Le « Prince vert », un informateur du Shin Beth au coeur du Hamas

Publié: mars 1, 2010 dans Moyen-Orient
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Sale temps pour le Hamas. Un mois après la disparition de Mahmoud al-Mabhouh, l’ordonnateur des livraisons d’armes clandestines à la bande de Gaza, vraisemblablement liquidé par un commando du Mossad dans un palace de Dubaï, le Mouvement de la résistance islamique enregistre un nouveau coup dur dans la guerre de l’ombre qui l’oppose à Israël.

Selon le quotidien Ha’aretz, qui a révélé l’affaire, le fils d’un des fondateurs du Hamas aurait été pendant plus de dix ans l’un des informateurs privilégiés du Shin Beth, le service de renseignement intérieur israélien.

Aujourd’hui exilé en Californie et converti au christianisme, Mosab Youssef, 32 ans, fils du cheikh Hassan Youssef, qui contribua à la création du Hamas en Cisjordanie, aurait aidé l’Etat juif à contrecarrer plusieurs tentatives d’attentat, dont l’une visait l’actuel président Shimon Pérès, et à appréhender certains des dirigeants de la seconde Intifada, tel Marouan Barghouti, un dirigeant du Fatah, qui purge cinq peines de prison à vie en Israël.

Ce scoop, qui précède la parution aux Etats-Unis, la semaine prochaine, des Mémoires du fils indigne, est corroboré par les confidences de son agent traitant, un certain « capitaine Loaï ». Dénigrés par la direction du Hamas, qui évoque un « complot sioniste  » destiné à salir son image et à occulter l’opération de Dubaï, ces témoignages soulèvent un coin du voile qui recouvre les opérations de renseignement israéliennes.

« Intelligence aiguë »

Comme beaucoup de ses collègues « collabo », Mosab Youssef aurait été retourné alors qu’il était en prison en Israël, en 1996. Relâché un an plus tard, il s’impose dès le début de l’Intifada-Al-Aqsa, en 2000, comme la taupe la plus précieuse du Shin Beth, acquérant le surnom de « Prince vert », en référence à son statut d’héritier et à la couleur symbole de l’islam.

Dans son cas, nulle trace de la manipulation et du chantage dont les recruteurs israéliens sont familiers. Sa motivation principale, « sauver des vies » selon le capitaine Loaï, est alimentée par une métamorphose spirituelle, qui l’amène à renier l’islam, à se faire baptiser et à rejeter, avec la virulence des nouveaux convertis, la société palestinienne qui, selon lui, « sanctifie la mort et le terrorisme ».

Un jour, apprenant qu’un Palestinien doit partir de la place centrale de Ramallah pour se faire exploser en Israël, le capitaine Loaï contacte son maître espion. « Nous savions juste que le kamikaze avait la vingtaine et qu’il portait un tee-shirt rouge, raconte-t-il. En quelques minutes, grâce à son intelligence aiguë, le Prince vert localisa la cible. Il nous a permis d’arrêter le kamikaze et l’homme qui devait lui remettre la ceinture d’explosifs. »

Interrogé par téléphone depuis la Californie, Mosab Youssef déclare : « J’aimerais être à Gaza, enfiler un uniforme militaire et rejoindre les forces spéciales israéliennes pour libérer Gilad Shalit« , le soldat franco-israélien fait prisonnier en 2006.

Hassan Youssef, qui est incarcéré en Israël, a qualifié de « mensonges » les propos sacrilèges de son fils, qui attestent d’un degré d’infiltration insoupçonnée des milieux islamistes par Israël. Venant après l’affaire Al-Mabhouh, ce nouveau camouflet devrait obliger le Hamas à revoir de façon drastique les procédures de sécurité en son sein.

Source : Benjamin Barthe, Le Monde, 27 février 2010.
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