Archives de la catégorie ‘Terrorisme’

Syrte_Chaos

D’après David Pugliese, un reporter du Ottawa Citizen qui a eu accès à certains documents des services des services secrets militaires canadiens, ces derniers savaient que l’intervention de l’OTAN en Libye en mars 2011 profiterait aux militants islamistes alignés sur al-Qaïda et plongerait pour longtemps le pays dans le chaos.

A l’époque, l’amiral américain James Stavridis, chef militaire de l’OTAN, niait que l’opposition au dirigeant gauchiste Mouammar Kadhafi était menée par des théocrates islamistes de droite, et se plaisait à dire des forces d’opposition qu’il s’agissait « d’hommes et de femmes responsables. » …

En réalité, les services secrets canadiens savaient parfaitement à quoi s’en tenir au sujet de l’opposition libyenne.

David Pugliese écrit qu’ « un rapport des services secrets canadiens publié fin 2009 décrivait la place forte de l’Est libyen “d’où est partie la contestation contre Kadhafi” comme “l’épicentre de l’extrémisme islamique.” »

De même, les pilotes canadiens plaisantaient volontiers entre eux, disant qu’ils étaient la force aérienne d’al-Qaïda, étant donné que leurs bombardements « aidaient à paver la route des rebelles affiliés au groupe terroriste. »

Dans son article David Pugliese explique que quelques jours avant l’intervention de l’OTAN en Libye :

Des spécialistes canadiens du renseignement avaient envoyé un mémo à l’adresse de hauts responsables des services secrets : « Il y a de fortes probabilités pour que la situation en Libye dégénère en une longue guerre civile ou entre différentes tribus, » écrivaient-ils en mars 2011.  « Cela a toutes les chances de se produire si les forces d’opposition bénéficient de l’aide militaire d’autres pays. »

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a par la suite refusé d’admettre que l’intervention en Libye avait engendré le chaos qui a paralysé le pays, même si ses propres chefs militaires l’avaient averti que cela avait toutes les chances de se produire.

Tout cela constitue une tentative malhonnête de manipuler l’opinion publique au travers d’un mensonge éhonté, et est comparable aux appels du premier ministre Benjamin Netanyahou à soutenir une intervention militaire contre l’Iran en 2002, arguant que Téhéran n’était plus qu’à un an de la mise au point de la bombe nucléaire, alors que ses propres services de renseignement avaient conclu que l’Iran « ne poursuivait pas d’activités visant à produire des armes [nucléaires]»

Source : Mondialisation.ca.

Syrie: des dizaines de morts dans un attentat et des combats à Alep

Des dizaines de personnes ont été tuées mercredi dans un attentat mené par des rebelles syriens contre le QG des services du renseignement à Alep (nord) puis des combats avec l’armée du régime, a indiqué une ONG.

Une source militaire a confirmé l’attentat et indiqué que des combats étaient toujours en cours dans la partie d’Alep contrôlée par le régime.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les rebelles ont déclenché une puissante charge explosive souterraine contre un bâtiment abritant des bureaux du service de renseignement de l’armée de l’air.

« L’explosion et les combats ont fait des dizaines de morts dans les deux camps« , a indiqué l’OSDH, basé en Grande-Bretagne mais qui s’appuie sur un vaste réseau de sources en Syrie.

L’explosion était assez puissante pour être entendue dans toute la ville, a indiqué un journaliste de l’AFP dans l’est d’Alep. Des habitants ont évoqué une secousse semblable à celle d’un tremblement de terre.

« Des hommes armés ont fait exploser un tunnel qu’ils avaient creusé puis attaqué les environs du siège du renseignement de l’armée de l’air« , a indiqué la source militaire syrienne.

« Des heurts sont en cours et l’armée de l’air syrienne mène des frappes sur les positions des hommes armés dans cette zone« , a indiqué cette source.

La branche d’Al-Qaïda en Syrie, le Front al-Nosra, a indiqué sur son compte Twitter que ses combattants avaient participé, avec d’autres factions rebelles, à l’assaut « contre les bureaux du renseignement de l’armée de l’air et les bâtiments environnants« .

Les rebelles syriens, notamment à Alep ont de plus en plus fréquemment recours au déclenchement d’explosifs enfouis dans des tunnels creusés sous des zones contrôlées par le régime.

Une explosion similaire sous la vieille ville d’Alep avait tué au moins sept membres des forces gouvernementales en décembre 2014.

En mai 2014, des rebelles avaient également déclenché des explosifs enfouis sous l’hôtel Carlton, un établissement de renom désormais utilisé comme base par les forces gouvernementales.

Les combats ont débuté mi-2012 à Alep, qui était alors le poumon économique et la deuxième plus grande ville de Syrie. Elle est depuis divisée entre les zones contrôlées par les rebelles à l’est et celles du régime à l’ouest.

Source : AFP.

La première réunion des chefs de services de renseignement et de sécurité des pays de la région de l’Afrique de l’est a clôturé ses travaux dimanche dans la capitale djiboutienne.

Cette rencontre a réuni durant deux jours les chefs des services de renseignements et de sécurité des pays de la région de l’Afrique de l’Est, les pays membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de la communauté de l’Afrique de l’Est (EAC).

Organisée par la commission de l’Union Africaine, et placée sous le haut patronage du chef de l’Etat djiboutien, Ismail Omar Guelleh, cette ré union s’inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre du communiqué de la 455è me réunion du conseil de paix et sécurité (CPS) de l’Union Africaine qui s’est tenue au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement à Nairobi au Kenya, le 2 septembre 2014.

Cette réunion qui est la première de son genre avait pour objectif d’encourager la mise en place de processus flexibles orientés vers l’action, en vue du partage du renseignement et de la promotion de la coopé ration sécuritaire au niveau régional, en s’appuyant sur les succès et les enseignements tirés des expériences de l’Unité et de Fusion et de Liaison, du Processus de Nouakchott sur le renforcement de la coopération sé curitaire et l’opérationnalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) dans la région sahélo-saharienne et l’initiative de coopération régionale pour l’élimination de l’Armée de Résistance du Seigneur (RCI-LRA) .

Durant ces deux jours d’intenses travaux, les participants ont aussi examiné la situation en matière de sécurité dans la région, et ont analysé les menaces qui pèsent sur la région ainsi que les vulnérabilités qui rendent la région attrayante pour le terrorisme et la criminalité transnationale. A cet égard, les participants ont partagé leur analyse de la situation, leurs expériences nationales er les mécanismes mis en place pour lutter contre le terrorisme et les autres défis en matière de sé curité dans la région.

Lors de la clôture de ces travaux, le commissaire de la paix et de la sécurité de l’Union Africaine Ismael Chergui, a reconnu la nécessité de joindre les efforts de toutes les parties prenantes pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation des jeunes.

Par ailleurs, M Chergui, a mis l’accent sur la proximité géographique avec le Yémen, en proie à une montée en puissance de mouvances radicalistes et de la présence d’Al Qaida.

Selon lui, le « Processus de Djibouti », qui tout comme le Processus de Nouakchott, tend à renforcer la coopération en matière de sécurité des pays de cette partie de l’Afrique de l’Est.

Le ministre djiboutien de l’Intérieur, Hassan Omar, a de son coté dé claré que cette rencontre était l’occasion de faire le bilan des efforts entrepris au niveau des pays membres pour le renforcement de la coopé ration sécuritaire tout en mettant en lumière les besoins existants en termes de renforcement des capacités de nos services.

Il a par la suite rappelé les nombreuses menaces présentes dans cette partie de l’Afrique, à savoir le terrorisme, les activités criminelles, la criminalité transnationale. « Ces menaces que font peser les groupuscules terroristes et autres nébuleuses extrémistes sur nos pays respectifs né cessitent de notre part une vigilance accrue et une détermination sans faille », a-t-il dit.

 Source : Xinhua.

Selon lui, les ennemis communs sont bien organisés et disposent d’une redoutable capacité de nuisance. « Ils entretiennent entre eux des liens é troits et leurs activités criminelles couvrent une large palette d’activité s notamment le trafic des drogues, des êtres humains, le blanchiment d’argent ainsi que le trafic illicite des armes ».

Le ministre a ajouté qu’il était du devoir de tous de développer une coopération sécuritaire approfondie au niveau régional entre les diffé rents services de renseignement et de sécurité.

L’Ouganda a été choisi pour abriter la prochaine réunion des chefs de services de renseignement et de sécurité des pays de la région de l’Afrique de l’est.

 
Steven Vandeput, ministre de la Défense, ce vendredi 27 février. ©Belga.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput

Des djihadistes pourraient faire partie de groupes rebelles dans l’est de la République.

Des informations font état à Kinshasa de la présence possible de djihadistes parmi les combattants à l’est de la République démocratique du Congo, particulièrement dans la région de Beni, dans le nord de la province du Nord-Kivu, et la Belgique enverra dans ce contexte quatre instructeurs du renseignement militaire dans la capitale de la RDC, ont indiqué vendredi le ministre de la Défense, Steven Vandeput, et le chef de la diplomatie, Didier Reynders, à peine rentré de RDC.

Ces quatre instructeurs seront déployés durant deux périodes de trois semaines de la fin février à la fin mars 2015, afin de participer à la formation d’analystes, au profit du renseignement congolais, a expliqué Didier Reynders.

Renforcer l’échange d’informations

Il s’agit également d’une mission de collaboration avec les services congolais, l’objectif étant d’identifier la présence éventuelle de ces djihadistes – qui n’est pas confirmée – parmi des groupes situés dans l’est, guère loin du Soudan. On sait que des mouvances extrémistes islamistes circulent au Sahel et au Kenya. Il s’agit de veiller à «  renforcer l’échange d’informations  », a dit M. Reynders, qui s’est entretenu mercredi avec le président Joseph Kabila.

Source : Le Soir (Bruxelles).

Les autorités occidentales sont-elles capables de répondre à la menace posée par les extrémistes « de l’intérieur » ? La question se pose à nouveau, vendredi 27 février, alors que les médias britanniques révèlent que « Djihadi John » était dans le collimateur des services de renseignements britanniques cinq ans avant son apparition dans les vidéos d’exécutions de l’Etat islamique (EI).

L’identité du bourreau de l’EI à l’accent anglais n’a toujours pas été confirmée officiellement, mais des médias britanniques et américains assurent, de sources sécuritaires, qu’il s’agit de Mohammed Emwazi, un citoyen britannique de 26 ans originaire du Koweït, qui a grandi dans l’ouest de Londres. Le premier ministre britannique, David Cameron, a refusé de confirmer cette information vendredi, car il estime que cela nuirait au déroulement de l’enquête, mais il a affirmé que tout serait fait « pour mettre hors d’état de nuire » pareil criminel.

David Cameron a également salué vendredi « l’impressionnant travail » des organes de sécurité, pourtant mis en cause par les médias, qui dénoncent des failles dans la surveillance de Mohammed Emwazi, connu des services depuis plusieurs années.

LES SERVICES ONT TENTÉ D’EN FAIRE UNE TAUPE

Selon le Guardian, des documents attestent qu’il était surveillé depuis que l’entrée en Tanzanie lui avait été refusée en 2009, à la suite de soupçons sur le fait qu’il souhaitait rejoindre le groupe terroriste des Chabab somaliens. Lui assure qu’il voulait se rendre dans le pays pour un y faire un safari. Malgré des contacts répétés – selon les médias britanniques, les services de renseignement ont même tenté d’en faire un informateur ; ce qu’il a refusé – il disparaît du radar des renseignements et parvient à rejoindre la Syrie. Sa famille est informée qu’il a traversé la frontière à la mi-2013.

C’est ensuite en août 2014 qu’il réapparaît en tant que figure de proue de l’EI. Le groupe djihadiste le met en avant dans ses vidéos de propagande à destination de l’Occident. La première était celle montrant l’assassinat du journaliste américain James Foley.

Pour Olivier Guitta, consultant en sécurité et risques géopolitiques à Londres interrogé par l’Agence France-Presse, les moyens humains disponibles ne sont pas à la hauteur des défis posés par la menace terroriste, que ce soit au Royaume-Uni, en France ou aux Etats-Unis. « Pour surveiller une personne, il faut 30 officiers. Mettons qu’il y ait 1 000 personnes à surveiller en Angleterre, vous avez besoin de 30 000 officiers. Nous ne les avons pas », confie-t-il.

C'est sous un nom d'emprunt, Mohammed al-Ayan, qu'il réussit, en 2013, à partir en Syrie via la Turquie.

Le djihadiste britannique Mohammed Emwazi était suivi par les services de renseignement depuis six ans quand il est parti en Syrie. Ils avaient tenté en vain de le recruter.

Mohammed Emwazi, 26 ans, identifié jeudi comme le djihadiste londonien surnommé «Jihadi John» apparu sur sept vidéos de décapitations d’otages par l’État islamique, était connu des services de renseignement britannique. Ceux-ci avaient fait le rapprochement depuis plusieurs mois avec un islamiste radicalisé qu’ils connaissaient depuis des années.

C’est en 2007 que l’étudiant en informatique commence à attirer l’attention. Dans les quartiers de l’Ouest de Londres, il fréquente un réseau d’une douzaine de personnes connu pour ses liens avec les milices Chebab, filiale d’al-Qaida en Somalie. Trois membres de ce groupe ont été tués depuis, l’un vit au Soudan après avoir été privé de sa nationalité britannique, un autre est interdit de sortie du territoire, plusieurs sont en prison.

Interrogé par des agents du MI5 en 2009

En route pour la Tanzanie avec deux amis en 2009, Mohammed Emwazi est arrêté par les garde-frontières à son arrivée, soupçonné de chercher à se rendre en Somalie, et passe 24 heures en détention à Dar es-Salaam, avant d’être renvoyé par un avion de la KLM. Il est interrogé par des officiers du MI5 à son arrivée à Amsterdam, puis en Grande-Bretagne.

Les agents du renseignement intérieur cherchent alors à plusieurs reprises à le recruter. «Vous allez avoir beaucoup de problèmes, vous allez être connu, vous allez être suivi», aurait-on tenté de lui faire comprendre, selon un e-mail écrit par Emwazi à l’association Cage, dirigée par un ancien détenu de Guantanamo, pour se plaindre de ces pressions. Le MI5 aurait approché sa fiancée au Koweit, ce qui aurait entraîné l’annulation du projet de mariage.

Le jeune homme s’installe au Koweit en 2010, mais est empêché d’y retourner lorsque son visa est annulé après un séjour à Londres. Il est à nouveau interrogé par les forces de l’ordre. Il dépose alors une plainte à la police des polices britannique pour intimidation et harcèlement de la part des services antiterroristes.

Les familles de victimes réclament vengeance

C’est sous un nom d’emprunt, Mohammed al-Ayan, qu’il réussit, en 2013, à partir en Syrie via la Turquie. Le MI5 risque d’être une nouvelle fois accusé d’avoir laissé filer un suspect connu. Cela avait été déjà le cas de Michael Adebolajo, l’un des assassins du soldat Lee Rigby tué à l’arme blanche dans une rue de Londres en 2013.

Les victimes des otages tués en Syrie par Mohammed Emwazi et ses complices de Daech ont exprimé leur satisfaction, espérant que son identification puisse conduire à son arrestation. Mais pour Bethany Haines, fille de l’humanitaire britannique David Haines, le soulagement ne viendra que lorsqu’il recevra «une balle entre les yeux».

Source : Le Figaro.

Jürgen Elsässer

Silvia Cattori : Votre enquête sur les agissements des services secrets fait un constat effrayant. C’est ainsi que l’on découvre que depuis les années 80, les États-Unis ont investi des milliards de dollars pour financer des activités criminelles et que par le biais de la CIA, ils sont directement impliqués dans des attentats que l’on attribue à des musulmans. Quel est l’apport de votre livre ?

Jurgen Elsässer : C’est le seul ouvrage qui établit le lien entre les guerres dans les Balkans des années 90 et les attentats du 11 septembre 2001. Tous les grands attentats, à New York, à Londres, à Madrid, n’auraient jamais eu lieu sans le recrutement par les services secrets américains et britanniques de ces djihadistes à qui l’on attribue les attentats. Sur les manipulations des services, j’apporte un nouvel éclairage. D’autres livres que le mien ont fait état de la présence d’Oussama Ben Laden dans les Balkans. Mais leurs auteurs ont présenté ces combattants musulmans présents dans les Balkans, comme des ennemis de l’Occident. Les informations que j’ai collectées à de multiples sources, démontrent que ces djihadistes sont des marionnettes entre les mains de l’Occident et non pas, comme on le prétend, des ennemis.

Silvia Cattori : Dans le cas de la guerre des Balkans, les manipulations d’États sont clairement désignées dans votre livre. Les États-Unis ont soutenu Ben Laden qui avait pour travail de former les Moudjahidines. Nul ne peut donc plus ignorer que ces attentats qui glacent l’opinion n’auraient jamais existé si les « terroristes » n’avaient pas été entraînés et financés par les services secrets occidentaux ?

Jürgen Elsässer : Oui, en effet, c’est le résultat de faits que l’on peut observer. Mais on ne peut pas dire que l’intervention des pays occidentaux en ex-Yougoslavie avait pour objectif de préparer les attentats du 11 septembre. Pour être précis : ces attentats sont une conséquence de la politique occidentale des années 90 car l’OTAN a mis en place ces djihadistes dans les Balkans et a collaboré avec eux. Les militants musulmans qui ont été désignés comme responsables des attentats du 11 septembre ont fait partie de ce réseau.

Silvia Cattori : Selon vous, quel était l’intérêt des États-Unis et de l’Allemagne à dresser les peuples des Balkans les uns contre les autres ?

Jürgen Elsässer : L’Occident avait un intérêt commun à détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais l’Occident voulait imposer le modèle néolibéral à tous les pays.

Silvia Cattori : L’Europe ne s’est-elle pas imprudemment engagée dans une guerre manipulée par les néoconservateurs ?

Jürgen Elsässer : C’est difficile à dire. Je crois que, dans les années 90, la politique des États-Unis, était inspirée par leur victoire contre les Soviétiques en Afghanistan. C’était le modèle qu’ils voulaient appliquer aux Balkans. Si, ces années-là, l’économie des États-Unis n’était pas tombée dans la dépression, peut-être que des politiciens plus réalistes, comme Kissinger, auraient pu garder le contrôle de la politique américaine. Je pense que la coïncidence entre la dépression économique et l’agressivité de l’école néoconservatrice a déterminé ce qui s’est passé.

Silvia Cattori : Pensez-vous qu’un dirigeant comme Blair, par exemple, une fois embarqué dans les projets des néoconservateurs, à un certain point, il en est devenu l’otage ?

Jürgen Elsässer : Je ne connais pas assez bien la position de Blair. C’est plus facile de voir ce qui se passe aux États-Unis. On peut voir que Bush est l’otage de son entourage. Et, comme il n’est pas très intelligent, il n’est pas en mesure de prendre les décisions et doit suivre les idées de son entourage. Il est clair que son père était contre l’attaque contre l’Irak en 2003.

Silvia Cattori : La première guerre du Golfe ne faisait-elle pas partie d’un plan visant à déclencher d’autres guerres par la suite ?

Jürgen Elsässer : Non, il n’y a pas eu de lien avec la guerre en Irak en 1991. Il y a eu deux phases. Jusqu’à la fin de la période Clinton, la politique des États-Unis était impérialiste, mais en même temps pragmatique. Ils ont chassé les Soviétiques hors d’Afghanistan. Ils ont vaincu l’Irak en 1991. Leur guerre s’est arrêtée une fois le Koweït libéré. Ensuite ils ont attaqué la Bosnie et la Yougoslavie ; mais cela s’est produit étape par étape. Tout est allé hors de contrôle après le 11 septembre.

Silvia Cattori : Les néoconservateurs n’y sont pour rien ?

Jürgen Elsässer : Les néoconservateurs, groupés autour de Perle, avaient rédigé un document, un an avant le 11 septembre, selon lequel l’Amérique avait besoin d’un évènement catalyseur comme l’attaque de Pearl Harbour. Le 11 septembre fut cet évènement catalyseur. Je crois que les gens autour de Perle ont souhaité les attentats du 11 septembre.

Silvia Cattori : Quel était l’objectif poursuivi par les États-Unis en attaquant la Serbie ? S’agissait-il simplement, comme l’indique votre livre, de s’installer dans une région stratégique située sur une voie de transit pour le pétrole et le gaz d’Asie centrale ? Ou l’alliance des États-Unis avec les combattants musulmans dirigés par Izetbegovic, avait-elle un second objectif : créer un foyer d’extrémisme musulman aux portes de l’Europe pour s’en servir dans le cadre de manipulations terroristes ? Et, si oui, dans quel but ?

Jürgen Elsässer : Les États-Unis voulaient, comme l’Autriche à la fin du 19ème siècle en Bosnie, créer un Islam « européen » pour affaiblir les états islamiques au Moyen-Orient, c’est-à-dire, à cette époque, l’Empire Ottoman, aujourd’hui l’Iran et les états arabes. Les néoconservateurs avaient encore d’autres plans : construire un réseau clandestin de marionnettes « fondamentalistes » pour faire le sale travail contre la « vieille » Europe.

Silvia Cattori : Résultat, une guerre civile terrible. Comment l’Europe a-t-elle pu participer à la destruction de la Yougoslavie, qui apparaissait comme un exemple de cohabitation parfaitement réussie entre ethnies ? En faisant des Serbes les coupables, l’Europe n’a-t-elle pas fait voler en éclat un pays qui était une des constructions majeures de l’après-guerre. Sur quelle légitimité l’Europe fondait-elle son intervention ?

Jürgen Elsässer : D’abord, au début des années 90, l’Allemagne a mené l’attaque en se basant sur les principes de l’auto-détermination « ethnique » : c’est-à-dire la vieille ruse d’Hitler contre la Tchécoslovaquie et la Pologne en 1938/39. Ensuite, les États-Unis, ont pris le relais et ont fait l’éloge des « droits de l’homme », une escroquerie évidente.

Silvia Cattori : Dans votre enquête, Israël n’est jamais mentionné. N’avez-vous pas minimisé l’importance des néoconservateurs pro-israéliens qui, à l’intérieur du Pentagone, serviraient davantage les intérêts d’Israël que ceux des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Il y a des Israéliens qui ont collaboré avec les néoconservateurs, c’est un fait. Mais je ne suis pas sûr du rôle joué par Israël dans cette affaire. Sharon était contre le soutien des Albanais du Kossovo par l’OTAN. Et, en 1998, il a exprimé sa crainte à l’idée que l’OTAN soutienne la mise en place d’éléments pro-islamiques dans les Balkans. Je crois également qu’il n’était pas favorable à cette guerre l’année suivante.

Silvia Cattori : Vous ne voyez pas non plus de lien entre les services secrets israéliens et les attentats du 11 septembre 2001 ?

Jürgen Elsässer : Il y a des liens, mais je n’ai pas analysé le caractère de ces liens. Par exemple, immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d’agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c’est là une preuve qu’Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu’ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces « terroristes » dans la préparation de ces attentats, mais qu’ils garderaient leur savoir pour s’en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu : « Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias ». Il y a même une troisième possibilité, à savoir que ces espions israéliens voulaient prévenir les attaques mais ont échoué. En ce moment, nous savons seulement que ces types étaient sur place et qu’ils ont été arrêtés. Des investigations supplémentaires sont nécessaires.

Silvia Cattori : Ces liens mettent-ils en évidence que les attentats du 11 septembre 2001 faisaient partie d’un plan conçu de longue date ?

Jürgen Elsässer : Je ne suis pas certain qu’il y avait un plan établi de longue date. Il se peut que des gens comme Richard Perle improvisent beaucoup et se servent d’éléments criminels qu’ils ont mis en place mais qu’ils ne contrôlent pas en permanence. Comme, lors de l’assassinat de Kennedy, il est clair que la CIA était impliquée, mais on ne sait pas si cela avait été planifié au sommet, à Langley [le quartier général de la CIA], ou si ce sont les milieux les plus violents des exilés cubains travaillant pour la CIA qui l’on fait, le quartier général de la CIA se bornant à le tolérer.

Silvia Cattori : Si, demain, ces personnages regroupés autour de Perle étaient mis à l’écart, la stratégie de guerre antimusulmane des États-Unis et les manipulations qui la justifient, s’arrêteraient-elles ?

Jürgen Elsässer : Elle s’arrête quand ils perdent une guerre.

Silvia Cattori : La guerre, ne l’ont-ils pas perdue en Irak ?

Jürgen Elsässer : La guerre ne sera perdue que quand ils quitteront le pays, comme au Vietnam.

Silvia Cattori : Ces musulmans qui, comme Mohammed Atta, étaient des citoyens ordinaires avant d’être enrôlés par la CIA, comment ont-ils pu être conduits à des actions aussi terrifiantes, sans savoir qu’ils étaient manipulés par les agents secrets du camp opposé ?

Jürgen Elsässer : Il y a des jeunes qui peuvent être fanatisés et manipulés très facilement par des services. Les personnages haut placés n’ignorent pas ce qui se passe et savent par qui ils sont engagés.

Silvia Cattori : Ben Laden, par exemple, savait-il qu’il servait les intérêts des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Je n’ai pas étudié son cas. J’ai étudié le cas d’Al Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, qui était le chef des opérations dans les Balkans. Au début des années 90, il a voyagé tout au travers des États-Unis avec un agent de l’US-Special Command pour collecter de l’argent pour le Djihad ; cet homme savait qu’il participait à cette collecte d’argent dans une activité qui était appuyée par les États-Unis.

Silvia Cattori : Tout cela est très inquiétant. Vous apportez la preuve que les attentats qui se sont produits depuis 1996 (les attentats dans le métro de Paris), n’auraient jamais été possibles si la guerre dans les Balkans n’avait pas eu lieu. Et ces attentats qui ont fait des milliers de victimes vous les imputez à des services occidentaux. L’opinion en Occident a donc été trompée par des gouvernements embarqués dans des actions terroristes ?

Jürgen Elsässer : Le réseau terroriste que les services secrets américains et britanniques ont formé durant la guerre civile en Bosnie et plus tard au Kossovo, a fourni un réservoir de militants que l’on a ensuite retrouvés impliqué dans les attentats de New York, Madrid, Londres.

Silvia Cattori : Comment cela s’est-il passé concrètement ?

Jürgen Elsässer : Une fois la guerre en Afghanistan finie, Oussama Ben Laden a recruté ces militants djhadistes. C’était son travail. C’est lui qui les a entraînés, partiellement avec le soutien de la CIA, et qui les a mis en place en Bosnie. Les Américains ont toléré la connexion qu’il y avait entre le Président Izetbegovic et Ben Laden. Deux années plus tard, en 1994, les Américains ont commencé à envoyer des armes, dans une opération clandestine commune avec l’Iran. Après le traité de Dayton, en novembre 1995, la CIA et le Pentagone ont recruté les meilleurs des djihadistes qui avaient combattu en Bosnie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que ces musulmans se soient mis entre les mains de services qui servaient des intérêts idéologiques opposés aux leurs ?

Jürgen Elsässer : J’ai analysé les témoignages donnés par quelques djihadistes interrogés par les juges allemands. Ils ont dit qu’après le traité de Dayton, qui stipulait que tous les ex-combattants étrangers devaient quitter le pays, ils n’avaient plus d’argent et nulle part où aller. Quant à ceux qui pouvaient rester en Bosnie, parce qu’on leur avait fourni des passeports bosniaques, ils étaient eux aussi sans travail et sans argent. Le jour où des recruteurs sont venus sonner à leur porte et leur ont proposé 3000 dollars par mois, pour servir dans l’armée bosniaque, ils ne savaient pas qu’ils étaient recrutés et payés par des émissaires de la CIA pour servir les États-Unis.

Silvia Cattori : Par la suite, quand on les a envoyés préparer des attentats à Londres en juillet 2005, par exemple, ne se sont-ils pas rendus compte qu’ils étaient entre les mains d’agents secrets occidentaux qui les manipulaient ?

Jürgen Elsässer : Il n’est pas clair que ce soient réellement des jeunes musulmans issus de la banlieue de Londres qui aient commis les attentats, comme la police l’a prétendu. Il y a d’autres indices selon lesquels les bombes étaient fixées sous les rames. Il est aussi possible que des bombes aient été fixées sous les rames sans que ces jeunes le sachent. Dans ce cas là, il n’est pas sûr que les jeunes musulmans que l’enquête a incriminés, aient commis ces attentats.

Silvia Cattori : On peine à cerner le but que poursuivent les États occidentaux en engageant leurs services dans des manipulations criminelles ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas facile à dire. Souvenez-vous de l’assassinat de Kennedy. Qui a fait cela ? C’est sûr que ce sont des gens de la CIA qui ont soutenu le deuxième tueur, c’est sûr qu’Oswald a été assassiné par un homme qui avait été mandaté par la CIA. Ce qui n’est pas clair, c’est si ces hommes recrutés par la CIA ont agi sur ordre de Johnson ou de Dulles, ou s’ils étaient liés à des milieux d’exilés cubains extrémistes, c’est-à-dire affiliés à la maffia. Je ne crois pas que Bush ou Blair soient les chefs. Je ne crois pas en la théorie de la grande conspiration. Je crois que les services secrets engagent des hommes à qui l’on ordonne d’exécuter les affaires sales ; ces agents agissent comme ils veulent. Peut-être savez-vous que le 11 septembre 2001, quelqu’un a essayé de tuer Bush. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est difficile à expliquer.

Silvia Cattori : Vous voulez dire que Bush, par exemple, est lui-même otage de gens qui, à l’intérieur du Pentagone, forment un État dans l’État qui échappe également au commandement de l’armée américaine ?

Jürgen Elsässer : Oui. Bush est stupide. Il n’est qu’un instrument entre les mains d’autres personnes.

Silvia Cattori : Vous pensez à des gens qui sont sous l’influence directe de personnages comme Perle, Wolfowitz, Feith ? Vous pensez que ce serait eux qui, après la guerre des Balkans, auraient été les véritables commanditaires de ces attentats et que ces attentats ne sont pas séparés les uns des autres, qu’il y a un lien entre Madrid et Londres ? Cela veut-il dire que les États-uniens sont prêts à s’allier avec le diable pour semer le chaos partout dans le cadre de cette guerre antimusulmane, anti-arabe menées sous prétexte de terrorisme ? Un terrorisme fabriqué ?

Jürgen Elsässer : Oui, il y a un double gouvernement qui échappe au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs, comme Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle, des gens liés au pétrole et aux industries militaires. Le chaos global est dans l’intérêt de l’industrie militaire : quand il y a le chaos dans le monde entier, on peut vendre des armes et le pétrole plus cher.

Silvia Cattori : Youssef Asckar a très bien décrit cet État dans l’État auquel vous donnez crédit. Israël n’est-il pas le premier pays intéressé par cette stratégie du chaos, donc par la manipulation des attentats terroristes ? La propagande du lobby pro-israélien ne tend-t-elle pas à faire croire qu’Israël est menacé par des Arabes fanatisés ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas certain que cette stratégie puisse servir les intérêts d’Israël car, si les choses continuent de la sorte, tout le Proche-Orient sera en flammes, y compris Israël. On s’est servi du même procédé durant la guerre en Bosnie. Pour diaboliser les Serbes, les médias de l’Ouest ont inventé les histoires de camps de concentration et fait des montages photographiques pour comparer les Serbes à des nazis. Cette propagande visait à gagner l’opinion à la guerre contre la Serbie mais, en ce qui concerne les États-Unis, elle n’était pas forcément alimentée par le lobby juif mais par des stratèges chrétiens et athées. Ces stratèges jouent la carte « juive ». C’est ma thèse. On voit cela actuellement avec la propagande contre l’Iran ; les stratèges de la guerre jouent la carte « juive » pour impressionner les gens qui ont plus de morale que d’intelligence.

Silvia Cattori : Les manipulations récentes viennent confirmer, en partie, votre thèse : au même moment où les États-Unis voulaient faire passer au Conseil de Sécurité des sanctions contre l’Iran, un journal canadien a écrit que l’Iran voulait contraindre les juifs iraniens à porter l’équivalent d’une étoile jaune [2]]]. Mais je me référais à ces personnalités ouvertement pro-israéliennes qui, en France par exemple, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion car elles occupent des positions médiatiques stratégiques, et dont le parti pris communautaire les conduits toujours à appuyer la politique d’Israël et des États-Unis, peut importe si elle est criminelle. Souvenez-vous du soutien actif apporté à Izetbegovic en Bosnie par Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Une fois la Serbie à genoux, ils ont tout de suite dirigé leur propagande contre les Arabes et les musulmans ; il s’agissait cette fois de mobiliser l’opinion en faveur de la « guerre des civilisations ». Quand ils ont parlé de « camps de concentration » pour associer les Serbes à Hitler, n’ont-ils pas participé aux manipulations de l’OTAN ?

Jürgen Elsässer : Nous avons assisté au même phénomène en Allemagne. Les journalistes juifs qui soutenaient la guerre contre la Yougoslavie avaient accès aux plateaux télévisés. Mais les journalistes qui étaient contre, qu’ils fussent de confession juive ou pas, ont été écartés du débat. Je pense que les médias et les politiques se servent des voix juives pour des enjeux géostratégiques.

Silvia Cattori : Si, comme vous le dites, ce qui s’est passé dans les Balkans n’était que la répétition de ce qui s’était passé en Afghanistan, ce qui a succédé faisait donc partie du même processus. Pensez-vous que nos autorités connaissent les risques des guerres provoquées par leurs services secrets ?

Jürgen Elsässer : Mon espoir est qu’il y ait une réaction de la part des militaires aux États-Unis. Il y a parmi eux des gens qui savent très bien que toutes ces guerres ne sont pas intelligentes. Ils savent que les États-Unis vont perdre cette guerre. Dans l’armée américaine, ils sont impérialistes mais ils ne sont pas fous, ils ne sont pas d’accord avec ce qui se passe. Mais les néoconservateurs sont fous, ils veulent faire la Troisième Guerre mondiale contre tous les Arabes et tous les musulmans, comme Hitler qui voulait tuer tous les juifs et attaquer tous les autres pays ; les généraux allemands avaient averti Hitler de ce qu’il risquait.

Silvia Cattori : Votre espoir est qu’un changement survienne de manière inattendue ?

Jürgen Elsässer : Pour arrêter cette folie, je ne vois de possibilité de changement que parmi des forces qui sont, elles, restées rationnelles. Le commandement supérieur de l’armée américaine a écrit une lettre à Bush pour dire qu’il ne veut pas participer à une attaque contre l’Iran avec une arme nucléaire. Peut-être que Bush attaquera ; mais les conséquences seraient plus graves que dans le cas d’Irak. Il s’est passé la même chose avec les nazis : ils attaquent, ils attaquent, et un jour il y a Stalingrad et le début de la défaite. Mais cette aventure a coûté la vie de 60 millions d’êtres humains.

Silvia Cattori : Est-ce bien là ce qui a motivé votre effort en écrivant ce livre : alerter les consciences afin d’éviter de nouveaux désastres et de nouvelles souffrances ? D’autant qu’après l’Irak ce serait au tour de l’Iran ?

Jürgen Elsässer : Oui. Mais des personnages comme Bush se fichent de tout cela. Je ne suis pas totalement pessimiste sur l’Iran : on pourrait voir une répétition de l’axe Paris, Berlin, Moscou. Notre chancelière, qui est normalement une marionnette des États-Unis, a offert une coopération stratégique à la Russie, car l’Allemagne dépend entièrement du pétrole et du gaz russe. C’est un argument fort. Les Allemands sont des impérialistes, mais ils ne sont pas fous.

Silvia Cattori : Dans les Balkans n’est-ce pas l’Allemagne qui a ouvert la porte à la guerre ?

Jürgen Elsässer : Oui, c’est vrai. Mais, aujourd’hui, vous voyez que Joschka Fischer et Madeleine Albright ont envoyé une lettre ouverte à Bush pour lui dire de ne pas attaquer l’Iran. Mme Albright a précisé que l’on ne peut pas attaquer tous les gens que l’on n’aime pas. C’est rationnel.

Silvia Cattori : Avez-vous pu recueillir ces éléments qui illustrent les agissements des services secrets parce que, aujourd’hui, inquiets de l’évolution de la politique internationale, des gens commencent à parler ?

Jürgen Elsässer : Oui. Je me suis beaucoup appuyé sur les informations de gens qui travaillent au sein de « la bête ».

Silvia Cattori : Partout dans le monde ?

Jürgen Elsässer : Je peux seulement vous dire que ce sont des gens en Europe de l’Ouest. Ce sont des gens qui n’ont pas cessé d’utiliser leur tête.

Silvia Cattori : Pour avoir la preuve des manipulations qui ont entouré l’« Incident du Golfe du Tonkin », incident qui a permis aux États-Unis de déclencher la guerre contre le peuple vietnamien, il a fallu attendre longtemps. Les choses ont-elles donc changé aujourd’hui ce qui permettrait de riposter à temps ?

Jürgen Elsässer : Il y a une grande différence entre la situation des années 60 et celle d’aujourd’hui. En République fédérale d’Allemagne, par exemple, on était à cette époque en faveur de la guerre contre les communistes au Vietnam. La version officielle qui disait notre république en danger d’être attaquée par les communistes était partagée par une grande partie de l’opinion. Ce qui a changé c’est, qu’aujourd’hui, la majorité de la population est contre la guerre, sans discussion.

Silvia Cattori : Vous soulignez à juste titre le caractère religieux extrémiste de la Bosnie-Herzégovine sous Izetbegovic mais, alors que vous doutez du soutien d’Israël à cette espèce d’ébauche de l’émirat des Taliban, ne surévaluez-vous pas le rôle de l’Iran et de l’Arabie saoudite ? Richard Perle était le principal conseiller politique d’Izetbegovic. Les Iraniens et les Saoudiens n’ont-ils pas fait de la surenchère islamique en espérant prendre le contrôle d’un régime musulman qui ne tenait ses ordres que de Tel-Aviv et Washington. En fait, Izetbegovic n’était-il pas un agent d’Israël ?

Jürgen Elsässer : Le Mossad a aidé les Serbes bosniaques, ils leur ont même fourni des armes. Il n’y a rien qui indique que le gouvernement israélien ait aidé Izetbegovic. Il a été soutenu par les Américains, et Clinton s’appuyait sur le lobby sioniste aux États-Unis, mais ce lobby n’avait pas le soutien du gouvernement israélien pendant la guerre de Bosnie.

Silvia Cattori : En ce qui concerne certaines de vos sources, peut-on accorder crédit aux assertions de Yossef Bodanski, directeur de Groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle près du Sénat américain ?

Jürgen Elsässer : Je ne fais confiance à personne. On prétend que Bodansky a des liens avec des sources du Mossad et cela rend nombre de ses conclusions suspectes. D’un autre côté il porte à notre connaissance beaucoup de faits intéressants qui contredisent la propagande officielle. Dans mon livre, je montre les contradictions au sein des élites dominantes des États-Unis et, à cet égard, Bodansky, est très intéressant.

Silvia Cattori : Il est dit dans votre livre : « Le terrorisme existe au Kossovo et Macédoine, mais dans sa majorité, il n’est pas contrôlé par Ben Laden mais par les services secrets US ». Doutez-vous de l’existence d’Al Qaeda ?

Jürgen Elsässer : Oui, comme je l’ai écrit dans mon livre, c’est de la propagande fabriquée par l’Occident.

Silvia Cattori : On a un peu l’impression que, pour aller au bout de sa logique, votre enquête n’est pas terminée. Certes, la Yougoslavie a été un laboratoire de la fabrication des réseaux islamistes, et votre livre montre bien que ces réseaux servent les intérêts des États-Unis. Pourtant, vous semblez croire en l’existence de réseaux islamistes internationaux qui auraient une base populaire dans le monde musulman, alors qu’en même temps votre recherche démontre que ces réseaux ne sont que des mercenaires des États-Unis et qu’ils n’ont jamais rien fait pour les musulmans ?

Jürgen Elsässer : Regardez l’exemple du Hamas : au début des années 80 il a été fomenté par le Mossad pour contrer l’influence de l’OLP. Mais par la suite, le Hamas a développé sa propre base populaire et, maintenant, il fait partie de la résistance. Mais je parie qu’il y a encore des agents étrangers à l’intérieur du Hamas.

Silvia Cattori : Vous avez mentionné que les inspecteurs des Nations-Unies sont infiltrés d’espions par les États-Unis. Pourrions-nous avoir des précisions ?

Jürgen Elsässer : Certains casques bleus de l’UNPROFOR en Bosnie ont transporté des armes à destinations des Moudjahidines.

Silvia Cattori : Quand Peter Handke affirme que les Serbes ne sont pas les seuls coupables, qu’ils sont les victimes de la guerre des Balkans on le proscrit. Qui a raison dans cette affaire ?

Jürgen Elsässer : De tous les côtés – Serbes, Croates, Musulmans – les gens ordinaires ont tous perdu. Les Musulmans ont gagné la guerre en Bosnie avec l’aide de Ben Laden et de Clinton mais, maintenant, leur pays est occupé par l’OTAN. Ils ont aujourd’hui moins d’indépendance qu’au temps de la Yougoslavie.

Silvia Cattori : Comment votre recherche se situe par rapport à celle d’Andreas Von Bülow et Thierry Meyssan ?

Jurgen Elsässer : Nous partageons la même opinion sur les évènements du 11 septembre 2001 : nous pensons que la version officielle n’est pas vraie. Toutes ces recherches combinées sont très utiles pour pouvoir continuer d’approfondir la réalité des faits. Ma spécialité, est d’avoir fait le lien entre les guerres des Balkans et le 11 septembre, tandis que Thierry Meyssan a analysé l’attaque sur le Pentagone pour démontrer qu’elle était due à un missile et pas à un avion, et que Von Bülow, lui, est arrivé à la conclusion que les avions étaient guidés par une balise.

Silvia Cattori : Pour avoir remis en questions la vérité officielle, Thierry Meyssan a subi le discrédit et le blocage des médias. Allez-vous échapper à cela ?

Jürgen Elsässer : Il y a aussi un blocage contre mon livre. Il n’est pas possible pour un seul auteur de casser ce blocage. Toutefois, cela ne peut empêcher nos thèses de faire leur chemin. Le public n’est pas d’accord avec ce que disent les médias : malgré leur blocage 35 à 40 % des gens ne croient pas ce que les médias leur disent. Il y a l’exemple de l’assassinat de Kennedy : aujourd’hui, 90 % des gens ne croient pas en la version officielle et pensent que l’assassinat de Kennedy était une action de la CIA.

Silvia Cattori : Mettre à jour les manipulations des États, qui se servent de leurs services de sécurité de manière criminelle, ne doit pas être sans danger ?

Jürgen Elsässer : Je crois que le danger vient seulement quand on vend plus de 100 000 livres. En Allemagne, en onze mois, mon livre n’a été vendu qu’à 6 000 exemplaires.

Source : Réseau Voltaire (Genève).

Face à l’État islamique, le renseignement russe tend la main aux États-Unis

Le directeur du Service fédéral de sécurité de Russie (FSB) s’est déclaré prêt à coopérer avec ses collègues américains dans la lutte contre l’État islamique (EI). Les experts constatent que le refroidissement dans les relations entre la Russie et les États-Unis suite au conflit en Ukraine fait le jeu des terroristes au Proche-Orient.

La Russie et les États-Unis « ont examiné à plusieurs reprises les problèmes de la coopération et ont conclu qu’il ne fallait pas les politiser », a indiqué le directeur du FSB, Alexandre Bortnikov, à l’issue de la conférence internationale sur la lutte contre l’extrémisme qui s’est tenue du 17 au 19 février à Washington. « Il importe de se rendre à l’évidence qu’il est indispensable de travailler ensemble, malgré les divergences politiques », a-t-il souligné.

Les médias mettent en relief sa déclaration sur la disposition de la Russie à s’atteler à la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique qui s’est emparé d’une partie des territoires de l’Irak et de la Syrie. « La situation est si critique qu’il faut s’unir », a-t-il indiqué.

Toutefois, les experts constatent que la lutte commune contre le terrorisme traverse aujourd’hui une crise profonde. La coopération est réduite au minimum, bien que les responsables des deux pays soient profondément alarmés par la montée en flèche de l’influence de l’EI.

Quel danger présente l’EI pour la Russie

À première vue, il pourrait sembler que l’EI ne présente pas pour le moment de menace directe pour la Russie. « Pour l’EI, la priorité est d’élargir son influence aux pays du Proche-Orient ayant un régime politique instable ou inexistant », a expliqué à RBTH Leonid Issaïev, orientaliste et enseignant au département des sciences politiques de la Haute école d’économie.

Cependant, l’EI présente un danger pour la Russie. Ce groupe compte des milliers de djihadistes des pays de l’ex-Union soviétique : de Russie, d’Asie centrale et du Caucase du Sud. « Les musulmans s’imprègnent d’une idéologie radicale, acquièrent une expérience militaire et reviennent chez eux », a ajouté Dmitri Souslov, directeur adjoint du Centre des études complexes et internationales de la Haute école d’économie.

Entraves aux activités communes

Le problème est que Moscou et Washington ont aujourd’hui du mal à s’entendre sur la lutte contre ce danger commun. Une telle situation a plusieurs causes.

Premièrement, des stratégies différentes. « La politique américaine au Proche-Orient manque de cohérence. Avant même d’avoir supprimé Al-Qaïda en Irak, les États-Unis ont focalisé leur attention sur la Lybie, avant de se concentrer sur le conflit syrien, abandonnant ce qu’ils avaient commencé », a rappelé Leonid Issaïev.

Dans ce contexte, les Américains misent sur la démocratisation et s’ingèrent dans les affaires intérieures des pays. La stratégie russe de lutte contre le terrorisme se fonde, au contraire, sur le soutien aux régimes existants, indépendamment de la situation dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme dans tel ou tel pays.

Deuxièmement, la réticence de Washington à considérer Moscou comme un partenaire complique la lutte commune contre les terroristes au Proche-Orient. « La logique de confrontation nous contraint à évaluer toute coopération comme indésirable et à peser longtemps si elle est vraiment indispensable. En outre, les deux pays évaluent différemment les causes de l’apparition du danger terroriste », a poursuivi Dmitri Souslov.

« Nombreux sont ceux qui, en Russie, estiment que la responsabilité pour l’apparition de l’EI incombe dans une large mesure aux États-Unis et que la politique pratiquée par les Américains en Syrie n’est qu’une résurgence de la situation des années 1980, lorsque l’Amérique soutenait les moudjahidines pour lutter contre l’Union soviétique ».

La lutte commune contre le terrorisme est également entravée par le retour de la tendance au partage de la région en zones d’influence. « La concurrence rend les activités communes impossibles et fait le jeu des structures radicales », a affirmé Leonid Issaïev.

Il reste de l’espoir

Selon Dmitri Souslov, les déclarations d’Alexandre Bortnikov sur une éventuelle coopération entre les services secrets prouvent que Washington et Moscou réalisent clairement une chose : les contradictions entre les deux pays font l’affaire des terroristes.

« Ce premier signe indique que nous entrons dans une étape de « confrontation mûre », les désaccords sur certaines question (l’Ukraine) n’empêchant pas les pays de dialoguer sur d’autres problèmes, voire de coopérer », a-t-il fait remarquer.

Source : Russia Beyond The Headlines France.

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Face au nombre croissant de cibles à surveiller, les renseignements territoriaux vont recevoir des renforts bienvenus.
Les services du renseignement territorial, ceux que l’on appelle les « RG », les renseignements généraux, ne sont « pas au niveau dans leur analyse de la radicalisation ». Voici le dur constat livré par une note interne et confidentielle à laquelle RTL a pu avoir accès. En cause, l’explosion du nombre d’individus à surveiller, un phénomène qui dépasse déjà la DGSI, une autre branche du renseignement intérieur dans le pays. Résultat : des renforts vont être fournis aux RG pour détecter les individus qui basculent, surveiller ceux qui déstabilisent les lieux de culte et salles de prières et suivre de près ceux qui sont déjà radicalisés et pourraient devenir des menaces
Dans la note confidentielle, les besoins des services sont précisément chiffrés et détaillés. Une soixantaine de policiers, mais aussi des civils, tels que des informaticiens et des linguistes vont rejoindre le renseignement territorial, environ 150 gendarmes vont, eux, faire du renseignement de proximité, notamment dans les zones peu peuplées, à l’extérieur des grandes villes.

Source : RTL.

Des éléments du groupe terroriste Daesh sont déjà arrivés en Turquie et ils entendent gagner les pays européens via la Bulgarie afin d’y perpétrer des attentats terroristes. Selon le quotidien libanais
As-Safir, la Turquie et les pays européens seront de nouvelles cibles du groupe terroriste Daesh. Publiant cette nouvelle, As-Safir a souligné que les services de renseignement de la Turquie avaient déjà mis en garde contre l’arrivée d’éléments de Daesh sur le sol turc dans l’objectif de perpétrer des attentats contre les délégations diplomatiques des pays impliqués dans la soi-disant Coalition internationale anti-Daesh. Les services de renseignement de la Turquie ont également affirmé que les éléments infiltrés en Turquie sont prêts à se rendre en Europe pour y organiser des attaques terroristes. Quelque 3000 terroristes en Irak et en Syrie attendent donc cette occasion. Dans le même temps le quotidien turc Hürriyet a rapporté que les services de renseignement avaient mis en garde la police et les forces de sécurité contre l’arrivée des éléments de Daesh sur le sol turc qui préparent des attentats visant les délégations diplomatiques à Ankara et à Istanbul.
Source : La voix de la République islamique d’Iran (20-02-2015).