir un front ouvert dans le sud du pays, et cherche par tous les moyens à couper ses routes clandestines.

L’année dernière, en pleine opération « Plomb durci » contre Gaza, plusieurs cargos chargés d’armes sont coulés dans un port soudanais par des commandos, probablement israéliens. Un convoi de camions aurait aussi été attaqué en plein désert soudanais dans un raid audacieux de l’aviation israélienne, lancé à plus de 1 000 kilomètres de ses bases. D’autres navires ont depuis été arraisonnés en Méditerranée. Le dernier, le porte-contneur Francop, intercepté au large de Chypre en novembre 2009, transportait plus de 300 tonnes d’armes. Mais ces interceptions n’interrompent pas totalement le trafic. Le Hamas continue à reconstituer ses arsenaux et aurait réussi à se doter de roquettes à longue portée capables d’atteindre Tel-Aviv, ainsi que de missiles antiaériens.

Pas de traces d’effraction ni de violence

Lorsque Mabhouh atterrit à Dubaï le 19 janvier dernier, il a rendez-vous avec un contact iranien pour organiser l’une de ces livraisons. C’est un homme prudent, qui voyage sous une fausse identité et garde profil bas. Il descend dans un hôtel proche de l’aéroport, le al-Bustan Rotana, et prend soin de barricader sa porte avec une chaise. Mais il ne rencontrera jamais son rendez-vous. Son corps est retrouvé le lendemain dans sa chambre par des employés de l’hôtel. Aucune trace n’indique une mort violente, et les médecins concluent d’abord à une crise cardiaque.

L’affaire éclate neuf jours plus tard, quand le Hamas accuse publiquement le Mossad de l’avoir assassiné. Selon les médias arabes, il aurait été paralysé à l’aide d’un pistolet électrique et étouffé sous un oreiller, ou bien électrocuté. Selon le Times de Londres, les assassins lui auraient plutôt injecté une substance provoquant un arrêt cardiaque. Les tueurs auraient ensuite tranquillement quitté l’hôtel et embarqué à l’aéroport de Dubaï pour une destination inconnue, en présentant des passeports européens.

« Il a ouvert la porte de sa chambre volontairement, apparemment à l’un des assassins », a dit à la télévision al-Arabiya le colonel Dahi Khalfan, le chef de l’enquête à Dubaï. Une mystérieuse « femme étrangère » est aussi évoquée. « Nous ne savons pas quel était son rôle, mais nous suspectons que c’est elle qui a réussi à convaincre Mabhouh d’ouvrir la porte de sa chambre », disent aussi les enquêteurs.

« Nous vengerons la mort de ce grand homme », a déclaré vendredi dernier Khaled Mechaal, le chef en exil du mouvement islamiste palestinien après les funérailles de Mabhouh dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, dans la banlieue de Damas. « Vous vous faites des illusions si vous croyez que nous abandonnerons la résistance, qui ne sera nullement affectée par l’occupation, la colonisation de nos terres, le blocus alimentaire, les assassinats ou même le mur de séparation », a-t-il dit, s’adressant aux Israéliens. « Il est vrai que cet assassinat nous a affligés, mais c’est la guerre entre nous : vous nous tuez et nous vous rendons la pareille, vous menez contre nous une guerre injuste et nous ripostons par une résistance légitime, telle est la loi de la guerre entre nous. (…) Les Brigades Ezzedine al-Qassam riposteront à ce crime sioniste au moment et dans le lieu opportuns », a menacé Mechaal.

L’affaire Mechaal, fiasco de Nétanyahou

Le chef du Hamas connaît mieux que quiconque les méthodes du Mossad. Le scénario de l’opération contre Mabhouh rappelle celui de la tentative d’assassinat menée contre lui, en 1997. La seule différence est son résultat. Mechaal est bien vivant, et son assassinat raté reste l’un des plus cuisants échecs du Mossad.

À l’époque, plusieurs agents israéliens, entrés en Jordanie avec de faux passeports canadiens, parviennent, au beau milieu d’une rue d’Amman, à injecter dans l’oreille de Khaled Mechaal un mystérieux poison. Mais l’opération capote à cause de l’intervention des gardes du corps de Mechaal, qui parviennent à appréhender deux membres du commando. L’affaire déclenche une grave crise diplomatique entre la Jordanie et Israël, suscite la fureur des autorités canadiennes et oblige Benyamin Nétanyahou, premier ministre de l’époque, à une humiliante reculade. Les Israéliens sont obligés de fournir l’antidote au poison, qui sauve Mechaal, et de libérer plusieurs prisonniers du Hamas, dont le cheikh Yassine, le fondateur historique du mouvement. Le chef du Mossad de l’époque, Danny Yatom, est contraint à la démission. Mechaal devient le principal dirigeant du Hamas.

Si l’opération qui a coûté la vie à Mahmoud al-Mabhouh a bien été l’œuvre du Mossad, l’agence israélienne a cette fois-ci fait preuve d’une bien meilleure planification. Tout en refusant de reconnaître la responsabilité de la mort de Mabhouh, Israël a décrété un état d’alerte dans l’armée, les ambassades et les représentations israéliennes à l’étranger, invoquant le danger de représailles du Hamas. Ou du Hezbollah, à l’approche de l’anniversaire de la mort d’Imad Moughniyeh, que le mouvement libanais a juré de venger.

Source : Adrien Jaulmes, Le Figaro, 5 février 2010.

Un haut responsable britannique a déclaré au Daily Telegraph que la coopération entre le MI-5 et le Mossad pourrait bien être remise en cause, s’il s’avérait que des agents israéliens ont usurpé l’identité de ressortissants britanniques pour « liquider » Mahmoud al-Mabhouh à Dubaï.

Source : Kol Israël, 18 février 2010.

Le chef de la police de Dubaï a indiqué, dimanche 21 février, que des passeports « diplomatiques » avaient été utilisés par le commando qui a tué un cadre du Hamas à Dubaï, le 20 janvier, alors que la pression augmente sur Israël dont les services secrets sont mis en cause.

« Il y a des informations que la police de Dubaï ne veut pas rendre publiques pour le moment, notamment en ce qui concerne des passeports diplomatiques utilisés par des membres du commando », a déclaré le chef de la police de Dubaï, Dhahi Khalfan, dans le quotidien Al-Bayane, organe du gouvernement local.

La police de Dubaï a annoncé que les membres du commando qui ont tué le Palestinien Mahmoud Al-Mabhouh détenaient des passeports britanniques, irlandais, français ou allemand. M. Khalfan s’était dit « certain à 99 %, sinon à 100 % que le Mossad est derrière l’assassinat ». Dans l’enquête, « la coopération avec la Grande-Bretagne, la France, l’Irlande et l’Allemagne va bon train », a dit M. Khalfan dans Emarat Al-Youm, un autre quotidien de Dubaï.

LE FEU VERT DE NÉTANYAHOU

M. Khalfan a en outre conseillé au Hamas de mener « une enquête interne pour dévoiler la personne à l’origine des fuites sur les déplacements précis de Mabhouh au commando qui l’a assassiné ». « Les informations sur la date d’arrivée de Mabhouh à Dubaï avaient été transmises au commando par un individu dans l’entourage le plus proche de Mabhouh », a-t-il ajouté dans Al-Ittihad. Le Hamas a d’ores et déjà exclu toute infiltration des renseignements israéliens. « Le fait que Mahmoud Al-Mabhouh ait été suivi par des agents du Mossad ne signifie pas que le mouvement est infiltré » par le Mossad, peut-on lire dans un communiqué du groupe palestinien à Damas.

Samedi, le vice-ministre des affaires étrangères israélien, Dany Ayalon, a réaffirmé qu’ »Israël n’a aucun lien avec ce qui s’est passé », mais la presse israélienne continue d’insinuer que le Mossad est bien responsable de l’élimination de Mabhouh.

Dimanche, le ministre de l’industrie Binyamin Ben Eliezer a indiqué que les opérations du service de renseignement dépendaient du premier ministre, Benjamin Nétanyahou. Citant des sources non identifiées présentées comme proches du Mossad, le journal britannique Sunday Times affirme que M. Nétanyahou a personnellement donné son feu vert à l’opération et rencontré les membres du commando, au quartier-général du Mossad à Tel-Aviv, avant qu’ils ne se rendent à Dubaï pour tuer Mabhouh.

Source : Le Monde, 21 février 2010.

Le service secret israélien pourrait être impliqué dans la mort d’un cadre du mouvement palestinien, tué en janvier à Dubaï. La police de l’émirat suit l’affaire de près.

L’assassinat en janvier de Mahmoud al-Mabhouh, cadre du mouvement palestinien Hamas, suscite toujours autant d’interrogations. Deux suspects palestiniens sont interrogés ce mardi à Dubaï, alors que le journal israélien Haaretz suggère que l’élimination pourrait être l’œuvre du Mossad, le service secret israélien.

Al-Mabhouh, 50 ans, avait été le responsable de l’enlèvement au début de la première Intifada palestinienne (1987-1993) de deux soldats israéliens qui ont ensuite été tués, ainsi que de la planification de plusieurs attentats anti-israéliens, selon le Hamas. Il s’était récemment vanté dans une vidéo diffusée par la télévision Al-Jazira d’avoir exécuté des soldats israéliens.

Commando de 11 personnes

Mahmoud al-Mabhouh a été tué le 20 janvier dernier à Dubaï par un commando, dont la rapidité et le professionnalisme ont été soulignés par le chef de la police de l’émirat, le général Dhafi Khalfan. Selon lui, onze personnes portant des passeports européens, dont une femme, sont impliquées dans l’assassinat.

L’équipe était composée d’une personne avec un passeport français, d’une autre avec un passeport allemand, de trois munis de passeports irlandais, dont la femme, et de six détenteurs de passeports britanniques. L’opération n’a pris que 24 heures.

Le général Khalfan a montré à la presse les enregistrements des caméras de surveillance, installées partout à Dubaï, montrant les arrivées et départs du membre du commando ainsi que des séquences sur leur présence dans l’hôtel où a eu lieu l’assassinat.

Le cadre du Hamas a été filé après son arrivée à Dubaï et le commando a réservé une chambre face à la sienne dans son hôtel. « Il a été étouffé après avoir reçu peut-être une décharge électrique », a expliqué le général Khalfan.

Le responsable de la police émiratie n’a pas « exclu une implication du Mossad ou d’autres parties dans l’assassinat ». Cette thèse a les faveurs du Hamas alors qu’Israël observe officiellement le mutisme sur l’affaire. Mais, selon les médias en Israël, c’est avant tout le fait qu’il était un pourvoyeur d’armes important pour le Hamas qui en aurait fait une cible potentielle pour le Mossad.

« Une méthode du Mossad », titre ainsi le quotidien Haaretz, qui tout en évitant de se prononcer sur l’appartenance du commando à tel ou tel service secret relève que les « préparatifs minutieux rappellent les actions du Mossad dans le passé ».

Selon le Daily Telegraph, des sources gouvernementales britanniques ont même indiqué que les détenteurs de passeports irlandais étaient en fait des agents du Mossad. Les médias soulignent tous les difficultés nouvelles qu’affrontent des services secrets du fait de la présence de caméras de surveillance qui risquent de démasquer leurs membres.

De fait, la publication des photos des 11 membres du commando – même grimés – risque de compromettre leurs futures activités.

Le service secret israélien avait déjà mené des opérations spectaculaires d’assassinat de dirigeants palestiniens à l’étranger, dont le bras droit du dirigeant historique Yasser Arafat, Abou Jihad, en avril 1988 lors d’un débarquement à Tunis, et le chef de l’organisation radicale du Jihad islamique Fathi Chakaki en octobre 1995 à Malte.

Mais il s’agit là du premier assassinat d’un responsable palestinien aux Émirats arabes unis, qui n’entretiennent pas de relations avec Israël. Les noms figurant sur les passeports ont donc été transmis à Interpol pour obtenir des mandats d’arrêt.

Dhafi Khalfan avait aussi déclaré le 5 février au quotidien The National d’Abou Dhabi qu’il n’hésiterait pas à lancer un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’il s’avère que le Mossad était responsable de l’assassinat. Le Hamas est considéré par Israël et les pays occidentaux comme une « organisation terroriste ».

Source : Libération, 16 février 2010.