Benyamin Netanyahou contre le Mossad

Publié: février 25, 2015 dans Moyen-Orient
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 Benyamin Netanyahou dénonce devant l’ONU la bombe iranienne. (Lucas Jackson/Reuters)

Le premier ministre israélien joue l’alarmisme face à l’Iran. Des documents secrets montrent que sa prestation devant l’Assemblée générale de l’ONU, en 2012, n’était pas partagée par les services secrets de son pays

Sa prestation était destinée à marquer les esprits. Devant l’Assemblée générale de l’ONU, en 2012, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait appuyé sa démonstration d’un croquis façon dessin animé: «Ceci, c’est la bombe, ceci, c’est la mèche», commençait-il, afin d’écarter tout malentendu. L’Iran, poursuivait-il, est désormais au seuil de l’irréparable en ce qui concerne sa capacité nucléaire militaire. «D’ici au printemps, peut-être à l’été, il aura atteint une nouvelle étape [dans l’enrichissement de l’uranium]. Ensuite, quelques semaines supplémentaires suffiront.»

Le temps a donné tort aux prédictions de l’Israélien. Mais aujourd’hui, des révélations semblent démontrer que les explications de Benyamin Netanyahou ne se fondaient pas sur les informations de ses propres services secrets. Plus: elles contredisaient l’opinion qui régnait à ce moment au sein du Mossad.

C’est la chaîne qatarie Al-Jazira qui l’affirme par une voie inattendue. Le responsable de son département d’enquête, Clayton Swisher, a mis la main sur un grand nombre de documents provenant, semble-t-il, d’Afrique du Sud, un pays avec lequel le Mossad entretient des contacts étroits. Le journaliste refuse de dévoiler l’origine de la fuite. Mais les câbles qu’Al-Jazira vient de dévoiler (en collaboration avec le journal britannique The Guardian) parlent pour lui : quelques semaines à peine après la prestation du premier ministre, le Mossad assurait à ses collègues sud-africains que l’Iran ne déployait pas «l’activité nécessaire» pour se doter d’une bombe. Ce pays, insistait le renseignement israélien dans sa note classée «confidentiel», n’est pas prêt pour enrichir l’uranium à «un niveau suffisant».

Clayton Swisher est, entre autres, à l’origine de l’enquête qui avait conclu à la présence de polonium dans les affaires du leader palestinien Yasser Arafat. Au Temps, il soumet ses interrogations: «Ces documents soulèvent des questions troublantes sur l’intégrité de Netanyahou: sur quelles informations se fondait-il pour assurer au monde entier que l’Iran était si proche de produire une bombe?» Il ajoute: «Si le premier ministre israélien a ainsi déprécié le jugement professionnel de ses propres services de renseignement, hésitera-t-il à tromper le Congrès américain la semaine prochaine?»

Avec l’aide de certains ténors républicains, mais contre l’avis de la Maison-Blanche, Netanyahou s’est en effet «invité» devant les parlementaires américains le 3 mars, pour ce qui devrait être une attaque en règle contre les négociations en cours entre l’administration Obama et Téhéran, à propos du nucléaire iranien. La Maison-Blanche ne cache pas sa mauvaise humeur, tant elle craint que la venue de l’Israélien puisse miner définitivement ces pourparlers, menés notamment par le secrétaire d’Etat, John Kerry, sur les bords du lac Léman: non seulement elle a refusé d’accueillir le premier ministre, mais elle semble, elle aussi, douter de son «intégrité». «Certaines des affirmations de Benyamin Netanyahou ne sont pas exactes», déclarait récemment Josh Earnest, le porte-parole de la Maison-Blanche.

A dire vrai, les divergences d’opinions entre les services de renseignement israéliens et le premier ministre étaient déjà connues en Israël. L’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, avait souligné dans une interview en 2012 que la menace de lancer une guerre contre l’Iran, comme le suggérait – et continue sans doute de le penser – Benyamin Netanyahou, était «une idée stupide».

Est-ce un pur hasard si ces révélations d’Al-Jazira interviennent quelques jours à peine avant ce discours de Netanyahou devant le Congrès américain et en pleine campagne électorale israélienne? Clayton Swisher esquive la question. Mais il renvoie à un précédent célèbre, lorsque l’administration de George Bush avait assuré, en 2003, qu’elle détenait la preuve irréfutable que l’Irak de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. «Nous avons vu les résultats lors de l’invasion de l’Irak. Aujour­d’hui, ces nouvelles révélations doivent amener le monde à se montrer sceptique devant tout ce que le premier ministre israélien dira à propos de l’Iran.»

Source : Le Temps (Genève).

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