Un mois après Charlie Hebdo, la France face au terrorisme

Publié: février 9, 2015 dans Europe, Terrorisme
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Il y a un mois, du 7 au 9 janvier, la France vivait l’épisode le plus violent de son histoire récente. Du siège de Charlie Hebdo à l’épicerie casher de la porte de Vincennes, Saïd et Chérif Kouachi, ainsi qu’Amedy Coulibaly, ont tué 17 personnes avant d’être abattus par les forces de l’ordre. Ces attentats ont immédiatement posé une question : comment lutter plus efficacement contre le terrorisme ?

Dès la fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo, le gouvernement a renforcé les mesures de sécurité. Le plan Vigipirate, outil du dispositif de lutte contre le terrorisme, a été renforcé. Le niveau « alerte attentat », le plus élevé, a été enclenché en région parisienne ainsi qu’en Picardie, où les frères Kouachi ont été repérés au lendemain de l’attaque contre le journal satirique. Le département des Alpes maritimes a également été placé au niveau maximal de vigilance après l’agression de trois militaires à Nice le 3 février, par Moussa Coulibaly, un jeune homme connu des services de renseignement et refoulé de Turquie une semaine plus tôt.

Le niveau de sécurité n’a seulement été renforcé dans les douze départements déclarés en alerte maximale. Sur l’ensemble du territoire, les bâtiments publics, les lieux confessionnels juifs et musulmans et les endroits considérés comme sensibles (grands magasins, transports en commun, sièges des principaux médias) sont désormais sous surveillance. Ce sont 122 000 policiers, gendarmes et militaires qui sont ainsi mobilisés. Et la semaine dernière, le chef de l’Etat a demandé à ce que ce niveau d’alerte des forces de l’ordre soit maintenu.

« Nous n’avons pas le choix »

Reste à savoir combien de temps cette mobilisation pourra durer. Car le plan Vigipirate renforcé est synonyme de gros efforts de la part des forces de l’ordre. Actuellement, 10 000 militaires y participent ; ils étaient moins de 1 500 à assurer la sécurité du territoire français début janvier. Et les forces du ministère de l’Intérieur ressentent-elles aussi très concrètement les effets de ce niveau de mobilisation. « Les congés ont été suspendus pour les fonctionnaires de police et les gendarmes, souligne Mohamed Douane, le secrétaire national du syndicat Synergie Officiers. Il y a une nécessité de présence sur la voie publique, il y a des nécessités inhérentes aux responsabilités des forces de l’ordre. »

Un effort que l’élu de Synergie Officiers, une organisation plutôt classée à droite, trouve légitime. « Effectivement, cela pèse sur la vie quotidienne, la vie familiale et privée de ces fonctionnaires. Mais à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Nous n’avons pas le choix. » Sur le sujet, toutes les organisations représentant les policiers sont sur la même ligne. Mais toutes estiment aussi que la menace terroriste ne va pas disparaître du jour au lendemain et qu’il faut penser à un dispositif plus pérenne.

« Vigipirate, ce sont des mesures exceptionnelles destinées à lutter contre une situation exceptionnelle », rappelle ainsi Nicolas Comte, secrétaire général adjoint de SGP-FO (Syndicat général de la police-Force ouvrière). « Si cette situation devait devenir habituelle, il faudra que la police nationale soit en mesure de fournir une protection de ce niveau de manière habituelle, ce qu’elle ne saurait pas faire dans l’état actuel des choses. » Le syndicaliste souhaite donc que les effectifs soient renforcés, que ce soit par le recrutement ou l’appel aux policiers réservistes.

Des renforts annoncés

Des moyens supplémentaires, le gouvernement en a annoncé dans son plan de lutte contre le terrorisme dévoilé le 21 janvier. Ce sont « des mesures exceptionnelles à la hauteur de la menace », a assuré le Premier ministre Manuel Valls. Quelque 425 millions d’euros supplémentaires seront débloqués sur les trois prochaines années. Environ 2 680 emplois de plus seront consacrés à la lutte contre le terrorisme, des postes affectés aux ministères de l’Intérieur, de la Justice, de la Défense et des Finances.

Mais pour l’essentiel, ces renforts ne seront pas déployés sur la voie publique. Sur les 1 400 emplois policiers nouveaux, 1 100 seront affectés aux différentes unités de renseignement : Direction générale de la sécurité intérieure, renseignement territorial et direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. « Au total, ce sont 3 000 personnes qu’il faut surveiller », s’est justifié Manuel Valls. Un nombre qui a surpris dans le monde policier : jusqu’à présent, le gouvernement évoquait entre 1 300 et 1 400 personnes « impliquées dans les filières jihadistes ».

La hausse est en tout cas continue et les besoins en matière de renseignement se faisaient pressants. Ces mesures ont donc été globalement bien accueillies. « Encore faut-il que ces gens aient une expertise », tempère Louis Caprioli, consultant chez Geos, un groupe faisant du management de risque et ancien sous-directeur de la lutte antiterroriste au sein de la DST, feu la Direction de la surveillance du territoire. « C’est-à-dire des gens qui vont faire des surveillances, qui vont faire des enquêtes après avoir identifié les gens, qui vont faire des écoutes. Et puis des gens qui vont aussi faire des enquêtes de police judiciaire, que ce soit dans le cadre des enquêtes préliminaires du parquet ou dans le cadre des commissions rogatoires des magistrats instructeurs. »

« Terrorisme en libre accès »

Le renseignement est d’autant plus crucial aux yeux des forces de l’ordre que la France est aujourd’hui confrontée, selon le ministre de l’Intérieur, à « un terrorisme en libre accès ». Ce libre accès, c’est avant tout Internet qui le permet. Internet, outil de recrutement des groupes jihadistes mais aussi diffuseur d’informations, et notamment de modes d’action : une revue publiée sur la Toile par al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) avait ainsi consacré un article à la fabrication de bombes artisanales.

Mais ce qui interroge aussi, c’est l’accès aux armes. Car les frères Kouachi et Amedy Coulibaly avaient un arsenal important : kalachnikovs, lance-roquettes, pistolets Tokarev. Quinze ans après la fin des guerres en ex-Yougoslavie et au Kosovo, les Balkans sont toujours la première source d’alimentation du marché noir en Europe occidentale.

« Il suffit d’avoir un relais pour pouvoir en avoir », reconnaît Jean-Charles Antoine, chercheur à l’institut français de géopolitique et spécialiste du trafic d’armes. Mais le chercheur, qui publie À armes illégales aux éditions du Plateau à la fin du mois, tempère : « Quand je dis qu’il suffit d’avoir un relais, je veux dire aussi qu’il est absolument nécessaire d’avoir un relais. À l’heure actuelle, n’importe qui ne peut pas acheter un fusil de type kalachnikov et se le procurer aussi facilement. Si on n’a pas les relais criminels, c’est quasiment impossible. »

Ces relais se font notamment par le milieu du grand banditisme. C’était le cas des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Mais cela signifie que pour mener une attaque de grande ampleur, il faut un minimum d’organisation et de liens avec d’autres personnes. Les loups solitaires, ceux qui agissent tout seul, eux, doivent souvent se contenter d’armes blanches, comme Moussa Coulibaly, l’auteur de l’agression des militaires à Nice la semaine dernière.

RFI.

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