L’Europe a aussi ses propres agents secrets

Publié: février 22, 2010 dans Non classé
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L’Union européenne s’est dotée, voilà plus de cinq ans, d’un service de renseignement, fort discret. Nous avons poussé la porte de ses locaux à Bruxelles.

Le SitCen tient à la discrétion. Et c’est dans une salle de réunion, tout ordinaire, que son chef donne rendez-vous. William S. tient, en effet, à l’anonymat. Car il dirige le Centre de situation, un nom plutôt anodin pour désigner le service de renseignement de l’Union européenne.

Une centaine de personnes y travaillent, réparties entre le Justus Lipsius, le bâtiment du Conseil des Ministres, et le Cortenberg, le bâtiment de l’État-Major militaire européen.

On est loin de la CIA et ses quelque 23 000 agents. Il n’y a pas non plus de « James Bond » dans leurs rangs. Plutôt que « l’action », le credo du SitCen est « l’intelligence » comme le dénomment les Anglais : recueillir l’information et l’analyser.

Le nucléaire iranien, le mouvement Al-Qaida au Yémen, l’implantation des mouvements terroristes en Europe sont le livre de chevet de ces officiers, recrutés dans les États membres. Leur mission : donner aux responsables politiques européens une synthèse réelle de la situation dans un pays, de la fiabilité de son gouvernement, de l’emprise des mouvements d’opposition ou terroristes. Un travail primordial avant toute décision politique : mise en place ou levée d’un embargo, déploiement d’une mission européenne militaire ou civile, etc.

Pour cela, les agents du SitCen puisent aux meilleures sources : la presse et Internet bien sûr. Mais aussi des sources plus… discrètes. Ils sont en contact avec les opérations européennes de défense déployées un peu partout dans le monde.

Des RG européens

Afghanistan, Irak, Palestine, Congo, océan Indien, il y en a 23 en tout, dans des endroits plutôt… chauds. Le moindre incident sur la « frontière » entre les provinces indépendantistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie en Géorgie est ainsi décortiqué, dans un rapport classé « confidentiel défense ».

Le SitCen bénéficie aussi de certaines informations envoyées par les « honorables correspondants » des États membres, à travers un réseau web ultra-sécurisé. Voire il envoie un ou deux officiers sur place.

Cela n’a pas été facile au début. « Il y a cinq ans, les États n’étaient pas prêts à échanger des données sensibles. Il a fallu tout un processus… pédagogique pour se rendre compte que les informations des uns intéressaient les autres », reconnaît, fort diplomatiquement, William S. Au fil des ans, ces agents sont devenus irremplaçables. « Nous sommes la seule institution européenne à être là, 24 h/24. 365 jours sur 365. »

Source : Nicolas Gros-Verheyde, Ouest-france, 21 février 2010.

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