Slovénie : les services secrets veulent faire taire les journalistes

Publié: février 9, 2015 dans Europe
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Anuška Delić, une journaliste dans le viseur des services secrets slovènes

Mieux vaut ne pas s’intéresser de trop près aux services de renseignements slovènes… Deux journalistes sont actuellement poursuivis par la justice pour avoir révélé des documents classifiés. Des accusations qu’Anuška Delić et Erik Valenčič rejettent en bloc. La liberté d’informer est-elle menacée en Slovénie ?

Après l’affaire Anuška Delić, qui a fait grand bruit, un autre journaliste slovène va devoir comparaître devant la justice. Erik Valenčič est accusé par les services de renseignement (SOVA) d’avoir révélé des informations confidentielles dans un de ses documentaires, La coalition de la haine, consacré aux mouvements d’extrême droite.

De son côté, le journaliste assure ne pas s’être appuyé sur des documents classifiés, mais avoir seulement croisé des informations en s’appuyant sur dans les entretiens des agents de la SOVA avec le défenseur des droits de l’Homme, à propos du rapport édulcoré sur les groupes extrémistes opérant en Slovénie envoyé par l’agence à la Commission parlementaire de vigilance des services secrets. Ce rapport aurait volontairement omis un certain nombre d’éléments, et présentait la SOVA, l’Agence pour la sécurité slovène comme étant soumise à une certaine politisation.

Des services secrets en pleine tempête

Cela fait quelque temps que la SOVA est dans la tourmente. Malgré son échec surprise aux législatives de décembre 2011, le Parti démocratique (SDS) avait finalement réussi à prendre la tête d’une coalition gouvernementale dirigée par le chef historique du parti, Janez Janša. L’une des premières décisions du nouvel exécutif avait été de placer un fidèle de Janša à la tête de l’agence de renseignement. La presse proche de la gauche n’avait pas manqué de lancer de sérieuses accusations sur tout une série de nominations de personnes liées au SDS. Une polémique somme toute assez classique entre adversaires et partisans du Premier ministre.

Anuška Delić avait alors signé dans Delo, quotidien slovène de référence, une série d’articles dans lesquels elle dénonçait les connexions entre le groupe néonazi Blood & Honour et le SDS. S’en était suivi une très vive polémique tant entre les forces politiques que chez les démocrates et les journalistes étiquetés comme proche des sociaux-démocrates.

Aujourd’hui, la journaliste est en procès, accusée d’avoir diffusé des informations contenues dans un rapport confidentiel. À ses côtés, l’ancien chef de la SOVA, Sebastjan Selan, accusé de ne pas l’avoir fait savoir, ce qui lui avait valu d’être limogé sur le champ par le gouvernement Janša. Anuška Delić se défend d’avoir utilisé des documents secrets, expliquant s’être appuyé sur des dans le domaine public et des éléments obtenus grâce à ses sources. Naturellement, les enquêteurs voudraient bien connaître ces dernières, mais la journaliste refuse obstinément de livrer les noms, comme le veut la règle de protection des sources. Elle risque trois ans de prison.

À cause de cette procédure pénale lancée contre Anuška Delić, Ljubljana se retrouve sur la liste noire de l’OSCE. Les associations de journalistes, européennes comme slovènes, ont elles aussi protesté. D’autant que deux autres journalistes sont dans le collimateur de la justice : Meta Roglič et Peter Lovšin. À l’origine, un court article sur les services secrets publié dans Dnevnik. À l’heure actuelle, aucune procédure pénale n’a été lancée à leur encontre. Mais une fois encore, la SOVA est à l’origine de la dénonciation.

Que font les juges ?

Pour certains, le message est très clair : mieux vaut ne pas jouer avec les services secrets et ne pas se mêler de leurs rapports, même lorsqu’on tombe dessus par hasard. Pour d’autres, en revanche, c’est la loi qui est mal faite car elle permet de poursuivre des journalistes qui révèlent des données classifiées, même lorsqu’elles présentent un intérêt public. Le gouvernement Cerar promet d’arranger la situation, mais en attendant les poursuites pénales continuent.

La justice a pieds et mains liées. En cas de dénonciations et d’une législation qui sanctionne clairement la diffusion d’informations confidentielles, les juges ne peuvent que poursuivre les personnes accusées d’avoir violer la loi en la matière. La question est compliquée en l’absence de jurisprudence. Ces cas sont donc cruciaux. Difficile d’imaginer que tout puisse se conclure par l’emprisonnement de journalistes. La Cour européenne des droits de l’Homme a plusieurs fois légiféré sur le droit de divulguer des informations d’intérêt public en le considérant supérieur au droit de réserve.

En 2014, la Slovénie figurait à la 34e place du classement de Reporters sans frontières, un rang de mieux qu’en 2013, faisant mieux que l’Espagne, la France, les États-Unis ou l’Italie. Aujourd’hui, toutefois, nombreux sont ceux qui se demandent avec quel esprit les journalistes affronteront des problèmes qui valent à leurs collègues de faire l’objet d’une enquête.

Le journalisme slovène doit aussi compter avec les problèmes de questions de propriétés des médias et des pressions politico-économiques qui limitent le travail d’investigation. Il semble clair que les journalistes ne garderont pas le silence sur des documents plus ou moins secrets et que les informations d’intérêt public seront diffusées, même si cela en agace certains.

Courrier des Balkans.

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